Paterne Tchaou, initiateur du Festival des arts mahi et d’Ilé Ifè : « L’absence d’espace d’expression artistique nous a inspirés »

Par Josué F. MEHOUENOU,

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La première édition du Festival des arts mahi et d’Ilé Ifè (Fami) a eu lieu du 14 au 16 avril dernier dans la commune de Savalou. Une initiative de valorisation des arts et cultures à la base qui, en dépit des difficultés, s’est tenue à la grande satisfaction des populations. Paterne Tchaou, l’initiateur, dresse ici un bilan succinct des acquis de l’acte I du Fami.

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La Nation : Que pouvons-nous retenir à la fin de la première édition du Fami ?

 

Paterne Tchaou : A l’issue de la tenue de la première édition du Festival des arts mahi et d’Ilé Ifè (Fami), toutes les activités programmées ont été exécutées effectivement. L’atelier de renforcement de capacités animé par Hermas Gbaguidi à l’endroit des jeunes comédiens de Savalou a été très édifiant. La conférence débat au Ceg1 de Savalou a permis d’entretenir une centaine de responsables de classes sur le thème « Le rôle de l’art et de la culture dans l’unification des peuples ». Les artistes de différentes communautés ont animé pour le plaisir du public. Le site touristique programmé a été aussi visité. Ce n’était pas gagné à l’avance mais nous avons pu tenir la route jusqu’au bout grâce aux différents soutiens. Je saisi l’occasion pour remercier le monde culturel béninois et international qui nous a soutenus en dépit de tout.

 

Quelles sont les retombées de cette première édition?

Pour une première édition, nous avons déjà des retombées. Nous voulons souligner par exemple la production audio du morceau « Coma » du jeune rappeur « Sohavi Nonstavo » qu’un partenaire veut prendre en charge, la valorisation des rythmes en voie de disparition comme anglissin, atihoun, akpanhoun, la danse cérémonielle du Guèlèdè etc. La visibilité faite autour du musée « La porte de nos retours », la communion effective entre les différentes communautés qui ont participé au festival à travers des pratiques artistiques et culturelles de divers horizons. Le groupe « Miroir Percu » a gagné une opportunité pour participer à un festival de percussions en Allemagne en juillet prochain, grâce à la collaboration du professeur Dodji Amouzouvi, directeur du Larred. Le président de la Commission Afrique de l’Union internationale de la Marionnette (Unima), Cheick Amadou Kotondi, a promis organiser en août prochain un atelier en arts de rue et marionnettes au profit des jeunes culturels pour mieux soutenir l’édition prochaine. Voilà en quelques mots, les premiers fruits du Fami 2017.

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Qu’est-ce qui vous a inspiré une telle initiative ?

Le Festival des arts mahi et d’Ilé Ifè (Fami) est une plateforme d’expression artistique et culturelle qui regroupe les pratiques artistiques des populations du département des Collines. Il y a d’une part les Mahi et d’autre part les autres Idaasha, Nagot, Ifè, Tchabè et Yoruba qui sont des peuples assimilés et qui partagent ensemble avec les Mahi le département des Collines. Nous avons été inspirés par l’absence d’espace d’expression artistique commun aux populations. Chaque peuple s’évertue à promouvoir dans une logique autarcique ses richesses culturelles en ignorant la présence effective des autres alors que nous partageons ensemble des villages, des villes et un département. Le Festival des arts mahi et d’Ilé Ifè (Fami) répond donc à une préoccupation sous-jacente relative à la promotion et à la valorisation des richesses culturelles du département des Collines : celle de faire de la diversité culturelle, caractéristique fondamentale des Collines, un outil de développement intégral. Il s’agit d’utiliser les arts Mahi, Nagot, Tchabè, Idaasha, Ifè et Yoruba comme vecteurs de communication pour ouvrir des espaces de dialogue interculturels et sensibiliser les différentes communautés du département des Collines à prendre appui sur leurs richesses culturelles et artistiques pour le rayonnement de cet département.

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Vous avez organisé ce festival à un moment où les acteurs culturels se plaignent de l’absence de financement, quel est votre secret ?

Nous avions été favorables aux services. Nous n’avions pas été soutenus par la mairie de Savalou. Comme dans toutes les municipalités du Bénin, la culture n’est pas une priorité pour les autorités locales. Nous faisons avec pour l’instant tout en espérant que des améliorations viendront et que leur bonne foi se manifestera. C’est vrai que l’administration municipale comme partout ailleurs au Bénin manque de compétences dans le domaine des arts et de la culture. Et les responsables qui gèrent ces postes ne sont pas à la hauteur de la tâche parce que ce n’est pas leur formation de base. Nous comprenons cette mauvaise utilisation des compétences mais la bonne foi, l’envie de servir sa commune et sa patrie ne sont pas des valeurs qu’on apprend sur papier. Le soutien financier n’existe presque jamais. Cependant, l’appui institutionnel ne doit pas être aussi pénible et contraignant. Accompagner le Fami doit être un plaisir pour les autorités de la mairie de Savalou comme les partenaires l’ont fait. C’est le moment de témoigner notre gratitude à tous ces partenaires qui ont cru en nous. C’est le moment de remercier Gilbert Dehou Malè, Luc Aimé Dansou, Gaston Eguédji, Claude Balogoun, Lambert Dogo, Dodji Amouzouvi qui ont pris directement des artistes en charge sans que nous ne servions d’intermédiaires.