Opinion: Les parlements doivent eux aussi sortir du confinement

Par Collaboration extérieure,

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Pendant la crise liée au coronavirus, des mesures extraordinaires ont dû être mises en œuvre pour que les dirigeants nationaux puissent prendre des décisions rapides et essentielles – des décisions qui ont limité nos libertés. Toutefois, ces mesures ne doivent pas perdurer dans le temps. Elles ne doivent pas devenir la norme. Tandis que de nombreux pays commencent à lever leurs mesures de confinement, le pouvoir doit être restitué aux parlements nationaux.

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La plupart d’entre nous avons accepté de céder une partie de nos libertés, car nous savions que nous contribuions ainsi à sauver des vies – y compris notre propre vie –, à décharger nos systèmes de santé et à protéger nos économies. Il ne faut pas oublier que cette pandémie a contraint des millions d’entre nous à rester à la maison, à divulguer des données personnelles et même à changer nos modes de vie et de travail.

La santé est rarement sujette à controverse. Personne ne peut légitimement mettre en cause la nécessité de protéger la santé de chacun. Et même si nos méthodes diffèrent, nous devrions tous pouvoir nous rallier à une si noble cause. Aussi, les parlements et des milliers de parlementaires partout dans le monde ont modifié leurs modes de fonctionnement, faisant souvent recours aux dernières technologies de visioconférence. Les parlements ont réagi avec poigne à la crise et ont ainsi donné la preuve de leur rôle essentiel et central dans tout système de gouvernance, en particulier dans une période où le contrôle parlementaire est plus important que jamais.

Malheureusement, certains dirigeants nationaux ont profité de cette crise pour renforcer leurs prérogatives et pour s’approprier des fonctions qui appartiennent au parlement. Tout en s’arrogeant plus de pouvoir, ils avancent la nécessité d’un leadership efficace dans l’intérêt de leurs citoyens. On recense au moins 84 gouvernements ayant introduit des lois d’urgence conférant des pouvoirs supplémentaires à l’exécutif (lien). Les autocrates élargissent leur pouvoir.

Or, en tolérant ces prises de pouvoir, nous créons des problèmes pour l’avenir. Tandis que les pays lèvent progressivement leurs mesures de confinement, nos sociétés se retrouvent face à des questions épineuses : comment se protéger au mieux alors que nous n’avons pas encore eu raison du virus ? Quels risques sommes-nous prêts à prendre ? Qui seront les gagnants et qui seront les perdants dans le monde d’après ?

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Les démocraties parlementaires répondront mieux à ces questions que n’importe quelle autocratie. Personne ne peut prétendre que les démocraties parlementaires sont parfaites.  Mais il est sûr que lorsque le débat est ouvert, les idées, les connaissances et les informations circulent mieux et les sociétés ont plus de chances de trouver des solutions efficaces. C’est pourquoi les démocraties parlementaires ont souvent des politiques, des sociétés et des économies plus fortes, plus justes et plus stables.

Grâce à la nature représentative de nos parlements, les solutions trouvées sont efficaces pour de larges pans de la société et pas uniquement pour un groupe restreint de citoyens. C’est pourquoi nous nous devons de rendre nos parlements aussi représentatifs que possible, notamment en termes d’âge et de sexe. Nos parlements deviennent plus inclusifs. Nos sociétés deviennent beaucoup plus justes. Ne dit-on pas que les parlements doivent être le miroir de la société, tant au regard de sa composition que de sa diversité et de ses intérêts ? Cette fonction n’est-elle pas à la base de sa légitimité ?

Dès lors que nos dirigeants ne veulent ou ne peuvent tirer les bonnes conclusions, les démocraties amènent un changement progressif dans le leadership politique. L’obligation de rendre des comptes – qui est imposée par l’intermédiaire du contrôle parlementaire, des médias, de la société civile et des élections – met nos dirigeants sous pression et les poussent à obtenir les meilleurs résultats possibles, au risque, s’ils n’y parviennent pas, de perdre le pouvoir, généralement lors des élections. Les systèmes autoritaires tendent au contraire à mettre leurs dirigeants à l’abri de cette obligation, ouvrant ainsi la voie à davantage d’erreurs et de mauvais jugements.

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UNE COLÈRE ET UNE FRUSTRATION LATENTES

La démocratie n’est pas un produit que l’on peut exposer dans une vitrine et vendre telle une montre. Elle n’est jamais achevée et demande toujours des améliorations, ce qui semble d’autant plus vrai aujourd’hui que le populisme et les informations mensongères altèrent nos politiques.

Et pourtant, la démocratie n’a jamais été aussi essentielle qu’en ce moment. La pandémie transforme nos sociétés et nos économies, parfois au point de les rendre méconnaissables. Elle martèle nos économies, détruit des emplois et met au jour nos inégalités. Et des défis de taille nous attendent encore. Quel sera l’impact de cette crise sur le commerce, la mondialisation et la production économique, par exemple ? Comment restructurerons-nous nos économies ? Comment prendrons-nous en charge les personnes qui ont perdu leur emploi ?

Aux dires de certains dirigeants, le monde a besoin, pour venir à bout de la crise actuelle, de gouvernements forts et « autocratiques ». Mais ce n’est pas vrai. Au contraire, nous avons besoin de gouvernements prudents et empathiques qui prennent soin de leurs citoyens. Dans la plupart des démocraties parlementaires, les gouvernements s’engagent pour le bien de tous et pas seulement de certaines personnes en particulier.

De nombreux dirigeants des régimes les plus autocratiques du monde ont échoué dans leurs tentatives de gérer efficacement la crise du coronavirus. Et ce n’est pas un hasard. En effet, un gouvernement qui se soucie davantage de détenir le pouvoir que de servir ses citoyens cesse de se sentir concerné. Fait inquiétant, certains autocrates ont déjà essayé de trouver un moyen de ne pas être tenus responsables de leurs échecs et ont ainsi rejeté la faute sur les réfugiés ou sur les autres pays, par exemple.

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Ces dirigeants devraient se méfier de la colère refoulée qui ne tardera pas à s’extérioriser. La crise économique généralisée et la frustration qui l’accompagnera porteront un coup encore plus violent à nos sociétés. À ce type de situations, les autocrates réagissent souvent par une répression encore plus sévère. Le processus démocratique permet au contraire à la colère de se faire entendre et aux dirigeants d’apporter des solutions efficaces et d’opérer les changements nécessaires. C’est pourquoi les démocraties sont souvent plus stables.

Nous nous trouvons à un moment important et critique de l’histoire. Les autocrates ont vu dans la crise une opportunité de s’arroger plus de pouvoir. Toutefois, de nombreux siècles durant, la démocratie a montré sa capacité d’adaptation. La démocratie crée des gouvernements plus efficaces, plus stables et plus inclusifs. Les populations et les parlements doivent exiger que cette prise de pouvoir par les autocrates soit un phénomène extraordinaire et temporaire. Je préconise aujourd’hui plus de démocratie, car c’est ce dont le monde a besoin pour surmonter la crise actuelle et ses conséquences. Les parlements jouent un rôle essentiel dans le système démocratique pour qu’à l’avenir, au lieu de tenter d’éteindre l’incendie comme nous le faisons aujourd’hui, nous puissions le prévenir.

 Martin Chungong

Secrétaire général de l’Union interparlementaire (UIP)