Pour avoir donné la mort à son enfant de 3 ans :Ayélé Chantale Ekué condamnée à 10 ans de travaux forcés (23e dossier)

Par Didier Pascal DOGUE,

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L’accusée Ayélé Chantale Ekué, génitrice d’un garçon de trois ans était poursuivie, pour lui avoir volontairement donné la mort. L’examen de la cause s’est déroulé, vendredi 3 avril dernier, à l’occasion du jugement de la 23e affaire inscrite au tableau de la première session 2015 de la Cour d’assises de la Cour d’appel de Cotonou présidé par Marie Adjouavi Soudé Godonou. Elle était assistée de Malick Kossou et Jacques Hounsou. Les jurés avaient noms, Martin Gbèmènou, Raphaël Ahlonsou, Firmin Gankpa et Marguerite Nouhounon. La mémoire de l’audience était tenue par Christophe Tchéou tandis que Honoré Alowakinnou a officié en tant que ministère public.

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Révolte, mélancolie et pitié ont plané à l’occasion de l’examen du 23e dossier, vendredi 3 avril dernier.
Lors de l’instruction à la barre, Ayélé Chantale Ekué a reconnu les faits d’assassinat un peu comme elle l’a fait lors de l’enquête préliminaire et de l’instruction. Mais contrairement au fait qu’elle avait retrouvé le raticide chez sa patronne, elle a déclaré l’avoir acheté pour la cause. Les questions de la présidente et celle du représentant du ministère public lui ont permis de fournir d’amples explications. C’est encore la présidente qui a livré à l’assistance le résumé des faits.

Les faits

Selon elle, courant mai 2009, la nommée Ayélé Chantale Ekué, de nationalité togolaise a donné naissance à un enfant issu d’une grossesse non désirée et dont l’auteur serait inconnu. Cet enfant nommé Eric, d’une santé fragile, tombait fréquemment malade. C’est pour cette raison que le 19 septembre 2011, Ayélé Chantale Ekué a été licenciée par sa patronne chez qui elle était employée à Godomey Fignonhou comme employée de maison. Sur le chemin de retour, l’accusée a formé le dessein de se débarrasser de l’auteur de son malheur. C’est ainsi qu’elle a administré à son garçon Eric, le raticide qu’elle avait dérobé chez sa patronne, mélangé à la boisson communément appelée bissap.
Ayant constaté que le décès de son fils mettait du temps, elle lui a noué le cou avec la chemise qu’il portait. Etant convaincue de son décès, Ayélé Chantale Ekué a déposé son corps sans vie dans une bananeraie, avant de se rendre chez sa grande sœur à Godomey Savi pour lui faire croire que son fils a été enlevé par des gens non identifiés pour une destination inconnue.
A la découverte du cadavre d’Eric, Ayélé Chantale Ekué a été interpellée. Inculpée pour assassinat, elle a reconnu les faits aussi bien à l’enquête préliminaire que devant le magistrat instructeur.
Le bulletin n°1 de son casier judiciaire ne fait état d’aucune condamnation. Ayélé Chantale Ekué ne présentait aucun trouble mental au moment des faits. L’enquête de moralité lui est favorable.
Victorin Ahouloumè, chef quartier appelé à témoigner, a expliqué que l’accusée est venue jeter l’enfant dans son quartier.
Suite à la lecture des pièces, la présidente a demandé au ministère public de prendre ses réquisitions.

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Vendredi saint, jour de la passion du Christ

