Nativité 2014: Un réveillon sous haute sécurité policière

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Accalmie dans les rues, circulation dense par endroits, boutiques et stands servant des clients jusqu’au petit matin… c’est dans cette ambiance que les premières heures du 25 décembre, jour de célébration de la fête de Noël ont été accueillies dans la ville de Cotonou. On pouvait observer aussi une faible présence des Forces de l’ordre au milieu de cette ambiance animée par endroit avec la boisson à gogo.

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C’est une ville de Cotonou toute animée qui a accueilli la naissance du petit enfant Jésus Christ hier jeudi 25 décembre. Les habitants de la cité économique se sont offerts des moments de divertissement jusqu’à des heures tardives et ceci en toute quiétude. Qu’il s’agisse des artères principales ou des rues secondaires, l’ambiance était généralement à la fête.

Cotonou n’a pas dormi

Peu avant une heure du matin, alors que les cultes de réveillon venaient de prendre fin, nombre de Cotonois sont restés dans la ville, soit pour des achats, soit pour leur divertissement. De Saint Michel à Caboma en passant par Zongo, Jonquet, Cadjèhoun, Etoile rouge, Gbégamey … Cotonou n’a pas dormi. Pour preuve, on pouvait noter sur le pont Martin Luther King au niveau du marché Dantopkpa, un léger bouchon vers deux heures du matin. Preuve que nombre des habitants de l’autre côté de Akpakpa n’avaient pas encore regagné leurs logis. Ceux qui préfèrent les places publiques pour des moments particuliers ne se sont pas privés de plaisir. A la Place Lénine par exemple, on pouvait noter la présence de plus d’une dizaine de couples, assis à même le sol ou sur des motos, tapis dans l’obscurité qu’offraient les lieux vers deux heures trente minutes. Ceci, pour célébrer la nativité à leur manière. Au quartier «Habitat» à Akpakpa, dans les habitations économiques, c’est plutôt une célébration à la belle étoile avec des artistes invités, des files humaines à perte de vue avec une dominance de la bière et de l’alcool. Dans bien d’autres bars, l’ambiance était aussi à la promotion de telle ou telle autre boisson, laissant le loisir aux fêtards de s’enivrer pour accueillir le Christ-né.

Une ville sous haute surveillance policière

«Les policiers ont déserté la ville. Depuis l’église Saint Michel jusqu’à mon domicile à Gbégamey, je n’ai croisé aucune patrouille. Ce qui n’était pas le cas les années antérieures». Cette observation vient de Céphice Dannon, la trentaine, assis autour d’une table de jeu de belotte avec ses copains. Pour eux, les flics ont préféré se reposer. «Mais du moment où la ville est calme sans acte de vandalisme, il n’y a pas de problème», observent-ils.
A première vue, on peut partager les appréciations de Céphice Dannon et des siens. Mais il faut se rapprocher des personnes en charge de la sécurité et des biens pour comprendre la réalité. Rencontré non loin de l’église Saint Michel à bord d’un véhicule banalisé et pourtant en pleine patrouille, le commissaire de police en service au Commissariat central de Police de Cotonou Richard Akodandé explique que le dispositif sécuritaire mis en place pour boucler la ville est tout autre. Il exclut une forte présence des éléments de la Police nationale sans pour autant expliquer leur absence sur le terrain. Selon lui, les flics ont tout simplement mis en application les instructions du ministre en charge de l’Intérieur et du directeur général de la Police nationale. «Cette année, le dispositif a été proactif et nous avons misé sur une présence discrète de la police», explique le commissaire de police Richard Akodandé. Comme lui, de nombreux autres policiers en service seraient à bord de véhicules banalisés, sillonnant la ville ou postés à des endroits stratégiques en renfort aux hommes habillés et en patrouille. La stratégie mise en place aurait également intéressé mieux que par le passé les réseaux de renseignement pour éviter la commission de certaines infractions et en cas de survenance, réussir à mettre la main sur les fauteurs.
Pour ce qui est des pétards et des engins explosifs qui ont résisté à l’assaut lancé contre eux, le fonctionnaire de police rassure que la traque n’est pas terminée et que des éléments ont été instruits pour prendre des faussaires la main dans le sac, afin de mettre les géniteurs devant leurs responsabilités. «En 2014, nous avons changé de fusil d’épaule et les fruits vont tenir la promesse des fleurs», a insisté par ailleurs le commissaire de police, Richard Akodandé. Les premiers fruits de cette option sécuritaire seront d’ailleurs récoltés dans les minutes d’après et cela dans la zone de Tokplégbé à Akpakpa.
Un malfaiteur abattu à Tokplégbé

