Morsures de scorpion : Se soigner à base de l’ail comporte des risques

Par Fulbert Adjimehossou,

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L’auteur de la publication est sûr de son astuce. « L’ail détruit le venin du scorpion après piqûre », soutient-il. Puis, il indique le mode d’application : « En cas de piqûre du scorpion, vous écrasez quelques ails sans l’eau. Passez ensuite la pâte sur la partie piquée. Au revoir la douleur causée par la piqûre du scorpion». La publication est accompagnée d’une photo montrant un scorpion et des gousses d’ail (Allium sativum de son nom scientifique), une plante très cultivée en Afrique autant pour une utilisation culinaire que médicinale. L’astuce est visiblement bien accueillie sur les réseaux sociaux. Elle a été partagée 196 fois sur la page Facebook Cel services qui détient à la date du 7 août 2022 plus de 25 000 abonnés.

Effets protecteurs

Certaines études montrent l’effet protecteur de l’ail contre les venins. Celle sur les « Effets protecteurs des extraits de plantes Ambrosia maritima et Allium sativum sur différents tissus de souris venimeuses avec du venin de scorpion Leiurus quinquestriatus », réalisée par des chercheurs égyptiens et saoudiens en dit long. Mais attention, les travaux ont été effectués sur des souris.  À la fin de l’expérience, certains échantillons de tissus provenant des muscles squelettiques, des testicules et des tissus pulmonaires ont été prélevés pour un test histopathologique, immunohistochimique et d’échelle d’Adn.

Les effets d’amélioration de ces extraits de plantes peuvent être dus aux propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires de ces plantes dans la lutte contre le stress oxydatif induit par les radicaux libres et les lésions tissulaires résultant de l’envenimation

Les souris envenimées et traitées aux plantes ont révélé des effets diminués marqués dans les alternances histopathologiques dans les tissus étudiés par rapport aux souris envenimées et une réduction de la fragmentation de l’Adn dans les tissus cérébraux. « Cette étude a conclu que ces plantes ont un effet protecteur contre l’envenimation par les scorpions et en particulier la plante d’ail a montré les meilleurs résultats. Nos résultats montrent que les effets d’amélioration de ces extraits de plantes peuvent être dus aux propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires de ces plantes dans la lutte contre le stress oxydatif induit par les radicaux libres et les lésions tissulaires résultant de l’envenimation », renseignent les auteurs.

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A proscrire

 

Selon le toxicologue Paul Tossa, pour l’utilisation en général des plantes pour traiter les envenimations (morsure de serpents, de scorpions…), des connaissances ancestrales peuvent faire penser que certaines plantes peuvent guérir la personne mordue. Mais la réalité est tout autre. Les choses ne sont pas si simples qu’elles pourraient en avoir l’air.  « Pour ce qui est de l’utilisation des plantes dans nos contrées africaines, telle que l’utilisation de l’ail écrasé à appliquer sur la zone de morsure, les choses ne sont pas si simples. L’article portant sur l’utilisation de l’ail qui circule sur les réseaux sociaux parle du traitement de la douleur liée à la morsure, mais pas de prise en charge spécifique si jamais on passait du grade I aux grades II ou III. Ce qui est dangereux avec ce genre d’article est que les personnes mordues peuvent avoir l’impression de soigner leur envenimation en calmant tout simplement la douleur alors qu’elles pourraient avoir besoin d’une surveillance médicale avec ou sans traitement spécifique à base de sérum anti-scorpionique ; créant ainsi un danger vital », fait remarquer Dr Paul Tossa, toxicologue.