Pour Honoré Alowakinnou, le hasard a voulu que ce soit un vendredi saint, jour où Jésus-Christ est entré dans sa passion, que l’accusée Ayélé Chantale Ekué réponde de son geste du lundi 19 septembre 2011. Rappelant les faits, il a déclaré qu’ils ont été qualifiés d’assassinat par la chambre d’accusation. Pour le ministère public, elle a justifié son acte par le fait qu’elle n’est pas soutenue dans l’entretien de l’enfant. De plus, a poursuivi Honoré Alowakinnou, elle ne fait preuve d’aucun remords suite à la commission du crime. Des faits qui tombent sous le coup de l’article 295 du Code pénal.
Pour le ministère public, l’assassinat est tout meurtre commis avec préméditation et guet apens ; le meurtre est le fait de donner la mort à autrui. Pour le ministère public, l’acte d’homicide est établi, car l’accusée a délibérément attaché le cou au petit Eric en vue de parachever sa volonté manifeste de lui donner la mort, sans oublier qu’elle a fait usage du raticide.
L’intention coupable existe dès lors que l’agent a commis l’infraction avec la conscience que l’enfant allait mourir. La préméditation résulte du dessein formé de donner la mort. Ainsi Roger Merle et André Vitu relèvent le dessein mûrement formé d’attenter à la vie d’un être humain. Ici, c’était dans le calme et le sang-froid redoutable. Parce que justifie le ministère public, lorsque ça tardait, elle a attaché le cou de l’enfant avec sa chemise. Honoré Alowakinnou a déduit que l’accusée est passible d’assassinat, mais également d’empoisonnement. Malgré la virginité de son casier judiciaire, l’enquête de moralité favorable et sa lucidité au moment des faits, le ministère public a conclu qu’elle est accessible à la sanction pénale. Il a demandé de requalifier les faits en crime d’empoisonnement et d’assassinat sur la base de l’article 309 alinéa 2 et de la condamner à 15 ans de travaux forcés.
Pour défendre l’accusée, Me Rafiou Paraiso a confié avoir perdu la voix. «Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris…», a rappelé la défense, s’interrogeant sur ce qu’il adviendrait lorsque le même enfant en viendrait à trouver la mort, pas de sa mort naturelle mais d’une mort provoquée par sa génitrice. «J’ai désiré cet enfant, mon partenaire en a voulu, mais lorsque la grossesse est survenue, il a changé d’avis, il l’a simplement reniée et le chemin de croix a commencé pour moi», a rappelé Me Rafiou Paraïso avant de poursuivre que l’amour avait déserté le forum et le calvaire avait commencé pour Ayélé Chantale Ekué. «Je ne suis pas venu justifier ; elle l’a fait dans une inconscience totale», relève-t-il.

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L’argumentaire de la défense

Comment comprendre qu’une femme qui a gardé un fœtus dans ses entrailles, décide de mettre fin à sa vie par un acte aussi odieux ? s’est interrogé Me Rafiou Paraïso. Il fallait opérer une expertise dans un temps voisin de la commission de l’infraction, pense la défense. Pour elle, l’expertise psychiatrique effectuée ou réalisée bien des années plus tard, ne pouvait suffire à expliquer le mobile ou les circonstances réelles du crime. «Je vous prie de vous référer à l’enfance déséquilibrée de l’accusée dans un milieu instable», a-t-il plaidé. Lorsqu’elle a connu l’échec de son entreprise, elle a réfléchi, a expliqué la défense. Selon l’enquête de moralité, l’occusé est circonspecte et elle ne s’ouvre pas aux autres. Le mal arriva et l’acte fut posé, a confessé Me Rafiou Paraïso, expliquant qu’il a perdu la voix. «Nous sommes Vendredi saint, tout un symbole ; le Seigneur face à ses juges, avant de rendre son dernier souffle a bien déclaré, Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font», retient-il.
Après avoir pris conscience, elle trouve qu’elle est une fille perdue, qu’elle n’est plus elle-même, que sans la société, elle n’est rien ; elle implore votre pardon, a confié Me Rafiou Paraïso. «Un être digne, équilibré, une femme au vrai sens du terme ne peut agir tel qu’elle l’a fait ; elle vous implore au souvenir de ce jour Saint pour que vous puissiez la pardonner», insinue-t-il.
L’enfant est le père de l’homme, dixit William Words Roorth dans son poème «l’arc-en-ciel»le père de la femme, elle ne savait pas que cet enfant pouvait être la solution à son problème, a expliqué Me Rafiou Paraïso. L’enfant devient une fierté pour ses parents, après avoir grandi, car il peut réaliser des choses pour honorer la mémoire de ses géniteurs. «Je me jette à vos pieds pour lui donner une chance, lui offrir l’opportunité de se remettre ; veuillez lui tendre la main», a conclu Me Rafiou Paraïso.
Après délibérations, la cour a déclaré Ayélé Chantale Ekué coupable d’avoir volontairement commis un homicide sur son enfant sur la base des articles 295 à 298 du Code pénal et l’a condamnée à 10 ans de travaux forcés et aux dépens.
Ayant déjà fait 4 ans, elle retourne en prison pour environ 6 ans.