Penser maternellement le monde: Au nom de la mère, du père et de leur enfant

Par Collaboration extérieure,

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Il viendra le temps, et il est venu maintenant, où « ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole / ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité / ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel » (A. Césaire), ceux-là diront le monde nouveau, ils proposeront du monde une lecture famille et humaniste. Car à quoi bon tous les progrès ci-dessus (Aimé Césaire n’a pas connu le Gps stellaire pour naviguer dans l’espace ni la théorie des nombres de Gauss qui nous propulsera vers Mars, etc.), oui, à quoi bon ces progrès passés et à venir si, au XXIe siècle, l’homme continue, résolument, d’être un loup pour l’homme ?

Au nom de tout et de n’importe quoi, au nom de l’idéologie et de la religion, on décapite, on éventre, « on ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres » (id.), pire que ne le faisaient les barbares, nos ancêtres, qui ne disposaient pas d’armes aussi performantes que les nôtres. Et alors que « on n’arrête pas le progrès », l’homme lui-même est toujours à la torture. Comme si dès l’origine du monde, quelque chose d’antihumain avait été introduit dans la conception de la cosmogénèse. Quand on a demandé à l’estropié de redresser la corbeille qu’il porte de guingois sur la tête, il a répondu que « c’est en bas et non en haut que c’est tordu ». Dès l’origine, dès la fondation. Il faut donc y aller voir. Et lorsqu’on y va, que voit-on ? Que si l’homme est un loup pour l’homme, l’homme se plaît et se complaît à être un loup pour la femme. L’homme au sens de mâle. Le mâle qui pense et baptise la femme de « sexe faible » pour s’arroger le droit de la maltraiter à volonté, de l’humilier sans cesse, de la harceler selon ses envies et ses prurits, sauf – et cette exception doit devenir la règle qui sauvera le monde – sauf si la femme est sa mère. Mais avant d’en arriver à la femme mère, restons avec la femme tout court, telle que l’a conçue et la voit le mâle.
Le mâle, auteur du Livre de la Genèse – Livre des Commencements – a balisé le chemin de croix de la femme. Mus par la curiosité, l’homme et la femme poussent les portes de la connaissance. Yahvé, que l’auteur a pris soin de masculiniser à sa propre image, punit l’audace du couple en le chassant du jardin d’Eden pour le livrer à la ‘‘vallée des larmes’’. Et l’auteur, le mâle devant Yahvé, de s’acharner sur la femme: « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (3/16). Le mâle, qui a décrété le ‘‘dominera sur toi’’, multiplie et varie les sévices destinés à extraire de la femme toutes les larmes de son corps afin que jamais pour elle la vallée des larmes ne s’assèche.

Dans sa fureur et, peut-être, à son corps défendant,il arrive que le mâle passe de sévices à supplices mortels. Des statistiques officielles datées du 3 septembre 2019 font état de 149 femmes mortes en France (pays à haute teneur de civilisation) en 2018 sous les coups de leur compagnon. Le total des femmes battues à mort dans le monde donnerait lieu à une petite hécatombe annuelle de femmes tuées par leur mâle de conjoint. Et voilà que ces meurtres feraient passer pour pures gentillesses le braquage inattendu opéré par le mâle sur la femme dans le bureau verrouillé, le plaquage animal de la femme contre le mur, le mâle ahanant à la poursuite de la femme affolée qui se dérobe derrière table, chaises et armoire… La femme soumise aux assauts du mâle en rut et incontrôlable.La femme sur son chemin de croix.
Sur les brisées du Livre de la Genèse se sont alignées les trois religions du livre, les trois religions issues du père commun Abraham. Voici le sort de la femme dans la religion juive. Le rabbin venu accompagner Maman Halimi à sa dernière demeure refuse de serrer la main que sa fille, Gisèle Halimi (Juive Française décédée en juillet 2020) lui tend: « Ah, non, non ! Je ne vous serre pas la main, madame, la religion nous l’interdit. » La seule explication immédiate qu’obtient l’avocate est « Excusez-moi… C’est comme ça ». Et Gisèle Halimi de se rappeler la prière, chaque matin, de son grand-père juif : « Sois loué Eternel notre Dieu. Merci de m’avoir fait homme et pas femme. » Une malédiction donc que d’être femme.