Pour ce qui est de l’utilisation des plantes dans nos contrées africaines, telle que l’utilisation de l’ail écrasé à appliquer sur la zone de morsure, les choses ne sont pas si simples

A en croire le spécialiste, les envenimations de premier niveau de gradation peuvent conduire à surestimer l’efficacité de toute thérapie, puisqu’en général, au bout de 24h, le patient peut récupérer de façon spontanée sans aucun traitement. Ainsi, dit-il, appliquer de l’ail dans de telles conditions conduirait certainement à lui trouver une efficacité qui n’existe pas en réalité. « En cas de morsure de scorpion, le sujet peut avoir divers symptômes locaux et généraux. Sur un plan local, il peut s’agir d’une inflammation locale avec douleur, d’une hémorragie… Les anciens connaissaient des plantes qui pourraient réduire l’inflammation et la douleur, arrêter l’hémorragie. Ils soignaient un symptôme avec une ou des plantes, mais ne soignaient pas l’envenimation », insiste-t-il. Pour finir, Paul Tossa proscrit l’application d’ail (ou autre plante) sur la zone mordue, car, même si cette application peut calmer la douleur, elle comporte un risque infectieux important. « Elle peut en effet conduire à une surinfection de la plaie. Un antalgique à type de paracétamol peut calmer la douleur et éviter le risque infectieux. Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à amener le sujet à l’hôpital, surtout si des signes autres que ceux localisés à la zone mordue apparaissent, tels que la transpiration excessive, les douleurs abdominales, les vomissements.

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Bon à savoir

 

Il existe plus de 2500 espèces de scorpions, mais c’est quelques-uns seulement qui sont dangereux pour l’homme. En Afrique subsaharienne (en dehors de l’Afrique du Sud), les observations confirmées de la présence d’espèces dangereuses se limitent à deux espèces, dont l’une seulement est certaine et régulièrement constatée, l’autre n’ayant plus été signalée depuis longtemps. Il s’agit respectivement de Leiurus quinquestriatus et d’Androctonus australis. Beaucoup d’autres espèces existent, mais leur dangerosité est inconnue ou mal connue. « D’un point de vue général, un scorpion dont la taille est égale ou inférieure à 4 cm ne présente pas de réel danger pour l’Homme. Après la morsure (les scorpions ne piquent pas, ils mordent), les scorpions injectent leurs venins qui contiennent des toxines qui ont une affinité pour différents tissus, notamment les tissus nerveux, d’où leur appellation de « neurotoxines », fait savoir Dr Paul Tossa, Médecin toxicologue et de santé publique en France.

Le spécialiste décrit trois grades d’envenimation. Le grade I représente 85 % des envenimations par le scorpion et est caractérisé par la présence de signes au niveau et autour du point de morsure : douleurs, rougeur, œdème, engourdissement…). « Pour ce grade, le plus fréquent, une prise en charge de la douleur (Paracétamol, refroidissement par une vessie de glace), une désinfection et une vaccination anti-tétanos sont largement suffisantes. La pose d’un garrot, les scarifications, la succion, l’application de diverses substances sont proscrites. Une surveillance aux urgences les 4 premières heures, en cas de passage éventuel aux grades supérieurs, est nécessaire », fait-il remarquer. Pour les grades II (envenimation sévère) et III (envenimation gravissime), en plus des signes décrits pour le grade I et qui sont localisés au niveau de la zone mordue (notamment la douleur), d’autres symptômes (qualifiés de signes généraux) apparaissent généralement dans les 2 heures qui suivent la morsure. Le spécialiste recommande en cas d’apparition de signes autres que ceux localisés, une hospitalisation pour un traitement spécifique à base de sérum anti-venin anti-scorpionique. Ce traitement est le seul efficace contre les envenimations scorpioniques graves. «Il faut signaler que : (1) pour qu’il soit efficace, il doit être administré le plus tôt possible (dans les 4 h qui suivent la morsure, de préférence dans les 2 h) ; (2) n’est pas efficace sur les venins de tous les scorpions (inutile s’il s’agit du scorpion noir). Plus précisément, les sérums anti scorpioniques actuellement utilisés restent spécifiques à chaque pays ou à chaque région. En d’autres termes, les sérums utilisés en Algérie ou Tunisie peuvent s’avérer inefficaces au Bénin ou en Côte-d’Ivoire », note le médecin.

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Verdict

Bien que l’ail présente des effets protecteurs contre le venin de scorpion, son application ne met pas la victime à l’abri du risque. L’application de l’ail peut donner l’impression de soigner l’envenimation en calmant tout simplement la douleur alors que la victoire pourrait avoir besoin d’une surveillance médicale avec ou sans traitement spécifique à base de sérum anti-scorpionique ; créant ainsi un danger vital.