Pour le développement de la nation: Investir dans la santé de la femme

Par Reine AZIFAN,

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Le mois de mars est par excellence celui de la célébration de la femme. Au-delà des discours, des fêtes et autres célébrations bruyantes, certaines structures se sont intéressées à la santé de la femme à travers des opérations de dépistage de cancer du sein et du col de l’utérus. Quelle que soit leur nature, toute intervention visant à assurer le bien-être et améliorer la santé de la femme est non seulement bénéfique pour elle-même, mais aussi pour sa famille et la société.

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« Une collègue vient de nous quitter en allant donner la vie à son premier enfant », cette annonce venant d’un enseignant en début de ce mois de mars, quoiqu’effroyable, n’est pas si exceptionnelle au Bénin. Perdre la vie en voulant la donner constitue encore un problème majeur de santé au Bénin. Malgré les investissements, les sensibilisations et toutes les activités menées dans le domaine de la santé maternelle, beaucoup de familles continuent de vivre ce drame découlant d’une grossesse ou d’un accouchement. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, le ratio de la mortalité maternelle enregistrée au Bénin en 2013 est de 340 décès pour 100 000 naissances vivantes. 

« La plupart des décès maternels sont dus aux hémorragies, aux infections, aux avortements à risque et à l’éclampsie (forte hypertension artérielle pouvant entraîner des convulsions) ou à des complications aggravées par la grossesse. Dans tous les cas, le manque d’accès aux soins, leur coût excessif et leur piètre qualité sont aussi des éléments déterminants », précise l’organisation. Plus de la moitié des décès maternels surviennent dans un délai de 24 à 48 heures après l’accouchement. Certains de ces décès sont la conséquence de l’avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. Avortement découlant d’une grossesse non désirée. Pourtant, poursuit l’Oms, environ un quart des décès maternels pourrait être évité grâce à des soins obstétriques d’urgence. Dans le Rapport de la Commission de la Santé de la femme dans la Région africaine intitulé « Relever le défi de la Santé de la Femme en Afrique », l’Oms souligne que « Les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions représentent environ 14% des décès maternels sur le continent. Selon ses estimations, 31 sur 1000 femmes africaines âgées de 15 à 45 ans pratiquent chaque année des avortements ».

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Au-delà de l’autonomisation économique

Plus qu’une priorité, la santé de la mère et de l’enfant a toujours occupé une place de choix dans les politiques de santé au Bénin. Cependant, les résultats attendus en termes de progrès ne sont jamais atteints. Pour ce qui concerne les décès maternels, il faut souligner que, malgré ces indicateurs toujours préoccupants, des progrès ont été accomplis et l’on a noté une amélioration sensible de la santé maternelle dans de nombreux pays dont le Bénin.
Les décès maternels ne sont pas les seules menaces pour la femme. Il y a également plusieurs autres facteurs de risque majeurs de maladies qui mettent à mal la santé de la femme. Plus que l’homme, elle est exposée à l’infection au Vih/sida. Selon l’enquête démographique et de santé 2011-2012 « La prévalence du Vih dans la population âgée de 15-49 ans est estimée à 1,2%. Elle est de 1,4% chez les femmes et de 1,0% chez les hommes ». A cela s’ajoutent les risques d’anémie, conséquence d’une alimentation inadaptée et bien de maladies non transmissibles comme le cancer du sein, le cancer du col de l’utérus, l’hypertension artérielle et le diabète qui sèment le deuil dans les familles. Outre les problèmes de santé sus-évoqués, d’autres facteurs tels que les violences viennent en rajouter à la vulnérabilité de la femme. En effet, plusieurs études ont révélé que « Une femme sur trois a été violée, battue, forcée à l’acte sexuel ou abusée du moins une fois dans sa vie ». Toutes ces maladies et violences compromettent dangereusement la santé de la femme et par ricochet ses activités dans la famille et dans la société.
Une femme en bonne santé est un facteur favorisant le développement de la société, d’une nation. Point n’est besoin de la confiner dans son rôle de maternité et d’éducation des enfants et tout le monde en convient aujourd’hui. Il est question de mettre en place des dispositifs lui permettant de contribuer efficacement et durablement au développement de son pays. C’est l’une des raisons pour lesquelles, de plus en plus de gouvernants et autres partenaires travaillent à assurer l’autonomisation de la femme. Pour l’Oms, « L’autonomisation socioéconomique des femmes est essentielle pour obtenir de meilleurs résultats pour la santé ».
Au-delà d’une autonomisation économique, la femme béninoise, qu’elle soit instruite ou non, doit avoir son mot à dire en ce qui concerne sa sexualité et sa santé reproductive. Dans le message qu’elle a adressé au monde le 8 mars dernier à l’occasion de la journée internationale de la femme, Dr Flavia Bustreo, sous-directeur général de l’Oms,  a plaidé pour plus d’investissement dans la contraception moderne et les soins de qualité pour les femmes enceintes et les nouveau-nés. « Si une femme décide de limiter le nombre d’enfants qu’elle souhaite avoir ou d’espacer les grossesses, elle peut investir davantage dans la nutrition et dans les soins pour elle-même et pour ses enfants et ainsi contribuer au développement cognitif et à l’épanouissement de ces derniers », assure-t-elle.
D’autres mesures doivent être encouragées à l’instar de la scolarisation gratuite des filles au primaire et au 1er cycle du l’école secondaire. Plusieurs études ont mis en évidence l’impact de la scolarisation des filles sur leur propre santé et celle de leur famille. Il est heureux de constater que « Près de neuf naissances sur dix (87%) se sont déroulées dans un établissement sanitaire et 84% des naissances ont été assistées par un prestataire formé (médecin, infirmière, ou sage-femme) », selon l’Edsb. Il y a lieu de poursuivre ces efforts visant à renforcer les formations sanitaires en équipements et en personnels qualifiés pour qu’à terme, les femmes et les autres couches de la société bénéficient partout et à tout moment, de soins de qualité, gage d’une bonne santé pour tous.