Nocturne au palais de la Marina : l’histoire du prince Ouanilo mise en scène

Par Ariel GBAGUIDI,

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Nocturne au palais de la Marina L’histoire du prince Ouanilo mise en scèneDes comédiens présentant la pièce théâtrale sur Ouanilo Arini, fils du roi Béhanzin et premier avocat noir au Barreau de Paris

Revenu au pays pour des funérailles dignes à son feu père Béhanzin, Ouanilo se retrouve très rapidement au milieu d’intrigues familiales. Le prince est alors partagé entre sa femme blanche, sa culture occidentale et celle du Danxômè. « L’entre-deux mondes de Ouanilo » écrit par Florent Couao-Zotti et mis en scène par Carole Lokossou, a séduit le public de la nocturne, samedi 30 avril dernier, au palais de la Marina.

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Il est pris à partie par presque tous les parents de son feu père, le roi Béhanzin. Ceux-ci le croyaient revenu au bercail pour prendre la tête du royaume. Mais en réalité, Ouanilo a remis les pieds à Danxômè avec les cendres de son père pour organiser, en son honneur, des funérailles dignes.
L’extrait de la pièce théâtrale présenté à la nocturne de ce samedi, raconte ainsi les stratagèmes de son oncle dah Avokan qui semble vouloir que Ouanilo prenne le pouvoir. Mais le prince n’en veut pas et pense d’ailleurs que le colon a déjà confisqué le pouvoir à Danxômè. « Jeune homme, un pouvoir même réduit au symbole, reste un pouvoir », lui dit dah Avokan. « Non, non, non mon oncle ! Je ne tiens pas à offrir aux Français l’image dégradée de ce qu’a été notre dynastie… », répond-il. Le prince déclina ainsi l’offre.
En dehors du trône royal, dah Avokan souhaite également que son neveu ait une descendance de souche pure, encore qu’il n’a jusque-là pas eu un enfant avec son épouse Maria, la fille du consul d’Argentine. Dans l’optique de faire taire les rumeurs qui circulent dans le royaume sur l’incapacité de Ouanilo à procréer, l’oncle manigance avec la jeune Yèvoh afin que celle-ci devienne la deuxième épouse du prince. « Ouanilo, il est temps de semer, de moissonner dans les reins de nos filles ! », insiste dah Avokan face au refus du prince. « En clair, vous voulez que je disperse mes eaux à tout-va ! », répond le fils de Béhanzin. « Ce n’est pas de la dispersion. C’est de la générosité expansive ! (…). Ouanilo hélounouémin ! Tu dis qu’on te rejette alors que tu ne fais aucun effort pour nous ressembler… », réplique l’oncle dans son français fortement dominé par l’accent aboméen, et qui, une fois encore, arrache des éclats de rires au public. La scène prend fin quand Maria qui était censée rentrer à Bordeaux surgit et convainc son époux de ne pas se suicider avec le revolver qu’il tenait en main, en raison des intrigues familiales.
En plus des applaudissements et éclats de rires à chaque réplique, le public ému et satisfait, offre aux acteurs une standing ovation pour saluer la qualité de la mise en scène.
« Ouanilo est un enfant qui a connu le Danxômè jusqu’à l’âge de 7 ans. Il est parti en exil avec son père, et a gardé des images très belles du royaume. Il revient avec les cendres de son feu père mais il a du mal à s’adapter. Il est partagé entre sa femme blanche, ses parents qui ne reconnaissent plus en lui un vrai fils de Danxômè et qui le traitent de Yovo (homme blanc) et toutes les intrigues de ceux qui ont peur qu’il prenne le pouvoir. Et lui, il est dans l’entre deux mondes. Son oncle aurait voulu qu’il prenne le pouvoir, qu’il assure la succession de son père. Mais là encore, on ne sait pas très exactement si c’est ce qu’il veut ou s’il était en train de le tester pour voir quelle serait sa réponse, mais toujours est-il que cet oncle incarne le respect dans le village qui a ses codes. Des codes que Ouanilo n’a plus et qui lui créent tous ses soucis de réintégration », explique Carole Lokossou, comédienne et metteur en scène de la pièce. Une pièce écrite par Florent Couao-Zotti. L’écrivain béninois est aussi parmi le public. Il est tout heureux de voir, une fois encore, des comédiens donner corps à l’une de ses œuvres, et apprécie le spectacle à sa juste valeur. « Il y a eu du rythme, il y a eu de l’intensité, les réparties sont bien faites et les jeux de rôles semblent parfaits. Je suis content… », assure-t-il, tout en ajoutant que l’intégralité du texte sera jouée plus tard afin que le public béninois ait un aperçu général de l’intrigue.
Une fois encore la nocturne a opéré sa magie. Le public est aux anges et impatient de vivre la liesse de la prochaine nocturne avec le célèbre Tola Koukoui.

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