Perspectives économiques au Bénin: Les chemins de la croissance tant espérée

Par Fulbert Adjimehossou,

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Transport maritime

En misant sur un secteur privé qui sait capter les opportunités, le Bénin pourrait créer le miracle attendu depuis 1960. L’implication de l’Etat et beaucoup d’autres facteurs entrent aussi en jeu.

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Deux piliers sont capitaux pour le futur : le courage du secteur privé et l’implication de l’Etat. C’est le vœu de certains acteurs comme Albin Féliho qui lisent à travers les réformes en cours des notes d’espoir. Pour le président de la Confédération nationale des employeurs du Bénin (Coneb), le secteur privé ne peut pas tout seul faire le miracle. « On a bien vu que lorsqu’il s’est agi d’assainir, il n’y a plus personne en face », insiste-t-il. Pour lui, l’Etat libéral appelé de tous nos vœux ne viendra pas ex nihilo. « L’appui de l’Etat permet de ne pas tuer la poule aux œufs d’or et de faire éclore un certain nombre de capitaux et d’industries », fait remarquer Albin Féliho.

Une quête infinie de croissance

En effet, au lendemain des indépendances, le secteur privé a été noyé dans un système de comptoirs européens. La volonté des « révolutionnaires », une décennie plus tard, d’investir pour changer la donne s’est heurtée à des problèmes de gouvernance. Les fleurons créés ont fait long feu. En 1990, l’Etat s’est retiré de nombreux secteurs de production, au nom d’un libéralisme qui mérite d’être consolidé. « Depuis 1960, les différents gouvernants ont fait des choix qui me paraissent responsables, judicieux, mais peut-être un peu moins courageux par moment. Ces choix étaient capables d’induire une croissance robuste et réduire significativement la pauvreté. Mais des problèmes de mauvaise gestion ne nous ont pas permis d’aller véritablement plus loin », regrette Dr Ange-Marie Codo, macroéconomiste.
La réalité est là. Le Produit intérieur brut repose aujourd’hui sur très peu d’entreprises de taille. L’économie affiche depuis trois décennies une structure rigide, avec une prédominance de l’agriculture et des services, une part faible de l’industrie manufacturière et une forte présence du secteur informel.

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Saisir les opportunités

Doit-on néanmoins continuer avec le libéralisme économique? Dr Ange-Marie Codo relativise. « Le libéralisme orienté sur un socialisme pourrait sembler très souhaité dans un pays à fort niveau de pauvreté, mais ne serait pas très soutenable dans le long terme », analyse l’enseignant-chercheur. Et ce n’est pas tout. L’élément déclencheur de l’investissement privé repose sur l’environnement économique, la fiscalité, l’énergie, la transparence, la sécurisation du foncier, etc. « Ces facteurs me paraissent capitaux et primordiaux pour enclencher la décision d’investir du secteur privé qui n’accepterait pas prendre des risques dans un avenir qui lui parait incertain (même s’il a le goût du risque) même s’il est appuyé financièrement par l’Etat », ajoute Dr Ange Marie Codo.
Pour l’avenir, le secteur privé devra faire sa mue : fédérer les énergies, capter les opportunités et s’appuyer sur des chaînes de valeurs. De même, le besoin de transformer les matières premières et de les conserver bouscule les priorités. « Là encore, un individu ou le secteur privé tout seul ne peut pas se lever pour mettre en place toutes ces infrastructures qui nécessitent de lourds investissements. L’apport de l’Etat est indispensable. Cependant, même s’il y a la volonté politique, il faut pouvoir acheter ces matériels à des pays qui préféreraient voir nos produits arriver chez eux pour être transformés », déclare Albin Feliho.

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Préparer les talents au lycée

Le miracle est possible, mais à condition de préparer surtout le citoyen à le favoriser. « Les cadres béninois sont formés pour être de très bons commis de l’Etat. Il a manqué des formations pour permettre aux jeunes d’éclore leur créativité. On nous conduit jusqu’à un doctorat, mais on n’est pas capable de réfléchir pour apporter des solutions», déplore le président de la Coneb. Fort heureusement, dit-il, l’Etat met le cap sur des lycées techniques professionnalisés. « Il y a des pays comme
l’Allemagne qui ont la réputation en la matière : un pied à l’école, un pied à l’apprentissage», défend Albin Féliho. Il faut donc un peu de tout pour une indépendance économique. La consommation locale y compris.