Moumouni Imorou Karimou, chef de mission de la Composante Soja/Padefip: « Le Bénin tirerait mieux profit de la filière soja si les flux sont maîtrisés »

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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L’état des lieux de la commercialisation du soja n’est guère reluisant au Bénin. Il urge qu’elle soit mieux organisée à travers la mise en place d’un mécanisme au cœur duquel sera placé le producteur de soja, soutient Moumouni Imorou Karimou, chef de mission de la Composante 1 « Appui à l’essor de la filière soja » du Projet d’appui au développement des filières protéiniques (Padefip) dans cet entretien. Interview…

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La Nation : Réunis en atelier, jeudi 22 juillet dernier, les acteurs clés de la filière soja ont réfléchi sur la définition d’une stratégie de maîtrise des flux pour la commercialisation du soja-grain. Qu’est-ce qui justifie la nécessité d’un tel mécanisme ?

Moumouni Imorou Karimou : Actuellement, la commercialisation du soja grain est au début de sa structuration, pour ne pas dire qu’elle ne l’est pas. L’Etat intervient à travers la fixation d’un prix plancher et le lancement de la campagne de commercialisation. On note une forte implication des acteurs du secteur privé. Au nombre de ceux-ci, nous avons les producteurs et les collecteurs primaires qui achètent pour transformer directement ou pour revendre sur un autre marché.

A un deuxième niveau, il y a les collecteurs secondaires et semi-grossistes. Et c’est là le véritable problème de la commercialisation. Tout se joue à ce niveau : soit ce sont des gens qui sont à leur propre compte et qui se mettent en liaison avec les transformateurs ou les exportateurs.
Après, nous avons les grossistes qui sont en liaison avec les exportateurs et les sociétés de transformation. Nous avons également les transformateurs/commerçants qui agissent selon que la transformation ou l’exportation les arrange ; ce qui fait qu’on n’arrive pas trop à maîtriser les flux réels en direction de la transformation.
A un autre niveau, les exportateurs qu’on ne devrait attendre qu’à Cotonou se retrouvent parfois sur le terrain. Avec leur force financière, ils viennent parfois perturber le marché, ce qui fait que les prix planchers fixés ne sont pas respectés.
De par la croissance soutenue de la demande du marché mondial de soja grain et ses dérivés et au regard des conditions agroécologiques favorables et du réel intérêt des exploitants agricoles et de leur engagement, le Bénin pourrait mieux tirer profit de la filière soja si des dispositions idoines sont prises pour mieux structurer la commercialisation.

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En résumé, quels sont les problèmes récurrents rencontrés dans la commercialisation du soja-grain ?

Cinq grands problèmes sont notés dans la commercialisation du soja-grain au Bénin. Le premier problème, comme je l’ai souligné tantôt, c’est le non-respect du prix plancher (fixé par l’Etat) par les grossistes et autres acteurs qui interviennent dans les circuits de commercialisation.
Le deuxième problème, c’est la faible démarcation des rôles entre acteurs. Des transformateurs deviennent commerçants ou des collecteurs deviennent exportateurs et vice versa.
Le troisième problème, c’est la non-maîtrise des flux : on ne sait ce qui est vraiment transformé sur place et ce qui est réellement exporté. Les échanges avec le Nigéria se font via Nikki, Dassa ou Kétou. Ceux avec le Togo se font via Djougou, Bassila et Bantè.

De fait, il y a une faible traçabilité des flux qui impacte la qualité des produits. Il faut améliorer la traçabilité pour répondre réellement aux exigences des exportateurs du soja. Cela permettra de ne plus vivre la malheureuse expérience des années 90 avec les noix de cajou. A l’époque, la non-maîtrise des échanges avec les voisins de l’Est et de l’Ouest a plombé la qualité et le prix à l’exportation des noix de cajou du Bénin.
Enfin, il y a l’insuffisance des infrastructures de stockage, notamment les magasins de convergence et les magasins de pré-collecte.

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Que préconisez-vous alors pour une meilleure organisation de la commercialisation du soja ?

Le premier élément pour mieux contrôler les échanges, c’est de mieux impliquer les collectivités locales des zones de production pour assurer une certaine traçabilité. La perception des taxes de développement local devrait nous permettre de savoir quelle est la production au niveau de chaque commune. Une collaboration entre les Agences territoriales de développement agricole (Atda), les directions départementales de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (Ddaep) et les collectivités locales permettrait d’avoir une certaine traçabilité des produits.
Le deuxième élément, c’est l’implémentation des infrastructures de stockage dans les villes de concentration. Cela permettra de mieux maîtriser les flux par un meilleur contrôle au niveau des zones d’échanges. Il est également question de promouvoir et de développer les liens d’affaires entre les acteurs sous forme d’agriculture contractuelle. Cela veut dire qu’un groupement, une coopérative ou une union communale des producteurs se mettent en relation d’affaires avec des transformateurs ou des exportateurs. Pour développer ces liens d’affaires, il y a lieu de promouvoir les ventes groupées, le warrantage comme leviers de financement des exploitations agricoles.

La rencontre du 22 juillet dernier est organisée dans le cadre de la composante Soja du Projet d’appui au développement des filières protéiniques (Padefip). Rappelez-nous les objectifs du projet !

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La composante « Appui à l’essor de la filière soja » est l’une des deux composantes opérationnelles du Padefip qui vise à contribuer à l’augmentation des revenus des producteurs du Centre du Bénin (Zou et Collines) ainsi qu’à l’accroissement de la disponibilité en protéines accessibles financièrement en milieu rural.
De façon spécifique, cette composante permettra d’améliorer la compétitivité de la filière soja à travers des actions de renforcement au niveau de chaque maillon de la chaîne de valeur : production, commercialisation, transformation. Le soja est une des principales cultures dans le monde et sa production dépasse 132 millions de tonnes. Cette légumineuse est remarquable de par sa grande richesse en glucides (33,9 %), protéines (33,7 %), vitamines (A, B, C, D, E, etc.), sels minéraux (fer, calcium, phosphate) et en lipides (20 %).
En matière de production, le projet a pour but de mettre en place une filière semencière locale de qualité, de diffuser des itinéraires techniques adaptés, de renforcer les capacités des organisations de producteurs à développer des services économiques à leurs membres.
En termes de commercialisation, il s’agit de mettre en place des systèmes de mise en marché des produits de la filière, notamment le warrantage pour atténuer les variations de prix intra-annuelles.
Le projet vise également à apporter un appui aux transformatrices de soja locales pour répondre à la hausse de la demande en améliorant les techniques et conditions de transformation artisanales, la qualité, la diversification et la promotion des produits.