Et voici, sous la plume du mâle appelé Luc, la femme selon les évangiles, que l’on dit piliers du christianisme : « Or, par la suite, Jésus faisait route à travers villes et villages ; il proclamait et annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu. Les douze étaient avec lui, et aussi des femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens » (8/1-3). En deux versets, Luc restitue et confirme l’image que le mâle se fait de la femme : impure, pécheresse, servante. Il n’y a pas, dans tout l’évangile, ce qu’on appellerait aujourd’hui une femme-leader.
Les grands fondateurs de la doctrine chrétienne, tous des mâles, serviront de point d’orgue et de caisse de résonance à ce que les évangiles disent en vrac et en filigrane de la femme. Avant sa mort en 430, Augustin d’Hippone, dit l’Africain, sur le premier versant de sa vie,se montra friand d’aventures galantes. A 33 ans, prenant en considération les larmes de sa mère, Augustin se calma, entra dans les ordres, devint évêque. Erudit, il théorisa le péché originel et s’acharna sur la femme qui, pour lui, n’est pas l’image de Dieu comme l’est le mâle (quid de sa mère Monique ?). Avant sa mort en 1274, Thomas d’Aquin lui emboîta le pas : «La femme est un être accidentel » puisque, selon la Genèse, Dieu créa la femme pour faire à l’homme « une aide qui lui soit assortie »(2/3). Pour avoir posé les bases dela ‘‘saine doctrine’’ chrétienne, ces deux mâles ont été canonisés et déclarés Docteurs de l’Eglise.
Et voici un aperçu de l’image de la femme sous la dictée de Muhammad d’Arabie. Avant sa mort en 632, Muhammad fit en sens inverse le chemin d’Augustin d’Hippone. Auprès de son épouse Khadija, son aînée et employeur, il connut, sur le premier versant de sa vie, le régime monogamique. Après le décès de Khadija, attiré par la fidélité à géométrie variable de la polygamie, il multiplia les épousailles. C’est donc le Muhammad du second versant qui fit écrire : « Vos femmes tiennent lieu pour vous d’un champ, allez à votre champ comme vous l’entendez » (2/223). Car le verset 3 de la sourate 4 invite le mâle à considérer comme esclaves et objets les femmes en régime de polygamie : « …Il vous est permis d’épouser telles femmes qui vous conviendront, à raison de deux, trois ou quatre épouses. Si vous craignez d’être partiaux, que ce soit alors une seule épouse, ou des esclaves; vous serez plus proches ainsi de l’équité. » L’esclave n’a aucun droit à revendiquer.
Au vu de la forte ressemblance d’un texte à l’autre en ce qui concerne le sort de la femme, on pourrait croire que les différents auteurs, des mâles, n’ont fait que recopier leur devancier sans modifier le fond de la doctrine anti-femme. Il n’en est pourtant rien, comme le prouve le « Coutumier du Dahomey », issu d’un peuple sans écriture et sans livre, sans prophètes patentés à qui le Très-Haut confie ses messages par l’entremise de son Ange. Ledit Coutumier est resté en vigueur au Dahomey-Bénin du 19 mars 1931 jusqu’au 24 août 2004, date de l’adoption définitive du « Code des Personnes et de la Famille » qui faisait enfin de la femme un être humain. Il a fallu des décennies á un Parlement, fait de mâles en majorité,pour arriver à se départir de l’article 127 du Coutumier, qui résume le mieux le statut de la femme en milieu Aja-Tado : « La femme n’a aucun pouvoir juridique. La pratique seule lui donne quelque importance. Elle a, ainsi, souvent, l’administration du ménage ; elle peut se constituer un pécule avec le produit de la vente de certains objets de sa fabrication. Elle fait partie des biens de l’homme et de son héritage. »
Paul, autoproclamé apôtre de Jésus-Christ alors qu’il ne l’a pas connu, n’a pas connu les évangiles et a d’abord combattu les disciples de Jésus et la doctrine supposée de lui, se reconnaîtrait, peu ou prou, dans la dernière proposition du ci-devant article 127 du Coutumier du Dahomey. En effet, il ressort de l’ensemble des épîtres de Paul que la femme vient après l’homme, sort de la côte de l’homme comme le précise la Genèse, et doit donc lui être soumis. Paul ne l’a lu nulle part, il a suffi qu’il s’en remette à son instinct de mâle.
