Pierre Cocou Awadji, maire sortant de Lokossa: « La réforme du système partisan a corrigé beaucoup de choses »

Par Désiré C. VIGAN A/R Mono Couffo,

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Elu maire de Lokossa en 2003, après avoir été premier adjoint au maire puis directeur de cabinet de son prédécesseur, Pierre Cocou Awadji totalise 17 années de pratique de décentralisation. Mais tout n’aura pas été rose, puisqu’il a été confronté, durant plus de 18 mois de son mandat de maire, au basculement brusque de la majorité au conseil. Un coup dur qui justifierait selon certains citoyens l’absence du maire sortant aux dernières communales. Enseignant de carrière, membre fondateur du parti Union progressiste, Pierre Cocou Awadji revient dans cette interview sur sa non participation aux communales, son bilan puis évoque la sécurité envisagée pour les nouveaux maires à travers la réforme du système partisan.

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La Nation : Monsieur le maire, vous vous apprêtez à passer la main à votre successeur et à quitter également le conseil communal de Lokossa. Qu’est-ce qui justifie votre absence aux dernières élections communales ?

Pierre Cocou Awadji : C’est vrai, le maire de Lokossa n’a plus été candidat. Vous savez, Lokossa
compte cinq arrondissements dont le plus peuplé est celui de Lokossa-centre. Au regard de ce facteur, la population veut que le dirigeant provienne de cet arrondissement. J’ai été élu dans l’arrondissement d’Agamé avant de devenir maire. Ce que j’ai enduré, c’est trop. De par cette expérience, j’ai voulu être conseiller de l’arrondissement central parce que je suis natif d’ici. Mais cela n’a pas été accepté et on me demande de retourner encore à Agamé. Je ne voudrais plus vivre les mêmes difficultés et c’est par rapport à cela que j’ai décidé de me retirer des communales du 17 mai dernier. Cela ne veut pas dire que Pierre Cocou Awadji a abandonné la politique. J’ai marqué une pause pour observer. Je demeure militant de l’Union progressiste, mon parti politique. Et on va travailler ensemble pour faire sortir le meilleur maire qui va continuer mes œuvres.

Il y a cinq ans, vous avez été élu à la tête de Lokossa avec douze voix. Mais on a constaté que cette majorité qui vous a permis de prendre le fauteuil de maire a volé en éclats le 17 juin 2018 sous fond d’une fronde qui a failli vous emporter. Quelles étaient les origines de cette fronde ?

C’est la politique. Chacun de nous, conseillers, veut l’exercice du pouvoir. Mais le choix est porté sur moi. En évoluant, certains se sont dit que c’est possible de me bousculer pour récupérer le pouvoir. Ils ont tenté, ça n’a pas marché et ils ont relâché. Revenus à de meilleurs sentiments, ils m’ont laissé poursuivre mon mandat. Ce qui a permis que j’arrive jusqu’au terme des cinq ans déterminés par la loi.

La crise étant politique comme vous le dites, sa solution aussi a dû être politique. Des libéralités vous auraient permis de rétablir la majorité à votre profit. A combien peut-on évaluer le budget mobilisé pour vous réconcilier avec les dissidents ?

De l’argent, monsieur le journaliste, ce n’est pas vrai. Moi, je me suis dit, si les collègues sont revenus, c’est parce qu’ils ont compris que ce n’est pas certain qu’ils parviennent à faire partir le maire de son fauteuil. De l’autre côté, en évoluant, ils ont constaté que le développement de la commune est en train de de prendre un coup, les budgets étant bloqués.

Au cœur de cette crise, les frondeurs vous soupçonnaient d’avoir commis des malversations financières. Entre autres, ils parlaient de surfacturation dans l’achat de deux véhicules et d’un bulldozer D7 d’occasion à la place du neuf pour le compte de la mairie. Qu’en est-il réellement ?

