Portée du 1er mai pour les travailleurs: « Pas l’occasion de danser mais de réfléchir », selon Kassa Mampo

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Kassa Mampo, secrétaire générale de la CSTB

Journée chômée payée, le 1er mai de chaque année est pour les travailleurs l’occasion de marquer un arrêt professionnel. Selon Nagnini Kassa Mampo, secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin, il ne s’agit pas de prendre une pause pour danser et festoyer mais surtout de faire le bilan des acquis et de réfléchir aux perspectives. Dans le contexte béninois, il faut, selon lui, que les travailleurs soient davantage préoccupés par les libertés syndicales.

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La Nation : La Fête du travail, une journée de détente, de défilé ou de réflexion pour les travailleurs ?

Kassa Mampo : La Fête internationale du travail est un événement qui rappelle les luttes que les travailleurs d’antan, dans les pays développés, ont menées pour obtenir des droits et sortir de l’esclavage professionnel. A l’époque, les gens travaillaient pendant des heures et des heures, dans des conditions difficiles. A un moment donné, il a fallu crier le ras-le-bol. Vous avez sans doute entendu parler des massacres de Chicago. C’est dire que des gens sont morts dans cette lutte jusqu’à ce que soit obtenue la tranche de 40 heures par semaine.

Le 1er mai est donc consacré Journée internationale du travail et déclaré journée chômée et payée, pour que les travailleurs puissent, à cette date, s’arrêter et faire le point de la satisfaction de leurs revendications. Généralement les travailleurs sont dans la rue et défilent un peu partout dans le monde entier.

Chez nous, les gens pensent que c’est le jour où le patron et le travailleur vont s’asseoir sur la même table et manger. Non ! Ce n’est pas la signification du 1er mai. Ce n’est pas une journée pour aller danser et festoyer. C’est pour réfléchir et faire le bilan. Dans le contexte de notre pays, il faut se préoccuper de la loi portant Code du travail qui donne la possibilité à l’employeur de renouveler des contrats à durée déterminée autant de fois qu’il veut. Le 1er mai donne donc l’occasion de faire le point des revendications, de mesurer les acquis, d’évaluer ce qui reste à faire et de définir les stratégies.

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En tant qu’organisation faîtière, comment la Cstb entend regrouper les travailleurs autour de cet événement ?

Nous avons l’habitude de commémorer l’événement dans la rue. Mais cette année, nous avons choisi d’organiser des meetings dans chaque département. Les départements de l’Atlantique, du Littoral et de l’Ouémé vont se réunir à la Bourse du Travail. Nous avons invité les travailleurs de ces trois départements à se réunir ici pour un meeting de commémoration sous le thème : « Travailleur, lève-toi et poursuis ta lutte contre la faim, la précarité, le chômage et la privation des libertés, induits par l’exécution du pacte colonial au Bénin, pour une gouvernance patriotique et de probité ». C’est autour de ce même thème que les travailleurs se retrouveront dans les autres départements du pays.

Que comprendre de ce thème ?

En réalité, il faut que le pays sorte du pacte colonial. C’est le pacte colonial qui est à la base de la précarité. Nous sommes dépendants sur le plan monétaire, économique, culturel et même politique. Nous devons penser à être monétairement indépendant. A défaut d’avoir notre propre monnaie, il faut déjà aller vers une monnaie sous-régionale. Sur le plan culturel, l’école béninoise doit tenir compte des réalités du milieu de telle sorte que l’instruction doit se faire dans nos langues maternelles. Sur le plan économique, il faut pouvoir transformer nos matières premières chez nous avant de les commercialiser.

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En définitive, il s’agit de réfléchir à comment transformer les matières premières chez nous pour les vendre plus cher ; comment consommer ce que nous produisons et comment produire ce que nous consommons de sorte que nous puissions véritablement être autonomes et être indépendants. Et c’est la réponse à tout ceci qui va générer la création d’emplois. En mettant en place des usines de transformation, ce sont de nouveaux emplois qui sont créés et c’est le taux de chômage qui se réduit. Mais pour arriver à relever ces défis, il y aussi d’autres questions à résoudre.

Lesquels ?

Entre autres, il y a la question de la gouvernance. Il faut que les travailleurs soient davantage impliqués dans les décisions les concernant et dans la gestion du pays en général. Cela est très important ! Au niveau des entreprises et des services publics, il faut que les travailleurs soient associés au niveau des instances de prise de décisions. Il faut par exemple que les travailleurs soient représentés à l’Assemblée nationale pour que les lois qui se votent, tiennent compte des réalités des travailleurs et contribuent à améliorer leurs conditions de vie.

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Il faut aussi qu’au niveau des différents services, pour qu’on ne parle plus de mauvaise gestion, les travailleurs soient associés. L’idéal c’est même d’en arriver à ce que les directeurs généraux des structures publiques soient élus par les travailleurs. Une fois que le Dg sait qu’il est élu, il cherchera davantage à atteindre les résultats qui lui sont assignés et les travailleurs seront plus impliqués. Il y a aussi la question des libertés qui reste primordiale car les droits syndicaux sont sacrés.