Car, des Ecritures (avec majuscule) à la tradition non écrite d’Aja-Tado (sud Togo et sud Bénin), ce n’est point le souffle divin l’animateur, mais l’instinct félin du pouvoir dominateur. Force physique brute et déchirante, dont le mâle aime bien à se couvrir pour couvrir la terre de violences et envoyer mourir les enfants de la femme, lui dont les entrailles ne savent rien des souffrances maternelles de l’enfantement. Il s’est pourtant arrogé la direction du monde. Chacun voit où ses diktats conduisent l’humanité.
Si le mâle est violent et dominateur par nature, c’est parce que la nature l’a fait incomplet et qu’il est toujours dans la quête échevelée de sa complétion. La génétique révèle que la femme est XX, et le mâle XY. L’élément présent partout et toujours est X. Il tombe donc sous le sens que XX est le lieu de l’accomplissement, de l’achèvement et de la plénitude. N’ayant plus rien à se prouver et donc rien à chercher ailleurs, la femme, XX, est le lieu par excellence de la stabilité et de la sérénité. Tel n’est pas le cas du mâle. Il commence bien avec l’élément identitaire de l’être, X, et vire vers Y pour faire XY. Aucun de ces deux éléments n’aboutit ni ne s’épanouit, chacun reste à mi-chemin du parcours nécessaire à l’accomplissement, nécessaire à la réalisation. Une demi-banane ajoutée à une demi-mangue ne donne ni banane ni mangue, mais un fruit inconnu, hybride, qui se cherchera éternellement entre banane et mangue sans pouvoir jamais se reconnaître totalement dans l’une ou dans l’autre. Tel est le mâle. Hybride, inconstant et violent, il conduit le monde à l’image de ce qu’il est, par monts et par vaux, tenant autant que possible à l’écart la femme, qui détient pourtant la clé de la stabilité et de la sérénité pour notre humanité.
C’est ce qu’a compris et dit Barack Obama au frontispice de son livre-programme, L’audace d’espérer. Il le dédie « Aux femmes qui m’ont élevé, ma grand-mère maternelle, qui a été un roc de stabilité pendant toute ma vie, ma mère, dont le courage et l’amour me soutiennent encore. » La mère qui élève. La mère qui, chez le peuple juif, confère la judaïté.
C’est ce qu’a compris intuitivement et que dit clairement le peuple Aja-Tado. Le couple créateur est Mawu-Lissa, le principe féminin avant le principe masculin. A longueur de conversations et de prières, il invoque Mawu et ignore Lissa, plus sans doute par paresse langagière que par préméditation. Toujours est-il que Mawu, principe féminin, suffit à son bonheur. Et le peuple Aja-Tado dit que « la femme est le pilier du foyer » et que « le mâle est agitateur à l’extérieur du foyer ». Le peuple Aja-Tado n’a ni frère ni sœur, mais « les enfants de la mère ». La mère qui rassemble. La mère qui édifie la fratrie.
C’est ce qu’a compris en esprit et vérité et que dit mystiquement la Mère des Eglises chrétiennes. Ses édifices pour s’élever vers le Très-Haut sont offerts à Notre Dame – « Tu es l’honneur, Tu es la gloire de notre peuple, Vierge Marie » – Notre Dame de toute grâce, parée de litanies diverses et belles. Car, dit l’intime conviction, c’est Elle qui conduit au Père par le Fils. Car Elle sait, comme toute mère, parler au père pour le bonheur des enfants.
Aussi est venu le temps d’être conséquent, le temps d’aimer assez le monde pour penser maternellement le monde. Au nom de la mère, du père et de leur enfant.