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Qui veut tuer son chien l’accuse de rage. Par rapport à l’achat de matériels roulants, il n’y a pas eu de malversations. Je prends les deux véhicules achetés à savoir la RAV 4 et la Highlander. Ces deux véhicules sont acquis sur fonds propres et la loi autorise à faire ces dépenses sur fonds propres sans consulter qui que ce soit, ni le ministère en charge de la Décentralisation, ni le ministère des Finances et de l’Economie. Ce qui n’est pas le cas pour les fonds Fadec affectés comme non affectés où il faut l’accord des deux institutions. Par rapport aux deux véhicules : l’un de fonction et l’autre de pool, puisque c’est sur fonds propres, nulle part dans le budget voté, il n’a été question de véhicules neufs.
Mais par rapport au bulldozer, le principe du neuf était retenu. La prévision dans le temps pour le bull Caterpillar D7 était 37 millions francs Cfa. Pour une première fois, le dossier d’appel d’offres a été infructueux. Pareil pour la deuxième fois. Les fournisseurs se sont rapprochés de nous pour connaître la marque de bull envisagée, puisque la loi interdit de la publier dans le Dao. Et c’est alors qu’ils ont estimé qu’il est impossible de trouver de bulldozer neuf de marque Caterpilar avec le montant prévu. La prévision étant insuffisante, il est question de s’appuyer sur des fonds Fadec. Là, le ministère de la Décentralisation a été saisi. A la suite de cette précaution, nous avons utilisé les fonds Fadec pour compléter et acheter le bulldozer. Mais ce fut après avoir saisi, par écrit, le ministère des Finances et de l’Economie aux fins d’autoriser l’achat d’un bull vieux de plus de sept ans d’usage. Puis le Dao a été relancé par rapport à la nouvelle provision financière. Des offres s’en sont suivies et le mieux disant a obtenu le marché. Mais dire qu’il y a eu de surfacturation par rapport à cela, je ne sais pas. Si on avait fait ce dépouillement d’une manière frauduleuse, je ne serai plus ici aujourd’hui. Parce que l’Inspection générale des finances (Igf) est même venue par rapport à ce dossier. Nous sommes suivis de près.

En dehors de ces actions, qu’avez-vous fait à la tête de Lokossa durant la troisième mandature de la décentralisation ?

Quand on vous met à la tête d’une commune, il est question de mobiliser des ressources qui, si elles sont bien gérées, vous permettent de mener des activités de développement. J’ai hérité d’un budget de moins d’un milliard de francs Cfa, en 2003, mais aujourd’hui je suis à plus de deux milliards. Ça voudra dire qu’on a progressé. Quand il y a évolution au niveau du budget, ça veut dire que vous avez les moyens pour faire face aux urgences des communautés. Je ne dirai pas que j’ai tout fait mais j’ai fait de mon mieux parce que tant qu’il reste à faire, c’est dire que rien n’est fait.

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Comment êtes-vous parvenu à doubler le budget ?

Le budget est constitué, entre autres, des recettes propres et fiscales. Pour les recettes propres, par exemple, j’ai augmenté les postes de perception des taxes sur l’exploitation et le transport du sable et de gravier. En plus des postes d’Agamé et de Toguèmé, opérationnels par le passé, j’en ai créé dans l’arrondissement de Koudo, et deux autres au niveau de Ouèdèmé pour éviter des fuites. J’ai également révisé à la baisse le coût de location des boutiques de la mairie. Et grâce à cette action, toutes les boutiques sont occupées. La centaine de nouvelles boutiques en construction s’inscrit dans la même logique. Pour les recettes fiscales, nous avons bénéficié de l’accompagnement du Groupement intercommunal du Mono et d’autres partenaires. Lequel accompagnement a permis de limiter les fuites fiscales et ce faisant, les recettes venant des impôts ont augmenté. Concernant les infrastructures marchandes également. Aussi, l’Etat a-t-il revu à la hausse les fonds affectés au développement de la commune.

Malgré cette bonne santé financière, les artifices qui agrémentaient la ville pour les fêtes de fin d’année tels que le badigeonnage des artères principales de Lokossa ainsi que les guirlandes ne sont plus en vogue. Quel message doit-on comprendre à travers cette option ?

