Pour avoir tué son grand-frère (Cour d’assises d’Abomey/ 24e dossier): Sévérin Houégnivo écope de 8 ans de prison

Par Valentin SOVIDE, AR/Zou-Collines,

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Le dossier examiné à la cour d’assises de la cour d’appel d’Abomey, mercredi 20 juin dernier, est relatif à un meurtre. Un drame qui s’est produit dans une famille dans la localité de Gbadji, commune de Savalou. Il s’agit de Sévérin Mawouklo Houégnivo qui a tué son frère aîné à l’issue d’une course poursuite. Après les débats, la cour l’a condamné à 8 ans de réclusion criminelle.

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L’émotion était à son comble dans la salle d’audience de la cour d’appel d’Abomey, mercredi 20 juin dernier. L’accusé, présent à la barre, qui tenait à parler le français, souffre visiblement d’altérations cérébrales et psychologiques. Ce qui l’amène régulièrement, en répondant aux questions de la cour, à se lancer dans des gestuels et logiques souvent incontrôlés. Quand il cherche à se défendre, il se retrouve très vite dans l’incapacité à rationaliser son comportement. Puis, il ne supporte guère qu’on le désigne comme un fou. Pour lui, il est juste « dérangé par des esprits nocturnes qui l’empêchent de dormir et de parler à des moments donnés ». Cependant, il reconnaît avoir souffert par le passé d’un surmenage causé par six mois d’insomnie.
L’accusé est-il frappé de folie ou est-il sain d’esprit ? La question est revenue tout le temps au cours de ce procès pénal. A travers ses réponses, tout montre qu’il est dans une névrose obsessionnelle permanente. Et il n’a aucune conscience de sa déviance mentale. Tout est parti d’une mésentente avec ses parents. En effet, Sévérin a fréquenté jusqu’en classe de 3e. Il devient par la force des choses enseignant à l’école primaire du village. Un métier qu’il a abandonné pour devenir conducteur de taxi-moto. Puis un jour, il fait une dépression perceuve. Il ne dort plus. Il se dit victime de sorcellerie. Mais pour ses parents, c’est la folie. Ils interdisent à Sévérin la consommation de la cigarette et autres stupéfiants. Et quand les crises sont présentes, Sévérin est ligoté par ses parents qui lui administrent des mixtures pour le guérir de sa folie. Sévérin déteste cela.
Déposant à la barre, il déclare qu’en réalité c’est un complot pour le tuer et que la mixture en question est faite de vin de palme mélangé à la bile de crocodile. Un vrai complot pour le tuer, après toutes les menaces spirituelles, répète-t-il sans cesse avec des gestuels démonstratifs exagérés. Il poursuit en expliquant que le jour du drame, il est rentré entre 18 h 30 et 19 h pour se faire à manger. Il prenant du bois pour faire le feu quand son frère Aboua l’accuse d’avoir pris ses bois. Une course-poursuite commença entre les deux. Dépassé par la furie de son frère-aîné, Sévérin s’est retiré dans sa chambre. Mais celui-ci est sur la porte tentant de forcer l’entrée. Puis momentanément, il passe un appel aux autres frères afin qu’ils lui viennent en aide et à ligoter Sévérin.
Sévérin comprend que s’il restait dans la chambre jusqu’à l’arrivée des autres qui sont appelés, il sera encore ligoté. Il se saisit rapidement de son coupe-coupe, laisse la porte et se retrouve nez à nez avec son frère qui tente de l’y maintenir. Puis, raconte-t-il, « dans l’obscurité, je lui ai donné deux coups et il est tombé. Et je me suis enfui ». C’est après avoir reçu les coups que son grand-frère Aboua s’écroule et meurt quelques minutes après. Sévérin va se présenter au commissariat.
A la barre, il jure à la cour qu’il a porté les coups à son frère pour pouvoir se libérer et pour échapper à la menace de la corde qui planait sur lui à nouveau. « Ils disent que je suis fou et qu’il faut me faire avaler leur poison qu’ils appellent mixture », ajoute-t-il pour se justifier en rappelant à la cour qu’il n’est pas fou mais plutôt victime d’attaque spirituelle.
Présent à cette audience, le père de Sévérin, le vieux
Apollinaire Houégnivo, confie à la cour comment l’accusé Sévérin est devenu son fils. Il explique qu’en réalité quand il a épousé sa mère, celle-ci avait déjà un enfant, Aboua qui a été tué. Et c’est avec le temps qu’il s’est aussi rendu compte que sa femme était déjà enceinte de Sévérin avant de venir chez lui. Mais l’ayant déjà épousée, il accepte et l’enfant et la grossesse. C’est dans ces conditions que Sévérin est né et a subi les rites de la maison de son père adoptif.
Représentant le ministère public, l’avocat général Edwige T. Aklou ne se laisse pas toucher par la déficience mentale de l’accusé dans son récit approximatif des faits. Prenant ses réquisitions, elle dira que l’accusé doit payer pour ses actes. Le ministère public évoque le meurtre qui constitue une infraction prévue et punie par plusieurs dispositions du Code pénal notamment en ses articles 295 et 304. Pour l’avocat général, après avoir examiné le dossier et écouté l’accusé, il ne fait l’objet d’aucun doute que tout le corps du délit est bel et bien constitué, et pour cela, il demande à la cour de condamner l’accusé Sévérin Mawouklo Houégnivo à 15 ans de travaux forcés, afin de rendre justice à la victime.
Les avocats de l’accusé, Me Bienvenu Bédié et Me Casimir-Marin Hounto, demandent plutôt à la cour de prendre en considération les réalités socio-anthropologiques et surtout l’état de santé mentale de l’accusé comme le témoigne aussi le rapport d’expertise médicale qui atteste que l’accusé souffre de démence. Des éléments qui prouvent que l’accusé doit être exonéré de la responsabilité d’une sanction pénale. Ce qui est d’ailleurs prévu par les dispositions de l’article 64 du Code pénal. Au cas contraire, les avocats demandent à la cour de disqualifier le chef d’accusation en coups mortels parce que l’accusé bénéficie de l’excuse de provocation.
A l’issue de sa délibération, la cour n’a pas suivi les conseils de l’accusé. Elle a condamné Sévérin Mawouklo Houégnivo à 8 ans de réclusion criminelle pour avoir commis un homicide volontaire sur la personne d’Aboua Houégnivo?
Les Faits

