Obsèques de Dah Agbalènon à Abomey: Un exemple de vie au service du vodoun et des hommes

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Des dignitaires rendant hommage à Dah Agbalènon Adanmayikpohoué

Louanges, chants, danses, honneurs divers… Les derniers hommages rendus à Dah Agbalènon Adanmanyikpohoué, sont dignes de la grandeur de l’homme et de son œuvre ici-bas. Décédé le 21 mars dernier, ce grand dignitaire du culte endogène laisse en pleurs, parents, amis et adeptes.

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Si les hommages et les honneurs à titre posthume devraient suffire à ramener de la mort à la vie, ceux dont le regretté Dah Agbalènon Adanmanyikpohoué a fait l’objet du 28 juin au 7 juillet dernier l’auraient ramené debout et vivant au milieu des siens. Hélas, la mort est irrémédiable et c’est bien à cela que ce sont résolus les célébrants du culte-hommage au disparu, dans la basilique du vodoun-yéhoué à Adingningon, samedi 7 juillet dernier. De son vivant, Dah Agbalènon officiait chaque dimanche dans cette basilique de la Mission endogène pour la lumière spirituelle universelle (Merlu). Il est d’ailleurs l’initiateur de ce culte célébré dans les temples du vodoun-yéhoué sur toute l’étendue du territoire national par les prêtres et autres dignitaires. 

Le culte s’annonce par une animation de la chorale de la congrégation vodoun-yèhoué, le temps pour les officiels, dignitaires, adeptes, touristes et autres curieux de prendre place pour la célébration. Les louanges rendaient hommage aux mânes des ancêtres et des compositions dédiées à la mémoire du disparu Agbalènon s’invitaient de temps à autres. Suivra une longue procession qui permet de déposer devant l’autel, la photo du défunt sur un siège devant lequel est posée une calebasse. Dans la tradition, de tels hommages se déroulent sans la présence de la dépouille, dès lors qu’il s’agit d’un dignitaire. Les chants et danses s’intensifient. Le temps pour Sêdjro Gbogblénou, le célébrant, et ses co-célébrants Séverin Kissi et Jean Ayamou, de prendre place pour l’office religieux. Sêdjro Gbogblénou, triste tout au long du culte, n’a eu que sa petite voix inaudible par moments pour rappeler qui était Cyriaque Agbalènon à l’état civil.
« Son séjour est un modèle exemplaire et réussi. Nous demandons aux Yèhoué vodoun de lui réserver une place dans le royaume de l’Eternel et du vodoun-yèhoué et de lui pardonner quelques erreurs qu’il aurait commises », introduit-il. La chorale reprend le relais. Chants, danses, panégyriques. Puis le célébrant reprend le lead pour rappeler à nouveau à l’assistance que de son vivant, Dah Agbalènon a livré un combat sans merci contre les détracteurs du vodoun-yéhoué. « Partout où il y avait la haine et la méchanceté, il sème l’amour. Nous prions les yèhoué-vodoun de l’accepter parmi les saints fidèles afin qu’il puisse être toujours puissant », implore-t-il. Suivra la phase d’invocation des dieux toujours pour la cause du disparu. On invoque Boko-lègba, Tôhuiyô, Sakpata, Hébiosso, Dan ayidohouèdo, Tôhôssou, Ayizan, Hoho Kablikotchoé, Gambada, Atingali, Yalodé, Zangbéto… et bien d’autres dont Dah Agbalènon aurait été un fidèle et bon serviteur jusqu’à sa mort. Il y associe les esprits des défunts par noyage, accident, brûlure.

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« Le ciel s’est abattu sur nous »

Si le décès de Agbalènon suscite autant de tristesse dans le rang de ses fidèles et admirateurs, c’est surtout parce que ceux-ci s’interrogent sur le sort des nombreux chantiers ouverts par lui et surtout sur l’avenir de la congrégation vodoun-yèhoué. Sêdjro Gbogblénou, Séverin Kissi et Jean Ayamou y sont largement revenus. « Les déconvenues d’une telle décision des ancêtres (sa mort) sont multiples. Qu’avons-nous fait pour mériter une épreuve si forte ? C’est comme si le ciel s’était abattu sur nous. Mais nous nous devons de respecter vos décrets, vous qui ne faites jamais des erreurs », ont-ils adressé comme prière aux dieux.
Personne ne voulant se faire compter ce culte-hommage, des dignitaires venus d’autres contrées ont tenu également à magnifier et honorer le premier responsable de leur culte. C’est ainsi que les dignitaires venus de Savalou par exemple confient à l’assistance qu’après consultation du Fâ, l’après-Agbalènon sera sous le signe de « Di-Abla ». Le message ? Celui de rassemblement. « Il nous demande de faire en sorte que nos péchés descendent et que nous demeurons dans la foi », dira le dignitaire.