Moi j’ai toujours voulu aller à l’essentiel. Attendre toute une année et c’est à la fin, à l’approche des fêtes, on place des guirlandes, pour moi ce n’est pas l’essentiel. Au lieu de penser aux guirlandes, j’ai plutôt jugé utile d’améliorer l’éclairage public. Et pour cela, nous achetons des lampadaires à énergie solaire. Là où ils sont en panne, on remplace. Il est vrai que tout n’est pas remplacé. De même dans le social où il est question d’assister ici et là, on a retenu d’impacter les femmes constituées en des groupements pour nous aider à rendre la ville propre. L’essentiel pour moi, c’est surtout la construction des salles de classe, des centres de santé et j’en passe. La priorité est accordée à ces domaines-là.

A Lokossa, il y a plusieurs chantiers qui sont ouverts surtout dans le cadre du projet Asphaltage. Comment la commune a-t-elle pu avoir une trentaine de kilomètres de voies à asphalter ?

Par rapport aux communes choisies pour bénéficier de l’asphaltage, Lokossa est celle qui bénéficie de moins de linéaire, 32 km de route. Mais c’est déjà un exploit. J’étais en voyage au Canada quand le gouvernement a, par courrier, demandé aux maires de choisir les voies à aménager. Ce que mes services avaient envoyé tournait autour de 4 km et c’est à mon retour que j’ai repris le dossier pour porter nos besoins à 32 km. Et cela a été intégralement retenu.
Qu’est-ce que vous retenez comme action essentielle menée pendant votre mandat ?

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J’ai donné priorité à l’éducation. Dans la commune de Lokossa, aujourd’hui, c’est seulement l’Ecole primaire publique Ablodé, dans l’arrondissement de Koudo,
qui manque de module de classes. Par rapport aux centres de santé, j’ai cherché à rapprocher les centres des populations. Par le passé, celui qui habite à Tozounmé, par exemple, parcourait des dizaines de kilomètres de distance pour venir se faire soigner jusqu’à Koudo. Pour pallier cela, des centres de santé ont été construits, par endroits, pour rapprocher les agents de santé des patients. Et j’en suis fier.

Quel est votre plus grand regret en quittant la tête du conseil ?

Mon regret, c’est la fronde des dissidents qui a bloqué le conseil communal pendant plus d’un an et demi. S’il n’y avait pas ça, Lokossa ne serait plus au niveau actuel de développement.

De par votre expérience dans la pratique de la décentralisation, quels sont les goulots d’étranglement que le gouvernement doit lever ?

L’Etat actuel a fait un effort en augmentant les fonds Fadec, mais ce que moi je déplore c’est que les fonds n’arrivent pas à temps. Le retard dans la mise en place des fonds fait qu’on n’arrive pas à les consommer pour l’année pour laquelle ils sont dédiés. Si l’Etat peut faire un effort pour les envoyer dans l’année dans laquelle le travail serait fait, le tout serait consommé.

La quatrième mandature de l’ère de la décentralisation s’installe dans un contexte de réforme du système partisan. Pensez-vous que ce contexte offre plus de sécurité aux nouveaux maires pour leur gestion ?

En termes de sécurité pour les nouveaux maires, la réforme du système partisan a corrigé beaucoup de choses. Par le passé, il suffit que les conseillers soient au nombre de deux tiers du conseil pour que le maire puisse être destitué. Dans le contexte actuel, même si des conseillers sont contre le maire et soupçonnent des malversations dans sa gestion, il va falloir assigner le maire devant un tribunal. Et c’est la juridiction qui apprécie les faits et décide de la sanction. De même, si un conseiller, élu maire ou pas, est passible des pratiques contraires aux directives de son parti, celui-ci peut le relever de son poste de conseiller communal et, par ricochet, du fauteuil de maire. Puisqu’il faut être conseiller avant d’accéder au poste de maire. Ça, c’est très bon. Ce que nous avons connu au cours du mandat qui s’achève, relève de la pagaille. Je vois que l’ordre revient de sorte à permettre aux nouveaux conseils et aux maires de se concentrer sur les préoccupations de développement.

Propos recueillis par Désiré C. VIGAN