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Il viendra le temps, et il est venu maintenant, où « ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole / ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité / ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel » (A. Césaire), ceux-là diront le monde nouveau, ils proposeront du monde une lecture famille et humaniste. Car à quoi bon tous les progrès ci-dessus (Aimé Césaire n’a pas connu le Gps stellaire pour naviguer dans l’espace ni la théorie des nombres de Gauss qui nous propulsera vers Mars, etc.), oui, à quoi bon ces progrès passés et à venir si, au XXIe siècle, l’homme continue, résolument, d’être un loup pour l’homme ?

Au nom de tout et de n’importe quoi, au nom de l’idéologie et de la religion, on décapite, on éventre, « on ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres » (id.), pire que ne le faisaient les barbares, nos ancêtres, qui ne disposaient pas d’armes aussi performantes que les nôtres. Et alors que « on n’arrête pas le progrès », l’homme lui-même est toujours à la torture. Comme si dès l’origine du monde, quelque chose d’antihumain avait été introduit dans la conception de la cosmogénèse. Quand on a demandé à l’estropié de redresser la corbeille qu’il porte de guingois sur la tête, il a répondu que « c’est en bas et non en haut que c’est tordu ». Dès l’origine, dès la fondation. Il faut donc y aller voir. Et lorsqu’on y va, que voit-on ? Que si l’homme est un loup pour l’homme, l’homme se plaît et se complaît à être un loup pour la femme. L’homme au sens de mâle. Le mâle qui pense et baptise la femme de « sexe faible » pour s’arroger le droit de la maltraiter à volonté, de l’humilier sans cesse, de la harceler selon ses envies et ses prurits, sauf – et cette exception doit devenir la règle qui sauvera le monde – sauf si la femme est sa mère. Mais avant d’en arriver à la femme mère, restons avec la femme tout court, telle que l’a conçue et la voit le mâle.
Le mâle, auteur du Livre de la Genèse – Livre des Commencements – a balisé le chemin de croix de la femme. Mus par la curiosité, l’homme et la femme poussent les portes de la connaissance. Yahvé, que l’auteur a pris soin de masculiniser à sa propre image, punit l’audace du couple en le chassant du jardin d’Eden pour le livrer à la ‘‘vallée des larmes’’. Et l’auteur, le mâle devant Yahvé, de s’acharner sur la femme: « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (3/16). Le mâle, qui a décrété le ‘‘dominera sur toi’’, multiplie et varie les sévices destinés à extraire de la femme toutes les larmes de son corps afin que jamais pour elle la vallée des larmes ne s’assèche.

Dans sa fureur et, peut-être, à son corps défendant,il arrive que le mâle passe de sévices à supplices mortels. Des statistiques officielles datées du 3 septembre 2019 font état de 149 femmes mortes en France (pays à haute teneur de civilisation) en 2018 sous les coups de leur compagnon. Le total des femmes battues à mort dans le monde donnerait lieu à une petite hécatombe annuelle de femmes tuées par leur mâle de conjoint. Et voilà que ces meurtres feraient passer pour pures gentillesses le braquage inattendu opéré par le mâle sur la femme dans le bureau verrouillé, le plaquage animal de la femme contre le mur, le mâle ahanant à la poursuite de la femme affolée qui se dérobe derrière table, chaises et armoire… La femme soumise aux assauts du mâle en rut et incontrôlable.La femme sur son chemin de croix.
Sur les brisées du Livre de la Genèse se sont alignées les trois religions du livre, les trois religions issues du père commun Abraham. Voici le sort de la femme dans la religion juive. Le rabbin venu accompagner Maman Halimi à sa dernière demeure refuse de serrer la main que sa fille, Gisèle Halimi (Juive Française décédée en juillet 2020) lui tend: « Ah, non, non ! Je ne vous serre pas la main, madame, la religion nous l’interdit. » La seule explication immédiate qu’obtient l’avocate est « Excusez-moi… C’est comme ça ». Et Gisèle Halimi de se rappeler la prière, chaque matin, de son grand-père juif : « Sois loué Eternel notre Dieu. Merci de m’avoir fait homme et pas femme. » Une malédiction donc que d’être femme.
