Pandémie de Covid-19: Et si la médecine traditionnelle était la solution ?

Par Collaboration extérieure,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Pandémie de Covid-19: Et si la médecine traditionnelle était la solution ?


Les coronavirus forment une vaste famille de virus qui peuvent être pathogènes chez l’homme comme chez l’animal. On sait que, chez l’être humain, plusieurs coronavirus peuvent entraîner des infections respiratoires dont les manifestations vont du simple rhume à des maladies plus graves comme le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers) et le syndrome respiratoire aigu sévère (Sras). Le dernier coronavirus qui a été découvert est responsable de la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19).

LIRE AUSSI:  Cour suprême: Le président Batoko reçoit quatre ambassadeurs béninois

Ce nouveau virus et cette maladie étaient inconnus avant l’apparition de la flambée à Wuhan (Chine) en décembre 2019. Ainsi, depuis ce temps, plus de 190000 personnes sont infectées par le Coronavirus Covid-19 dans le monde avec plus de 7500 décès à la date du 17 mars 2020 (Oms, 2020). Certaines régions sont particulièrement touchées. Avec 3226 morts pour 68679 cas confirmés, la Chine, épicentre de l’épidémie, dénombre le plus de victimes, tandis que le bilan en Italie (2e pays le plus touché) est de
27980 cas confirmés pour 2503 morts. Cette épidémie a connu une progression très rapide, du fait surtout des déplacements et des possibilités offertes dans ce domaine. De ce fait, le 30 janvier 2020, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que l’épidémie de Covid-19 constituait une «urgence de santé publique de portée internationale » ; et le 11 mars 2020, elle l’a requalifiée de « pandémie ».
Bien que peu d’informations scientifiques fiables soient actuellement disponibles, le taux de létalité du virus est évalué entre 2 % et 3 %.
Par ailleurs, il est rapporté que la majorité des victimes du Coronavirus Covid-19 étaient âgées (les personnes de plus de 80 ans sont les plus à risque) ou atteintes de pathologies antérieures. Le Covid-19 ne cause donc pas systématiquement la mort des personnes contaminées (Oms, 2020).
A ce jour, il n’existe pas de vaccin ni de traitement spécifique contre le Coronavirus Covid-19. Les traitements administrés aux personnes infectées sont donc symptomatiques (Oms, 2020).
Dans ces conditions, à l’échelle internationale, on assiste à des prises de mesures très diverses pour contrôler l’épidémie : fermeture des frontières, des crèches et établissements scolaires, suspension des compétitions sportives et autres grands rassemblements, introduction des contrôles au niveau des frontières, mise en quarantaine de régions entières, etc.

LIRE AUSSI:  Près de 90 milliards F Cfa pour le secteur de l’Energie

L’Afrique est-elle une région à risque épidémique majeur ?

Le lundi 16 mars 2020, le Bénin a enregistré son premier cas du nouveau coronavirus, devenant le 22e pays africain touché par le Covid-19. A ce jour, on dénombre environ 500 cas, dont six décès en Afrique.
Très tôt, l’Oms a exprimé « sa plus grande préoccupation » envers l’Afrique dont « la plupart des pays ont des systèmes de santé plus faibles ». Le continent a été perçu comme le plus grand foyer à risque de propagation de la maladie, lorsqu’on se réfère à ses liens commerciaux très denses avec la Chine. Le faible niveau d’instruction de la population africaine (pour comprendre l’étiologie de la maladie et les modes de prévention) et les liens sociaux étroits sont des arguments supplémentaires. Malgré ces facteurs de risque, le nombre de cas de Covid-19 connaît toujours un faible accroissement. Cela n’a pas empêché les pays africains de mettre en place des approches en termes de surveillance, de restrictions de mouvements de personnes à risque et d’échanges d’informations. Au Bénin, par exemple, un plan de contingence a été adopté, un comité national de crise a été créé pour organiser la surveillance, les mesures de dépistage et de prise en charge d’éventuels cas suspects ou avérés, et un centre d’isolement et de prise en charge a été installé à Cotonou.

