Organisation Internationale du Travail : le prochain Dg sera-t-il africain ?

Par Catherine Fiankan-Bokonga,

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Gilbert HOUNGBOGilbert HOUNGBO

La 344e session du Conseil d’administration de l’Organisation internationale du Travail s’ouvre ce lundi à Genève. Elle se penchera sur les questions clés du monde du travail et élira, le 25 mars, le nouveau Directeur général de la seule agence tripartite de l’Onu. À la suite des entretiens publics, le candidat de l’Union africaine, Gilbert Houngbo, est en tête dans les sondages face aux quatre autres concurrents. Point de la situation de cette compétition où la compétence n’est pas le seul critère décisionnel.

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En charge de l’établissement des normes internationales, de l’élaboration des politiques et de la conception des programmes visant à promouvoir le travail décent pour tous, l’Organisation Internationale du Travail (Oit) a célébré son centenaire en 2019. Elle est l’unique agence du système onusien qui réunit des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs de 187 Etats membres. Le 30 septembre prochain, le Britannique Guy Ryder quittera ses fonctions après 10 ans d’activités en tant que Directeur général. Dès la clôture des candidatures, les pays s’activent en coulisses pour promouvoir leur poulain. Cette élection requiert non seulement les voix des représentants de gouvernements (28) mais également celles des représentants des employeurs (14) et celles des syndicats (14) représentés au sein du Conseil d’administration qui procède à l’élection du chef de l’Oit.

Cinq candidats pour un siège

Deux femmes et trois hommes, issus de quatre continents, ont soumis leur candidature pour la position. Parmi eux, la Sud-Coréenne Kang Kyung-wha, la Française Muriel Pénicaud, le Sud-Africain Mthunzi Mdwaba, l’Australien Greg Vines et le Togolais Gilbert Houngbo.
Première femme ministre des Affaires étrangères de la Corée du Sud (2017-2021), Kang est une experte de la diplomatie multilatérale mais ne possède aucune expérience dans le domaine du travail. Il semblerait que sa candidature a aussi pour but de lui donner de la visibilité sur la scène internationale. En effet, l’ancienne adjointe aux droits de l’homme, viserait le poste de l’actuelle Haut-Commissaire Michelle Bachelet dont le mandat prend fin cet été et qui n’aurait pas envie de rester à Genève.
La Française Muriel Pénicaud, ex-ministre du Travail, est essentiellement considérée comme la candidate du président Macron car dès le début de sa campagne, les syndicats français ont publié une lettre ouverte dans l’Humanité pour s’opposer à sa candidature.
Parmi les hommes, le Sud-Africain, Mdwaba, a perdu le soutien de son pays au début de la course. Malgré ce désaveu, l’ancien dirigeant de l’organe des employeurs de l’Oit espère obtenir le soutien de ce groupe, mais, pour l’instant, rien ne semble clair.
L’Australien Vines est directeur général adjoint de l’Oit pour la gestion et la réforme depuis dix ans. Auparavant, il était diplomate à la mission permanente de l’Australie et, au cours de sa carrière, il a occupé un certain nombre de postes de haut niveau au sein des gouvernements australien et timorais, ainsi que des postes de direction dans les syndicats australiens.
Candidat de l’Union africaine, Gilbert Houngbo, possède à son actif une longue carrière, de haut niveau, tant au Togo où il a occupé les fonctions de Premier ministre (2008-2012) qu’à l’international. Sa carrière s’étend sur plus de 25 ans, au cours desquels il a acquis une expérience dans les domaines de la diplomatie, du développement international, de la bonne gouvernance et de la gestion financière. Durant cette période, il a été directeur adjoint de l’Oit en charge des opérations (2013-2017). Depuis 2017, il dirige le Fonds de développement agricole (Ifad), institution financière internationale des Nations Unies dont le siège est à Rome (Italie).

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Processus

D’après des diplomates en poste à Genève, suite aux entretiens publics qui se sont tenus les 20 et 21 janvier, Houngbo et Vines sont nettement démarqués. Tous les candidats ont dû répondre aux 16 questions posées. Les groupes des employeurs et des travailleurs ont chacun posé quatre questions et le groupe du gouvernement huit. Les échanges ont été effectués dans une totale transparence car les auditions étaient diffusées en direct sur le site de l’Oit. Les auditions de ce 14 mars auront lieu en séance privée. Les cinq candidats au poste de Directeur général seront, en personne, à Genève. L’élection proprement dite aura lieu le vendredi 25 mars et sera annoncée publiquement dès que le résultat sera connu.

Importance du poste

Le candidat retenu dirigera l’Oit au cours des cinq prochaines années. Dans le contexte économique actuel, il s’agit d’une longue période, au cours de laquelle nous pouvons nous attendre à de nombreux changements importants, dont certains ont déjà été accélérés par la pandémie de Covid-19. C’est la raison pour laquelle le choix de la bonne personne revêt une importance politique considérable. D’après de nombreux experts, en dehors du fait que ce serait le tour de l’Afrique de diriger cette institution, grâce à son parcours, Gilbert Houngbo, rassemble tous les éléments requis pour un tel défi. En effet, il possède à la fois l’expérience politique, la compréhension des réalités des pays en développement et développés, ainsi qu’une bonne connaissance des processus politiques multilatéraux et des négociations.