Et voici, sous la plume du mâle appelé Luc, la femme selon les évangiles, que l’on dit piliers du christianisme : « Or, par la suite, Jésus faisait route à travers villes et villages ; il proclamait et annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu. Les douze étaient avec lui, et aussi des femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens » (8/1-3). En deux versets, Luc restitue et confirme l’image que le mâle se fait de la femme : impure, pécheresse, servante. Il n’y a pas, dans tout l’évangile, ce qu’on appellerait aujourd’hui une femme-leader.
Les grands fondateurs de la doctrine chrétienne, tous des mâles, serviront de point d’orgue et de caisse de résonance à ce que les évangiles disent en vrac et en filigrane de la femme. Avant sa mort en 430, Augustin d’Hippone, dit l’Africain, sur le premier versant de sa vie,se montra friand d’aventures galantes. A 33 ans, prenant en considération les larmes de sa mère, Augustin se calma, entra dans les ordres, devint évêque. Erudit, il théorisa le péché originel et s’acharna sur la femme qui, pour lui, n’est pas l’image de Dieu comme l’est le mâle (quid de sa mère Monique ?). Avant sa mort en 1274, Thomas d’Aquin lui emboîta le pas : «La femme est un être accidentel » puisque, selon la Genèse, Dieu créa la femme pour faire à l’homme « une aide qui lui soit assortie »(2/3). Pour avoir posé les bases dela ‘‘saine doctrine’’ chrétienne, ces deux mâles ont été canonisés et déclarés Docteurs de l’Eglise.
Et voici un aperçu de l’image de la femme sous la dictée de Muhammad d’Arabie. Avant sa mort en 632, Muhammad fit en sens inverse le chemin d’Augustin d’Hippone. Auprès de son épouse Khadija, son aînée et employeur, il connut, sur le premier versant de sa vie, le régime monogamique. Après le décès de Khadija, attiré par la fidélité à géométrie variable de la polygamie, il multiplia les épousailles. C’est donc le Muhammad du second versant qui fit écrire : « Vos femmes tiennent lieu pour vous d’un champ, allez à votre champ comme vous l’entendez » (2/223). Car le verset 3 de la sourate 4 invite le mâle à considérer comme esclaves et objets les femmes en régime de polygamie : « …Il vous est permis d’épouser telles femmes qui vous conviendront, à raison de deux, trois ou quatre épouses. Si vous craignez d’être partiaux, que ce soit alors une seule épouse, ou des esclaves; vous serez plus proches ainsi de l’équité. » L’esclave n’a aucun droit à revendiquer.
Au vu de la forte ressemblance d’un texte à l’autre en ce qui concerne le sort de la femme, on pourrait croire que les différents auteurs, des mâles, n’ont fait que recopier leur devancier sans modifier le fond de la doctrine anti-femme. Il n’en est pourtant rien, comme le prouve le « Coutumier du Dahomey », issu d’un peuple sans écriture et sans livre, sans prophètes patentés à qui le Très-Haut confie ses messages par l’entremise de son Ange. Ledit Coutumier est resté en vigueur au Dahomey-Bénin du 19 mars 1931 jusqu’au 24 août 2004, date de l’adoption définitive du « Code des Personnes et de la Famille » qui faisait enfin de la femme un être humain. Il a fallu des décennies á un Parlement, fait de mâles en majorité,pour arriver à se départir de l’article 127 du Coutumier, qui résume le mieux le statut de la femme en milieu Aja-Tado : « La femme n’a aucun pouvoir juridique. La pratique seule lui donne quelque importance. Elle a, ainsi, souvent, l’administration du ménage ; elle peut se constituer un pécule avec le produit de la vente de certains objets de sa fabrication. Elle fait partie des biens de l’homme et de son héritage. »
Paul, autoproclamé apôtre de Jésus-Christ alors qu’il ne l’a pas connu, n’a pas connu les évangiles et a d’abord combattu les disciples de Jésus et la doctrine supposée de lui, se reconnaîtrait, peu ou prou, dans la dernière proposition du ci-devant article 127 du Coutumier du Dahomey. En effet, il ressort de l’ensemble des épîtres de Paul que la femme vient après l’homme, sort de la côte de l’homme comme le précise la Genèse, et doit donc lui être soumis. Paul ne l’a lu nulle part, il a suffi qu’il s’en remette à son instinct de mâle.
