Pr Aristote Hans-Moévi Akué au sujet du traitement traditionnel des fractures : « Moi je serais prêt à aller apprendre ces techniques »

Par La Redaction,

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La fracture se définit comme la rupture d’une pièce osseuse causée par un traumatisme, un choc ou un accident. Son traitement se fait aussi bien à l’hôpital que chez les tradipraticiens. Dans cet entretien, le professeur Aristote Hans-Moévi Akué, chef service de la clinique de traumatologie et chirurgie réparatrice au centre national hospitalier et universitaire Hubert K. Maga de Cotonou, plaide pour une collaboration entre les deux pratiques.

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La Nation : En quoi consiste votre travail lorsqu’il s’agit de traiter une fracture ?

Pr Aristote Hans-Moévi Akué: En réalité, ce que nous avons appris à la faculté, c’est que tout os qui se casse a tendance à consolider ; et la consolidation est naturelle. Prenons l’exemple de l’accouchement chez la femme. Les médecins gynécologues ou les sages-femmes sont des professionnels qui sont spécialisés dans l’accompagnement de la femme qui va accoucher. Mais, l’accouchement est un phénomène naturel qui a toujours existé. Dans le processus de l’accouchement, il peut y avoir des difficultés ou des complications et c’est pour prévenir ou apporter des solutions à ces complications que les professionnels de santé spécialisés dans ce domaine existent, font la formation et accompagnent les femmes pour un heureux aboutissement de ce processus qui est naturel. Nous, spécialistes de la chirurgie osseuse, sommes comme les gynécologues, les sages-femmes. Nous apprenons à maintenir l’os cassé dans une bonne position de façon à favoriser sa consolidation qui est un phénomène naturel. Donc quand l’os se casse, il peut rester à sa place comme il peut se déplacer en fonction de l’énergie du choc qui a produit la fracture. Si l’os se déplace, le processus naturel de cicatrisation fera que la consolidation va se faire en mauvaise position ou elle peut ne pas se faire comme on l’espère. Dans ce cas, nous devons intervenir pour redresser l’os, le ramener à sa place initiale, pour lui permettre de se consolider dans la position normale qu’on appelle position anatomique. C’est cette consolidation dans la position anatomique qui va permettre la reprise d’une fonction du membre atteint.

Est-ce pour la consolidation qu’on fait recours au plâtre ?

Lorsque par exemple quelqu’un a une fracture et celle-ci n’est pas déplacée, on peut le plâtrer parce que le plâtre maintient l’os dans la bonne position et on attend que la consolidation se fasse dans les délais normaux habituels. Lorsqu’il y a un déplacement, le chirurgien doit intervenir pour redresser l’os, le ramener à sa bonne position, puis après, le maintenir dans cette position soit par un plâtre, ou encore par des matériels métalliques à titre de broches, de clous, de vices, de plaques, qui permettent à l’os d’être dans sa bonne position. Il se trouve que la maladie fracturaire peut prendre des formes compliquées.

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Quelles peuvent être les complications d’une fracture?

Il existe les extrémités osseuses. Quand vous prenez un os, il y a la partie allongée, il y a les extrémités qui sont légèrement renflées, un peu plus grosses en haut et en bas. A ces extrémités, correspondent des articulations, c’est-à-dire qu’à l’extrémité d’un os, il y a un autre os qui aura son extrémité qui viendra en contact. Et entre ces deux os, les mouvements se font. C’est dans l’articulation que les mouvements se font. Lorsque la fracture atteint la partie articulaire de l’os, et surtout si cette fracture est déplacée, cela veut dire qu’il y a un déplacement de l’os à l’intérieur de l’articulation, c’est-à-dire à l’intérieur d’une jointure alors que le fonctionnement de ces jointures doit se faire de façon harmonieuse pour permettre les mouvements. S’il y a un grippage, ça va créer des accrochages au moment de faire la flexion-extension et donc les mouvements vont devenir douloureux, voire impossibles. Cela signifie que le traitement des fractures au niveau des articulations est plus délicat que celui des fractures au niveau des parties allongées de l’os. Un troisième aspect : en fonction de la gravité du choc, nous avons très souvent des fractures ouvertes. Les fractures qui sont dites ouvertes sont des fractures associées à une plaie. La peau se déchire juste au niveau où l’os est cassé. Donc il y a un choc, un traumatisme de la peau et en même temps de l’os. La fracture est compliquée par l’ouverture parce que l’os qui est cassé se retrouve en communication avec l’air ambiant. Or tout le monde sait que dans l’air ambiant, nous avons tous les microbes qui circulent : les gaz, la pollution due à la circulation, les poubelles qui stagnent à gauche et à droite et nous respirons ces microbes. Mais l’appareil respiratoire a des systèmes de protection. L’os n’est pas prévu pour être en contact avec les microbes. L’os siège sous la peau, sous la protection du corps. Si la déchirure de la peau qui est une plaie met l’os en contact avec l’extérieur, vous imaginez bien les millions de microbes qui vont se jeter sur l’os qui n’était pas préparé pour se défendre. Cela va provoquer une infection. L’infection de l’os est une infection grave parce qu’elle ne guérit pas bien, elle ne guérit pas vite, les antibiotiques ne diffusent pas suffisamment dans l’os parce qu’il est dur. Et du coup, l’infection de l’os est une infection qui traîne, qui dure longtemps. Quand je dis longtemps, je parle des années, avec des écoulements de pus permanents, répétitifs qui perturbent la vie du patient. Il fait des pansements tous les jours pendant de nombreuses années avec une plaie qui suppure, qui sent mauvais, avec une incapacité à marcher. Voilà les complications qui accompagnent l’infection osseuse. C’est pour ça que nous devons lutter contre l’infection osseuse.