La nécessité de recourir à la médecine traditionnelle

LIRE AUSSI:  Nicolas Yènoussi, directeur général des Impôts: « Les demandes en ligne de quitus fiscal ont suffisamment grimpé »

Malgré les mesures prises, le Covid-19 a provoqué au sein des populations des sentiments d’inquiétude et de peur. Il s’est révélé très iconoclaste, induisant des modèles de causalité autochtones (envoûtement, sorcellerie, volonté divine, déni du modèle virologique, etc.).
A ce jour, aussi bien au Bénin que dans les autres pays africains, les tradipraticiens sont juste associés pour servir de relais aux institutions publiques pour la diffusion des messages de santé publique. En tant que leaders communautaires, ils sont utilisés à des fins de médiation sociale pour instaurer la confiance nécessaire au contrôle du Covid-19.
Comment mettre à contribution les innombrables ressources dont regorge la médecine traditionnelle ? Comment vraiment profiter de ce profil varié de professionnels (phytothérapeutes, psychothérapeutes, spiritualistes, médico-droguistes, etc.) pour une meilleure riposte au Covid-19 ?
Curieusement, à ce jour, aucune institution officielle, ni aucun gouvernement n’a entrevu la contribution de la médecine traditionnelle dans toute son intégralité. Alors même que la médecine traditionnelle continue d’être le premier recours pour la majorité de la population, à travers ses praticiens, ses produits, ses pratiques et ses connaissances thérapeutiques, malgré les prouesses de la médecine dite conventionnelle. Le besoin croissant de solutions aux problèmes de santé inextricables, impose la nécessité de
« lorgner» du côté de la médecine traditionnelle.
Faut-il le rappeler, au cours de ces deux dernières décennies, la médecine traditionnelle a connu une importante amélioration dans les pays, du point de vue de la présentation des produits que de celui de l’offre de soins. Cette offre très diversifiée, bénéficie actuellement d’une production semi-industrielle, avec des procédés qui garantissent la stabilité, la standardisation, l’innocuité et l’efficacité. Cette médecine peu onéreuse (notamment en milieu rural) rencontre de nos jours, des succès incontestables, surtout dans le traitement de certaines maladies spécifiques telles que: les ulcères et plaies dites incurables, les fractures, les maladies non transmissibles (diabète), les maladies de la prostate, les infertilités, les troubles psychiques, les hépatites, la drépanocytose, l’hypertension artérielle ainsi que les affections opportunistes du sida.
Dans le concert des Nations, pour la riposte aux épidémies émergentes, il n’est pas évident que l’Afrique puisse contribuer au développement de traitements synthétiques chimiques et de vaccins. On sait que beaucoup de médicaments et de vaccins contre le Covid-19 sont déjà en expérimentation partout ailleurs dans le monde. La seule alternative qui s’impose à l’Afrique, c’est de se ressourcer et d’examiner les possibilités que pourrait offrir sa médecine traditionnelle, qui constitue un secteur potentiellement riche, mais peu exploité dans toutes ses composantes.
Pourquoi les Gouvernements africains ne mettent-ils pas à l’épreuve les tradipraticiens ? Pourquoi ne leur donnent-ils pas les moyens pour inventorier les pratiques efficaces et apporter la preuve de l’innocuité, de l’efficacité et de la qualité des remèdes traditionnels ?
Pourquoi ne mettent-ils pas en place un cadre de réflexion scientifique autour des produits de la médecine traditionnelle ?
Car, déjà depuis 1990, l’Oms préconisait l’intégration des guérisseurs traditionnels dans les programmes nationaux de lutte contre les maladies prioritaires afin de rechercher différentes stratégies, les essayer, les évaluer, les adapter et les adopter. Il s’agit d’exploiter les ressources disponibles, accessibles, acceptables et financièrement abordables.

LIRE AUSSI:  Dossiers Cos-Lépi et retrait du droit de grève : Me Adrien Houngbédji clarifie

*Prof Roch Houngnihin, anthropologue, Université d’Abomey-Calavi