Plan cadre des Nations Unies pour l’assistance au développement: Les défis prioritaires du Bénin

Par Maryse ASSOGBADJO,

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L’exécution du Plan cadre des Nations Unies pour l’assistance au développement 2019-2023 (Pnuad) requiert des efforts de la part du Bénin. En cela, la prise en compte des défis socioéconomiques sur le le plan national doit être la priorité.

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C’est dans le présent que l’avenir se prépare, enseigne le dicton. Le Bénin ne doit pas perdre de vue cette philosophie en ce qui concerne la réalisation des Objectifs de développement durable (Odd). Le Plan cadre des Nations Unies pour l’assistance au développement 2023 (Pnuad) se présente comme un instrument pour l’accompagner dans son élan.
Pour que ce plan se révèle davantage efficace, il doit s’appuyer sur certains domaines prioritaires sur le plan national, en l’occurrence, les secteurs social, économique environnemental de la gouvernance et de la paix.
Dans ces domaines, les défis ne sont pas négligeables. L’état des lieux dans les différents secteurs révèle les gaps à combler sur le plan national pour satisfaire les attentes des populations.
L’analyse du Bilan commun pays au Bénin dans le cadre du Pnuad montre certaines irrégularités sur le plan de la croissance économique. Le rythme actuel de la croissance économique est estimé à 4% sur la période 2014 à 2018. Ce rythme ne comble pas les besoins vitaux de la population béninoise « dont le taux intercensitaire est de 3,5%». Cette croissance économique est aggravée par la pauvreté monétaire. L’Enquête modulaire intégrée sur les conditions de vie des ménages (Emicov) 2015, indique un taux de pauvreté de 36,2% en 2011 à 40,1% en 2015.

Défis socioéconomiques

Sur le plan social, on note une persistance de la pauvreté dont le taux est estimé à 40,1%. «La dynamique démographique au Bénin se traduit par une transition démographique lente de la population béninoise qui exerce une pression sur les efforts de développement, en termes de demande sociale dans un contexte de pauvreté persistante», renseigne le résumé exécutif du Pnuad.
Le secteur sanitaire n’est pas mieux loti. Les taux de mortalité générale élevé renseignent sur les transformations que le Bénin doit amorcer. Selon le Recensement général de la population de 2013 (Rgph 4), « la mortalité est établie à 335,5 décès pour mille naissances ». Ce taux est en deçà de la cible 3.1 des Odd (en dessous de 70 pour cent mille naissances vivantes).
Le Bénin présente également des faiblesses au plan environnemental. Il n’est pas épargné des risques et catastrophes naturels, car exposé aux aléas climatiques. Les évènements météorologiques et climatiques extrêmes avec des phénomènes de sécheresse prolongée dans la partie septentrionale du pays, des inondations ravageuses dans les zones de plaines témoignent de sa fragilité dans le secteur environnemental. On estime à 38,2% la superficie totale du pays couverte par la zone forestière. Ce taux représente une variation de moins de 25,2% entre 1995 et 2005. « Cette variation traduit une dégradation inquiétante du couvert végétal du pays avec un niveau d’épuisement des ressources naturelles de 1,4% du Pib entre 2010 et 2014 », selon le résumé exécutif du Pnuad.

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Education et genre

Les données au niveau du secteur de l’éducation sont appréciables en ce qui concerne l’accès au système éducatif par la population scolarisable. Excepté la formation technique et professionnelle, on note une amélioration au niveau de tous les cycles d’enseignement. Le taux brut de scolarisation dans le primaire est passé de 107% en 2011 à 116,2% en 2015. Toutefois, le gros défi pour le Bénin dans ce registre reste la rétention des enfants. 20% raccrochent définitivement avant la fin du CM2 et 27% des enfants de 9-17 ans sont hors de l’école.
En termes d’acquisition des connaissances par les apprenants, le pays doit revoir les stratégies pour améliorer le niveau des élèves. Les résultats aux différents examens sont aussi le signe de la faiblesse du système éducatif. Le résumé exécutif du Pnuad souligne « la faible adéquation entre l’éducation et la formation avec les besoins du marché de l’emploi ».
Le plan relève par ailleurs la faiblesse et l’inefficacité des mécanismes de protection sociale. Des lacunes s’observent aussi dans le domaine du genre. Entre autres, la persistance des violences faites aux filles et aux femmes et des inégalités du genre en matière d’accès aux services sociaux de base et aux instances décisionnelles. « L’indice de la Condition de la femme (Icf) a connu une légère évolution passant de 0,596 en 2011 à 0,607 en 2015. Par contre, il est noté « une dégradation du pouvoir économique de 9,6% passant de 0,732 à 0,662 ».
La gouvernance administrative n’est pas reluisante. Le Bénin est caractérisé par la lourdeur administrative, (la faible utilisation des technologies de l’information et de la communication, induisant la corruption et un risque fiduciaire élevé).
Des défis s’imposent également au secteur de la justice. L’examen périodique universel révèle quelques faiblesses, notamment en ce qui concerne les détenus. Si ce ne sont pas les mauvaises conditions de prévention, de détention dans les prisons civiles, ce sont les longues durées de détentions préventives ou alors le non-respect des droits des enfants.
L’état des lieux de la gouvernance et de la paix présente une image assez bonne du Bénin. En témoigne sa stabilité remarquable depuis 1990.
Toutefois, les institutions méritent encore d’être renforcées en vue de leur contribution efficace à la promotion de la démocratie et au développement du Bénin.

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Agir sur trois piliers majeurs

Le Plan cadre des Nations Unies pour l’assistance au développement ne perd pas de vue ces réalités. Il table sur trois axes majeurs pour booster le développement au Bénin: la promotion de la croissance économique inclusive, forte et durable ; le renforcement du capital humain et la consolidation de la démocratie, de l’Etat de droit ainsi que la promotion de la bonne gouvernance.
Relativement au premier pilier, le Système des Nations Unies et le Bénin se proposent de travailler en faveur de la résilience des populations les plus vulnérables à l’échéance 2023. Un accent particulier sera mis sur l’emploi décent, la sécurité alimentaire et nutritionnelle, l’accès à une énergie propre….
Concernant le renforcement du capital humain, le Bénin et les Nations Unies veulent promouvoir l’accès aux services de base de qualité, une éducation de base inclusive et complète.
Sur le volet de la consolidation de la démocratie et de la bonne gouvernance, le Système des Nations Unies et le gouvernement béninois entendent mettre l’accent sur l’efficacité, la transparence au sein des institutions. A l’échéance 2023, les efforts cumulés du Système des Nations Unies et du Bénin pourront être mieux appréciés par les populations?