Nikki: Des espaces enfance comblent le vide de la maternelle

Par LANATION,

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A Nikki, les espaces enfance créés par l’Unicef suscitent beaucoup d’adhésion. Ces centres pilotes d’éveil assurent avec succès la préscolarisation des enfants en attendant l’ouverture des écoles maternelles dans les villages bénéficiaires.

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A Soumarou, le module de deux classes, jouxtant le tronçon Nikki-Pèrèrè s’impose comme la principale attraction du village. Cet édifice accueille depuis deux ans les petits enfants de la localité en âge de préscolarisation. A l’intérieur, tous les matériels requis pour un centre d’éveil de qualité ! Petits sièges adaptés aux enfants, tablettes de jeu et autres outils didactiques de toutes sortes permettent à la cinquantaine d’enfants enrôlés de gouter aux premiers délices du savoir et de mieux s’armer pour leur entrée au cycle de l’école primaire. Dans le modèle classique, on aurait pensé à une école maternelle. Mais, ici, on parle d’espace enfance (EE).
« Nous travaillons comme dans une école maternelle, nous faisons des activités comme la pré-mathématique, l’éducation sensorielle, les chants, les devinettes, les sketchs. Nous avons aussi des coins de vie où les enfants s’amusent », confie avec fierté Marie-Thérèse Chabi Sika, animatrice de l’espace enfance de Soumarou. La différence, ce centre n’est pas référé dans le système éducatif formel.
L’ouverture des espaces enfance est une initiative de l’Unicef pour compenser le déficit en écoles maternelles dans certaines localités du Bénin. Dans la commune de Nikki, une dizaine d’espaces assurent cet intérim avec brio. Luc Bio Toussaint Séké, conseiller pédagogique à Nikki apprécie : « Ces espaces étaient un besoin des communautés parce que les villages dans lesquels ils sont installés n’ont pas d’écoles maternelles. Les enfants étaient laissés à eux-mêmes alors qu’il est souvent dit que tout se joue dans les six ans. Grâce à ces espaces, on prend les tout petits, on les socialise, ils bénéficient de l’apprentissage pour mieux aborder le cycle primaire avec efficacité et réussite ».
Si l’Etat s’est impliqué dans l’ouverture de ces centres, et l’Unicef dans leur équipement, leur gestion incombe avant tout aux parents d’élèves qui assurent la rémunération des animateurs recrutés et formés grâce à l’appui de l’Unicef.
« Les critères pour bénéficier de l’ouverture d’un EE sont assez simples. Il faut disposer d’un local pour accueillir au moins 35 enfants et les parents doivent s’engager à payer le salaire de l’éducateur pendant neuf mois», explique Zimé Kora, président de la coordination des associations des parents d’élèves de Nikki. Bien que certains parents n’arrivent pas à honorer leurs engagements, ils trouvent l’initiative salutaire d’autant que l’Etat s’est engagé à transformer les espaces enfances en écoles maternelles après deux ans d’exercice.

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Impacter l’économie locale !

L’exclusion d’un grand nombre d’enfants en âge de préscolarisation du système éducatif béninois demeure une réalité devant laquelle les parents des zones reculées et démunies sont impuissants. Selon l’enquête Mics réalisée en 2014, le taux de préscolarisation du pays est de 13%. Sur les 121 écoles primaires que compte la circonscription scolaire de Nikki, seulement 28 disposent d’une école maternelle. Komabou Kossi Houndjo, chef de la région pédagogique Nikki-Kalalé juge essentielle la contribution de l’Unicef pour combler ce déficit et la transformation que ces espaces opèrent dans les localités bénéficiaires. « Un grand vide a été comblé dans le cadre de la prise en charge de la petite enfance, étant donné que nous n’avons pas pu doter toutes les écoles en structures préscolaires. Cet appui aide les communautés à donner la préparation nécessaire aux enfants susceptibles d’être scolarisés dans un ou deux ans. On les prépare, on les stimule, on éveille leurs aptitudes, on leur donne tous les rudiments nécessaires afin que dès l’entrée à l’école primaire, ils puissent véritablement se mettre en apprentissage », souligne-t-il. Il ajoute que l’existence des espaces enfance renforce l’économie locale d’autant que les mères libérées du poids de la garde des petits enfants, s’occupent mieux de leurs activités économiques.
Directeur d’école maternelle, Bako Assane Issiaka apprécie mieux l’intérêt des espaces enfance pour l’évolution scolaire des bénéficiaires. « J’ai fait pendant des années le suivi de nombreux enfants, et j’ai constaté que ceux qui ont fait l’école maternelle ont souvent une grande avance sur ceux qui n’en ont pas fait. Je demande à toutes les parties prenantes de la petite enfance de redoubler d’efforts pour que tous les enfants qui en ont l’âge puissent aller à la maternelle. Cela suppose qu’il faut créer des écoles maternelles, mettre à disposition des équipements adéquats pour favoriser l’évolution des enfants, recruter des enseignants qualifiés », suggère-t-il.
Les succès enregistrés par l’ouverture des espaces enfance cachent parfois des difficultés de fonctionnement. La principale touche des irrégularités dans le traitement des animateurs. A Soumarou, Marie-Thérèse Chabi Sika, payée à 25.000 F Cfa le mois, attend des parents le remboursement des arriérés cumulés de six mois de salaires sur deux ans d’exercice. « Il y a des parents qui n’aiment pas payer alors que la contribution n’est que de 500 F Cfa par enfant. C’est souvent le chef du village et le président des parents d’élèves qui leur forcent la main avant qu’ils me paient », déplore-t-elle. N’ayant pas les qualifications d’une institutrice adjointe, elle suggère le renforcement des capacités des animateurs afin de les aider à une meilleure prise en charge des enfants. Et au conseiller pédagogique, Luc Bio Toussaint Séké de conclure: « Lorsque nous faisons les visites pédagogiques, nous notons un besoin réel de formation des animateurs. Il faut que la formation de la petite enfance soit bien assurée. »
La création des EE découle du projet intitulé « Libérer le potentiel des enfants » mis en œuvre dans le cadre de la coopération Bénin-Unicef 2014-2018. De ce projet, il est attendu la création de 177 centres qui permettent à 19351 enfants (dont 9724 filles) de couches rurales démunies d’avoir accès aux services de préscolarisation. De même, au moins 6226 mères et sœurs ainées, qui ont à charge les enfants, pourront s’engager dans des activités génératrices de revenus et/ou s’inscrire aux cours d’alphabétisation n