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Encore sous le choc de l’émotion et réalisant à peine le miracle par le biais duquel il a eu la vie sauve, un jeune élément des Forces armées béninoises rencontré vers quatre heures du matin au commissariat central de Cotonou exhibe son fessier criblé de balle, encore en sang par endroits après les premiers soins pour expliquer son malheur. Alors qu’il revenait de son poste de travail et a entrepris de visiter un des siens dans la zone de l’abattoir, il aurait été pris à partie par un groupe de quatre malfaiteurs à moto et qui ont tenté de lui prendre sa moto Dream Honda toute neuve. «Dès qu’il a mis la main sur le contact j’ai demandé ce qui se passait, et observant qu’il voulait forcer, je lui ai donné un violent coup», raconte-t-il. C’était peut-être le geste à ne pas commettre. Car, face à cette menace, l’un des éléments de la bande de voleurs, selon son récit, aurait tiré en l’air faisant détaler les deux individus qui se trouvaient présents sur les lieux avec le militaire en question. Ayant entrepris lui aussi face à sa vulnérabilité de prendre ses jambes à son cou, il aurait été accueilli par les tirs de ces agresseurs et se serait écroulé.
Une fois à terre, poursuit l’homme, ils lui ont intimé l’ordre de remettre tout ce qu’il avait, ses deux téléphones et son portefeuille, lequel contenait sa carte professionnelle. «Mon premier réflexe a été d’aller au commissariat de Police de Tokplégbé à Cotonou pour signaler le vol de ma carte professionnelle (surtout). Quand j’y suis allé, ils m’ont demandé d’aller me faire soigner d’abord au regard de mon état», dit-il. Entretemps, le même groupe de malfaiteurs qui a continué à sévir en maître dans la zone s’en serait pris à un vendeur nigérien et lui ont tiré au pied avant de prendre l’essentiel de ce qui était prenable dans sa boutique, notamment des cartes de recharge, selon certains témoignages. Le commissariat de Tokplégbé qui a reçu l’alerte a entre-temps mis en branle son dispositif et s’est lancé à la poursuite des bandits. Et comme il est de coutume en de pareilles circonstances, ces derniers auraient dégainé à la vue des flics. Des échanges de tirs ont suivi et au finish, l’un d’entre eux a été mortellement atteint. L’arme de fabrication artisanale qu’il utilisait pour commettre son forfait a été saisie et se trouve aux mains des Forces de l’ordre.
«L’exploit» que salue l’agressé de ce 25 décembre, c’est que la course-poursuite contre ces délinquants a porté ses fruits. En fait, ayant fini les soins et ayant été informé que les balles n’ont pas pénétré son corps, celui-ci est revenu au commissariat de Tokplégbé pour la suite des formalités. et grande a été sa surprise de s’entendre dire que la police a frappé ses agresseurs. Celui-ci n’a d’ailleurs eu aucune difficulté à identifier son agresseur sans vie puisqu’il aurait échangé avec lui en langue nationale yorouba. Dans cette langue l’un des bandits demandait à son second de «l’achever pour lui faire regretter son geste». «J’ai été obligé de les supplier en yorouba et c’est suite à cela qu’ils ont décidé de me laisser», nous a-t-il confié. Autre exploit, la moto de l’agressé et son casque se trouvent être l’une des deux motos abandonnées par les malfrats dans leur retrait, au moment des échanges de tirs avec la Police nationale.

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