Dah Agbalènon, héros et référence !

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Le président de la Cour constitutionnelle, Joseph Djogbénou ; le ministre du Cadre de vie, José Tonato ; des députés à l’Assemblée nationale, des universitaires, des cadres et autres personnalités qui ont effectué le déplacement d’Adingningon ont mis en terre, au terme du culte-hommage, un baobab, arbre centenaire. Une manière pour eux de magnifier la grandeur de l’homme, ont-ils soutenu. Mais c’est aussi et surtout parce que le disparu « a les qualités du baobab » que ce choix a été fait. Tous les témoignages recueillis sur lui tendent à reconnaître en lui un homme exceptionnel dont le charisme et surtout l’engagement pour la cause du culte vodoun est indiscutable.
Les milliers de personnes, à l’instar de son fils Votchédi Agbalènon, ont du mal à contenir leur émotion face à la réalité de la mort. A travers sa brève oraison lue au cours du culte, le jeune garçon a rappelé les derniers instants de vie de son géniteur qui, visiblement, se doutait de sa fin. Votchédi Agbalènon en vient à cette conclusion au regard de certains de ses actes et paroles. Lui qui a eu la chance d’être l’une des dernières personnes jointes au téléphone par le défunt depuis son hospitalisation à l’extérieur du pays. Le ministre du Cadre de vie, autorité dont relevait Dah Agbalènon, directeur de l’Agence de réhabilitation de la ville d’Abomey a aussi livré son témoignage. L’homme, dit-il, l’a marqué par son engagement pour le Bénin et pour la cause du Nouveau départ. « Les souvenirs que nous avons de Dah Agbalènon égalent la manière, la prestance, la profondeur spirituelle de l’hommage qui vient de lui être rendu », soutient pour sa part le président de la Cour constitutionnelle Joseph Djogbénou. « Nous avons vu en lui un homme grand mais qui se faisait petit », atteste-t-il. Des rois, têtes couronnées et dignitaires ont aussi défilé devant la foule immense qui a pris d’assaut la localité d’Adingningon et le palais du Tôhuiyô Agbalè pour témoigner de la grandeur et de l’immensité de Dah Agbalènon Adanmanyikpohoué. Que dire alors des groupes constitués, habillés de tee-shirts et polos avec des messages divers pour magnifier l’homme ? Tous ont vu en lui un « héros et une référence » et ont tenu à en témoigner?

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Les hommages des adeptes et dignitaires
Hounvi, vodounsi, agbalèvi, hwendodotévilè, nan, vodounnon… Les adeptes du culte vodoun-yéhoué étaient nombreux dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 juillet à prendre d’assaut la localité d’Adingningon pour des hommages solennels à leur icône, Dah Agbalènon Adanmanyikpohoué. Ils ont tenu à l’organisation d’une veillée de chants et de danses en face du palais de Tôhuiyô Agbalè où résidait le disparu. Toute la nuit, ils ont chanté et dansé pour louanger le culte endogène et surtout vanter les mérites du disparu. C’est la chorale Hwendodoté, fondée par Dah Agbalènon de son vivant qui prend les commandes pour offrir au public le rythme Agbotchébou. De jeunes adeptes à la voix ferme, moulés très tôt dans les chants et danses vodoun ont eu environ une heure pour démontrer leur savoir-faire.
En face d’eux, un public à perte de vue bravant la fraîcheur de la nuit. A mesure que résonne dans la nuit le grand tam-tam violemment tapé par un jeune garçon de dix ans, la foule grossissait. Aux premières loges, les Nan. Remarquables à leur prestance, au pagne noué à la poitrine, crâne rasé pour la plupart, on pouvait lire fierté et admiration sur leur visage. Impossibles pour elles de résister à ces rythmes vodoun qui se succédaient sur la scène. Scène qui a vu défiler des choristes venus de Tindji, Klouékanmè, Sahè Loukpé et bien d’autres localités. Pour ces adeptes et fidèles, c’est « le seul moyen trouvé pour rendre véritablement hommage » à Dah Agbalènon?