Pêche à la senne de plage : un spectacle de pêcheurs solidaires

Par Fulbert Adjimehossou,

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Un spectacle de pêcheurs solidairesLa pêche à la senne de plage est un symbole de solidarité, ...

C’est dimanche, le tout premier de l’année 2022. Peu avant 7 heures, les sportifs commencent à prendre position, le long de la nouvelle Route des pêches. Du côté de la plage Togbin, l’atmosphère est calme, avec une visibilité légèrement perturbée par le vent de l’harmattan. Mais ce flou éphémère n’empêche pas de voir au loin une dizaine de jeunes, sans masque, qui traînent des filets. « Nous nous apprêtons pour tirer les filets. Ce sera une vraie bataille à distance entre nous et les vagues. D’autres amis ne vont pas tarder à nous rejoindre », signale Idelphonse K., la quarantaine, confiant.
En réalité, la senne de plage est un engin de grande envergure que les pêcheurs déploient à partir du rivage. Elle est munie d’une poche qui, après l’encerclement des aires marines, fait l’objet de halage à terre pendant des heures. Selon les explications de ces pêcheurs ils se sont approprié la technique auprès des Ghanéens. Mais la mise en place de ce dimanche matin n’est que la face visible de l’iceberg. Les dispositions pratiques ont été prises bien plus tôt. « C’est déjà dans la nuit que nous introduisons le filet dans la mer à l’aide d’une barque. Puis, dans la matinée, nous venons pour tirer pour amasser la récolte », ajoute-t-il.

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Foi et partage

Les minutes passent, d’autres jeunes s’invitent et se positionnent, sans trop poser de questions. « Le fait de chanter nous motive. Nous ne ressentons plus la fatigue. En plus, nous demandons à Dieu de nous envoyer beaucoup de poissons », souligne Cocou Amanmon, occupé à assener des coups doux au gong. Un spectacle pareil, on en vit très souvent le long de la Route des pêches entre Cotonou et Ouidah.
De même, à Grand-Popo, une commune frontalière à l’Ouest, la pratique est aussi récurrente. Les pieds enfoncés dans le sable sur la plage, les pêcheurs se doivent de mener la lutte pendant plusieurs heures pour enfin sortir le filet de l’océan. Dans cette euphorie, il y a aussi de la rigueur. « Nous travaillons comme si nous venons au service. Nous avons un patron aussi. Si quelqu’un manque, il est sanctionné. Nous nous reposons après sept jours », déclare Cocou Amanmon.
En tirant sur les cordes, en faisant des pas rigides vers l’arrière pour remonter les filets, les pêcheurs prient aussi en chœur pour avoir de grosses prises. « Parfois, nous y allons, et nous trouvons une vingtaine de bassines de poissons. Mais certains jours, le filet revient presque vide. La bassine est vendue entre 50 000 et 60 000 F Cfa selon la variété de poissons », renseigne Idelphonse K. Dans tous les cas, la pêche à la senne de plage a son côté humain et social. Tous ceux qui ont participé à la remontée des filets rentrent chez eux avec du poisson.

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Une pratique sociale à réglementer

Mais attention, la pêche à la senne de plage n’est pas sélective. Les petits poissons viennent avec les gros. Si les pêcheurs y voient une sélection naturelle, les chercheurs craignent une menace sur la biodiversité marine. Dr Edmond Sossoukpè, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences et Techniques (Fast), a longtemps travaillé sur l’activité de pêche marine. Il pense que l’engin fait prisonnier tout organisme vivant se retrouvant dans son champ. « Ses lèvres sont à grande maille, mais la poche a généralement 10 mm de maille étirée. C’est à ce niveau que les captures sont concentrées. C’est donc un engin non sélectif et c’est pour cette raison que la senne de plage est dévastatrice pour les ressources du littoral », déplore-t-il.
L’Institut de recherches halieutique et océanographique du Bénin (Irhob) est aussi inquiet. « Cette pêche se pratique dans les zones de pêcherie, là où les poissons viennent pondre. Ce qui fait que c’est dangereux. Si les poissons viennent pondre leurs œufs et qu’on les pêche à l’état juvénile, je pense que le stock ne peut pas se renouveler», déplore Zacharie Sohou, océanographe biologiste et Directeur de l’Irhob. A l’en croire, il faut aller vers une taille de maille optimale des senneurs de plage pour assurer la durabilité du stock. « Les poissons pêchés sont juvéniles. On peut augmenter les mailles en attendant que tous les pêcheurs acceptent la suppression », ajoute-t-il. Le grand défi, c’est d’arriver à trouver un équilibre entre la sauvegarde des moyens de subsistance des pêcheurs et la santé de l’océan.