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Le traitement des fractures se fait aussi dans nos communautés par des tradipraticiens avec des résultats intéressants. Que pensez-vous de cette pratique?

Avant l’arrivée de la médecine moderne dans notre pays, les populations avaient forcément des fractures. Cela est lié à l’activité socio-économique. Ces fractures guérissaient et ce n’étaient pas des médecins étrangers qui les soignaient, c’étaient ceux qu’on appelle aujourd’hui des tradipraticiens qui le faisaient avec des résultats probablement bons. Je ne peux pas le dire, je ne peux pas le savoir, je n’étais pas né. Mais pourquoi jeter ce qui se faisait avant à la poubelle sous prétexte que la médecine moderne est arrivée. Il y a une tendance aujourd’hui à diaboliser les tradipraticiens. Mais moi, dans ma réflexion, je me suis dit qu’il y a quelque chose de positif qui se fait dans ce milieu-là et qui a existé de tout temps. Je pense que c’est un manque de culture historique qui fait que nous avons une séparation entre les deux médecines.
En réalité, il y a une difficulté de compréhension de leur côté. Souvent, ils disent que c’est un don. D’accord. Mais ce don est transmis de génération en génération. Ils ont des méthodes qu’ils appliquent. Le problème, c’est que, eux-mêmes, n’ayant pas la compréhension du mécanisme de fonctionnement de leurs méthodes, de leur don, ils ont cette ignorance qui devient pour eux un handicap. Cette mauvaise compréhension de leurs méthodes, fait qu’ils ont peur d’aller au contact des autres. Ils cachent leur savoir-faire. Ils en font un secret parce qu’ils ne sont pas capables de dire ce que c’est, puisque c’est une transmission qu’on leur fait sans forcément avoir les explications associées. Donc nous ne pouvons pas les aider. Moi je serais prêt à aller apprendre ces techniques. Et avec ce que j’ai appris chez les blancs, je vais faire des analyses pour comprendre le mécanisme de fonctionnement de ces techniques-là. Et ça peut devenir des moyens de traitement intéressants parce que selon ce que j’entends, c’est qu’ils disent que le délai de consolidation est très court. Si au lieu de faire quatre mois sous plâtre, vous pouvez commencer à marcher après deux semaines dans le traitement traditionnel, c’est un progrès. Alors, j’aimerais bien faire bénéficier de ça à tous les Béninois. Malheureusement, ils ne me le diront jamais. Ils vont dire : « envoie le malade, nous allons le faire ».
Il faut pouvoir les rassurer, c’est-à-dire leur donner confiance. On ne vient pas pour leur arracher leur gagne-pain mais on vient pour que le savoir-faire qu’ils ont soit mis au service de toute l’humanité. Mais il y a un autre aspect sur lequel il faut attirer l’attention. Je vous ai parlé des fractures ouvertes qui sont d’emblée des fractures compliquées. Eux ils n’ont pas les techniques de protection contre l’infection, donc quand on a une fracture ouverte et qu’on va chez les tradipraticiens, on s’expose à l’infection et aux complications y afférentes. Il faut qu’ils fassent preuve de discernement pour déterminer ce qu’ils sont capables de traiter ou pas.