Norbert Fanou-Ako, directeur d’Esam Ong: « Des enfants sont obligés de jouer le rôle de leurs parents »

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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La situation de l’enfant béninois n’est guère reluisante, selon Norbert Fanou-Ako, directeur de l’Ong Enfants solidaires d’Afrique et du monde (Esam), coordonnateur du Comité de liaison des organisations sociales de défense des droits de l’enfant (Close) et du Partenariat national de lutte contre le mariage des enfants au Bénin. La violation des droits des enfants risque de s’accentuer avec la pandémie du Covid-19, alerte-t-il, dans cet entretien.

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La Nation : Quelle est la situation de l’enfant aujourd’hui au Bénin ?

Norbert Fanou-Ako : Les chiffres ne sont pas bons. Tous les jours, les droits des enfants sont violés, bafoués. Tout ce qu’on lit sur les réseaux sociaux à propos de la violation des droits des enfants, cela inquiète. Si tout était beau, on n’organiserait pas encore des ateliers, des séminaires et les recommandations qu’on formule auraient pu diminuer.Si tout était beau, on aurait constaté que durant la période de confinement (du fait de la pandémie du nouveau coronavirus), on aurait moins d’enfants au travail, dans les marchés et consorts. Aujourd’hui encore, les enfants sont obligés de jouer un rôle déterminant pour supporter la famille.

Que ce soit ici ou ailleurs, les enfants n’allant plus à l’école sont dans la rue ou dans les champs ou encore dans les marchés pour travailler et gagner un peu de sous. Alors que cela devrait être le contraire, certains enfants sont obligés de jouer le rôle des parents. Si on n’y prend pas garde, en cette période de Covid-19, si cela se prolonge, on risque d’aller au chaos. C’est vrai que les discours officiels font état de très bonnes choses mais quand on fouille un peu, on voit que la réalité des choses est masquée.
Qu’est-ce qui explique cela ?

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C’est surtout parce que l’impunité continue. Lorsqu’on note les violences et les abus sur les enfants, on ne les dénonce pas, ça veut dire qu’il y a un maillon faible quelque part. Lorsqu’on ne punit pas aussi les auteurs, cela pose également problème.

Que préconisez-vous contre l’impunité en matière des droits de l’enfant ? Faut-il intensifier les sensibilisations ou réprimer en fonction des textes ?

Je pense qu’il est question d’identifier les personnes qui sont dans la chaîne de protection des enfants. Et cela part de la maison. Des géniteurs eux-mêmes ne constituent-ils pas des bourreaux pour leurs enfants ? Est-ce que les acteurs assurent réellement la protection des enfants ? Le minimum, c’est la survie de l’enfant. Mais de quoi vit-il ? Ses besoins sont-ils satisfaits? Est-ce qu’on lui affecte les moyens qu’il faut pour lui permettre de vivre? Si jamais, la réponse était non, alors il faut se demander pourquoi il en est ainsi.
Est-ce que les politiques pensent à la redistribution rationnelle des richesses? Est-ce que cela atteint les plus pauvres ? Il n’est jamais facile à un parent de laisser son enfant se débrouiller tout seul. Cela veut dire qu’il y a un facteur auquel il faudra remédier.

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Voulez-vous dire que les pouvoirs publics ont une grande part de responsabilité dans cette situation ?

Le plus fort de nous tous, c’est qui ? C’est l’Etat. Je pense qu’il faut organiser l’accès des familles pauvres aux ressources disponibles. Il ne s’agit pas de lancer un programme qui couvre quelques-uns. La répartition des ressources, ce n’est pas pour 5 ou 10 % mais pour la grande majorité. Une fille qui est obligée de se marier parce qu’à la maison, cela ne va pas et elle ne peut pas aller à l’école, elle pensera que c’est même une opportunité, pendant que son avenir est hypothéqué, de faire ce choix-là.
Je me demande pourquoi cela continue, malgré tout ce qu’on fait.

Et je pense qu’il faut chercher ailleurs maintenant, voir ce qu’on n’a pas encore fait. Il faut que les plus pauvres soient considérés comme prioritaires dans les politiques et stratégies de développement. Malheureusement, c’est chez eux qu’il y a beaucoup d’enfants ; c’est chez eux qu’il y en a qui sont très malades ; c’est chez eux que beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école. C’est parmi ces enfants qu’on voit des filles contraintes au mariage précoce ou forcé. Parce que papa espère que si sa fille se marie à un fonctionnaire du coin et qui ne gagne pas assez d’argent, ça va améliorer la situation de sa famille. C’est toute une chaîne et il faut voir tous les acteurs pour envisager des solutions durables.