Car, des Ecritures (avec majuscule) à la tradition non écrite d’Aja-Tado (sud Togo et sud Bénin), ce n’est point le souffle divin l’animateur, mais l’instinct félin du pouvoir dominateur. Force physique brute et déchirante, dont le mâle aime bien à se couvrir pour couvrir la terre de violences et envoyer mourir les enfants de la femme, lui dont les entrailles ne savent rien des souffrances maternelles de l’enfantement. Il s’est pourtant arrogé la direction du monde. Chacun voit où ses diktats conduisent l’humanité.
Si le mâle est violent et dominateur par nature, c’est parce que la nature l’a fait incomplet et qu’il est toujours dans la quête échevelée de sa complétion. La génétique révèle que la femme est XX, et le mâle XY. L’élément présent partout et toujours est X. Il tombe donc sous le sens que XX est le lieu de l’accomplissement, de l’achèvement et de la plénitude. N’ayant plus rien à se prouver et donc rien à chercher ailleurs, la femme, XX, est le lieu par excellence de la stabilité et de la sérénité. Tel n’est pas le cas du mâle. Il commence bien avec l’élément identitaire de l’être, X, et vire vers Y pour faire XY. Aucun de ces deux éléments n’aboutit ni ne s’épanouit, chacun reste à mi-chemin du parcours nécessaire à l’accomplissement, nécessaire à la réalisation. Une demi-banane ajoutée à une demi-mangue ne donne ni banane ni mangue, mais un fruit inconnu, hybride, qui se cherchera éternellement entre banane et mangue sans pouvoir jamais se reconnaître totalement dans l’une ou dans l’autre. Tel est le mâle. Hybride, inconstant et violent, il conduit le monde à l’image de ce qu’il est, par monts et par vaux, tenant autant que possible à l’écart la femme, qui détient pourtant la clé de la stabilité et de la sérénité pour notre humanité.
C’est ce qu’a compris et dit Barack Obama au frontispice de son livre-programme, L’audace d’espérer. Il le dédie « Aux femmes qui m’ont élevé, ma grand-mère maternelle, qui a été un roc de stabilité pendant toute ma vie, ma mère, dont le courage et l’amour me soutiennent encore. » La mère qui élève. La mère qui, chez le peuple juif, confère la judaïté.
C’est ce qu’a compris intuitivement et que dit clairement le peuple Aja-Tado. Le couple créateur est Mawu-Lissa, le principe féminin avant le principe masculin. A longueur de conversations et de prières, il invoque Mawu et ignore Lissa, plus sans doute par paresse langagière que par préméditation. Toujours est-il que Mawu, principe féminin, suffit à son bonheur. Et le peuple Aja-Tado dit que « la femme est le pilier du foyer » et que « le mâle est agitateur à l’extérieur du foyer ». Le peuple Aja-Tado n’a ni frère ni sœur, mais « les enfants de la mère ». La mère qui rassemble. La mère qui édifie la fratrie.
C’est ce qu’a compris en esprit et vérité et que dit mystiquement la Mère des Eglises chrétiennes. Ses édifices pour s’élever vers le Très-Haut sont offerts à Notre Dame – « Tu es l’honneur, Tu es la gloire de notre peuple, Vierge Marie » – Notre Dame de toute grâce, parée de litanies diverses et belles. Car, dit l’intime conviction, c’est Elle qui conduit au Père par le Fils. Car Elle sait, comme toute mère, parler au père pour le bonheur des enfants.
Aussi est venu le temps d’être conséquent, le temps d’aimer assez le monde pour penser maternellement le monde. Au nom de la mère, du père et de leur enfant.

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