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Sévérin Mawouklo Houégnivo et Aboua Houégnivo sont deux frères vivant dans la même concession familiale située à Gbadji dans la commune de Savalou. Leurs chambres sont séparées l’une de l’autre ; et souvent, de retour de la ville vers sa chambre, Sévérin M. Houégnivo emprunte une petite voie qui passe devant la case d’Aboua Houégnivo et à vive allure, ce qui fait habituellement l’objet de dispute entre les deux frères.
Ainsi, le dimanche 6 décembre 2015, à la suite d’une énième dispute, suivie d’une prétendue menace de mort, Sévérin M. Houégnivo, exacerbé, alla dans sa chambre, se saisit de sa machette puis revient asséner deux coups violents à son frère aîné Aboua Houégnivo, l’un au cou et l’autre à la mâchoire inférieure.
Celui-ci s’écroula aussitôt et, peu de temps après, passa de vie à trépas des suites de ses blessures. Après la commission des faits, Sévérin s’est aussitôt rendu au commissariat de police avec l’arme du crime où il s’est dénoncé?
Composition de la cour

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Président : Delphin Chibozo
Assesseurs : Claude Montcho et Herbert Solevo
Jurés : Richard Tosseh, Gérard Tossou, Germain Ayinon et
Marguerite H. Kossou

Avocat général : Edwige T. Aklou
Greffier : Robert John
Houngbadji