Observance au Bénin du 8 mars (Journée internationale des droits des femmes): Sortons la promotion du genre de son ghetto

Par Collaboration extérieure,

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Je suis un enfant de la République du Dahomey, né quelques mois avant sa proclamation le 4 décembre 1958. J’ai deux frères et deux sœurs. Ma mère, qui ne s’était jamais déclarée féministe, ne faisait avec ses enfants aucun traitement différencié basé sur le sexe. Chacun de nous devait assumer son tour quelle que soit la tâche domestique, de la cuisine au ménage sans oublier par exemple la couture pour l’entretien de nos habits. Filles et garçons ont ainsi appris à faire différents types d’ourlets et de points d’aiguille comme par exemple les points de chausson.

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Que nous enseigne ma mère ? Que la promotion du genre, de l’égalité des chances et des opportunités, de l’égalité de salaire à responsabilité équivalente, le combat contre les violences sexistes, doit commencer à la maison dans la cellule familiale. Combien de nos féministes pures et dures d’aujourd’hui ont commencé et observent chez elles ce minimum basique ? Combien d’hommes indifférents voire réfractaires aujourd’hui à la question du genre ne doivent cette déficience qu’à une éducation biaisée à la base ?
Je voudrais ici reconnaître et saluer l’exemple et le combat de plusieurs générations de femmes, des amazones à nos jours, pour faire avancer cette noble cause.
La réponse à la question à la Une du 09 mars 2020 du quotidien « La Nation » au sujet de l’observance au Bénin du 8 mars, « L’égalité est-elle bientôt à portée ? », exige que nous sortions la question du genre (Respect et égalité de chances et d’opportunités pour les femmes) du ghetto du seul activisme d’un féminisme parfois intégriste aux arguments souvent hors-sol ou décontextualisés, et des paroles circonstancielles sans lendemain ou des fleurs hypocrites offertes par certains acteurs politiques à cette occasion, pour enfin faire de la question du genre un véritable chantier sociétal et de développement durable qui engage toutes les composantes de la nation.

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Vaincre nos croyances socioculturelles rétrogrades pour libérer les énergies et impliquer pleinement les femmes dans le développement de notre pays, ce n’est donc pas un combat réservé qu’aux femmes ni un combat contre les hommes. Pourquoi n’inviter pour débattre de la question, à l’occasion de l’observance du 8 mars, que les militantes de cette cause entre elles ? Pourquoi ne pas entendre et confronter les tenants de la tradition et rechercher avec eux les voies des changements positifs ?

Il ne s’agit pas de faire une fleur aux femmes, de leur tresser des lauriers de circonstance. En effet, le combat pour la promotion du genre, la prévention et la lutte contre les violences sexistes, doivent commencer à la maison dans la cellule familiale, puis doivent être confortés à l’école à travers les programmes d’enseignements scolaires, pour enfin être reflété dans la gouvernance publique de notre pays.

A ce sujet, je voudrais saluer les nouvelles dispositions constitutionnelles qui incitent les partis politiques à faire un peu plus de place aux femmes à l’Assemblée nationale dans le cadre des élections législatives. Cependant, les résultats des prochaines élections communales constitueront un test de vérité pour les partis politiques quant à la place qu’ils entendent effectivement réserver aux femmes (certains diront hypocritement la place qu’elles voudront bien prendre) dans la gouvernance locale.

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C’est certainement là l’un des futurs chantiers de la Rupture. Le président Talon a reconnu la nécessité de cette transformation sociétale dans son message via Facebook à l’occasion du 8 mars. C’est un vaste chantier qui a besoin de chacun de nous comme ouvrier n

Luc-Marie Constant Gnacadja,
Ancien ministre, ancien deuxième Secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification