Première édition de « Rencontres mensuelles de la culture »: «Il faut arrêter de dire que la culture contribue au développement»

Par Josué F. MEHOUENOU,

  Rubrique(s): Culture |   Commentaires: Commentaires fermés sur Première édition de « Rencontres mensuelles de la culture »: «Il faut arrêter de dire que la culture contribue au développement»


Les responsables du Forum culturel du Bénin qui avaient annoncé il y a quelques jours, que les «Rencontres mensuelles de la culture» seraient une opportunité pour poser les vrais et actuels problèmes du secteur culturel africain semblent avoir eu gain de cause, au regard des discussions qui ont prévalu, samedi 10 octobre dernier au centre culturel Artisttik Africa à Agla. A cette occasion, c’est sans mettre des gants que certains participants, tout comme l’expert-communicateur Ammar Kessab ont évoqué les difficultés actuelles de la culture au Bénin, sur le continent et dans le monde.

LIRE AUSSI:  Projet « Ma culture, mon futur »: Un alliage tourisme-culture pour valoriser le Bénin

« Culture, développement: blocages et solutions». Ce thème, choisi pour lancer la première édition des «Rencontres mensuelles de la culture» semblait tout indiqué, en tout cas dans le contexte actuel, pour échanger autour de la contribution du secteur culturel au développement des pays et sur les handicaps qui plombent l’apport des créateurs d’œuvres de l’esprit à la prospérité économique de leurs pays. Pour ce faire, l’expert algérien Ammar Kessab a été identifié pour entretenir le public, sous la modération d’Eric Totah, ancien secrétaire général du ministère en charge de la Culture. Et, fidèle à sa nature, le communicateur n’y est pas allé du dos de la cuillère.
Ammar Kessab a commencé d’abord par déplorer le manque d’engagement, notamment des puissances étrangères et autres bailleurs de fonds autour du financement de la culture et de la valorisation de ses composantes. Sur ce plan, il s’est essayé à une comparaison entre la mobilisation faite autour du thème de climat devenu un problème de gouvernance mondiale ces dernières années et le désintérêt qui enveloppe la culture. En peu d’années, observe le communicateur, toutes les attentions se sont focalisées sur cette thématique. Un Fonds vert a été créé et des lobbies de différents acabits ont germé aux quatre coins du monde.
Pendant ce temps, on dit de la culture qu’elle est le premier contributeur au développement, ou même qu’elle est un puissant moyen de développement, sans que rien ne soit fait véritablement, de la part surtout de l’Occident pour l’appuyer. Les raisons, selon Ammar Kessab, c’est que le problème de la diversité culturelle se pose avec acuité et certains pays qui ne voudraient pas admettre l’existence de la culture d’autres peuples, peinent à accepter que ceux-ci la hissent.

LIRE AUSSI:  Grande finale de Miss littérature: La consécration des apprenantes pour leur amour à la littérature

Les puissances étrangères auraient-elles peur de la culture africaine ?

Réfutant l’excuse du problème des droits culturels qu’évoquent certains pays occidentaux pour se refuser à investir dans la culture en Afrique, l’expert commis par le «Forum culturel du Bénin» pour entretenir les acteurs culturels note plutôt « une crainte des pays européens et américains pour éviter de conforter des pratiques culturelles qui aillent à l’encontre de leurs opinions ou de ce qu’ils considèrent comme culture». «Pour les bailleurs de fonds, la culture ne veut rien dire… c’est distrayant… Il faut qu’on défende le secteur de la culture comme on défend le climat, l’énergie …», engage le conférencier qui, face à une telle situation, suggère aux pays africains de « créer leurs propres sources de développement ».
L’illustration grandeur nature qu’il donnera de cette volonté à peine voilée des puissances étrangères et autres décideurs du monde, de ne pas vouloir de l’émergence de la culture africaine, c’est l’absence de la Culture parmi les Objectifs de Développement durable (ODD). Parmi les 17 piliers de développement post 2015 développés, la culture est absente, se désole l’expert algérien qui y lit, une volonté manifeste de faire entorse à l’avènement de la culture et d’un développement via ce secteur.
« Si les Nations Unies avaient considéré la culture comme un pilier de développement, cela voudra dire que les Etats mettront de l’argent en priorité dans ce secteur et les bailleurs doivent s’y intéresser », observe Ammar Kessab qui, sans management, conclut que « cela n’arrange pas certains pays que la culture figure parmi les ODD », puisque cela sera synonyme d’obligations à y investir pour les Partenaires techniques et financiers des pays. « Il faut que nos pays puissent prendre leurs responsabilités en se libérant du diktat pour repenser la culture », rétorque-t-il.

LIRE AUSSI:  Miss littérature 2019: Carmen Toudonou annonce les couleurs

Positions mitigées

Mais ce n’est pas pour autant que tout soit rose au sein des pays concernés. Lesquels, parfois, ne disposent même pas de politique culturelle, embraye Eric Totah. Pour ce dernier, c’est que la notion de culture apparaît comme une notion transversale et, vu sous cet angle, on pourrait diluer le procès par Ammar Kessab. Sur la question fondamentale de la contribution de la culture au développement, les positions sont restées mitigées. Qu’il s’agisse des participants ou du communicateur. Seulement, Ammar Kessab semble avoir pris une légère avance sur ses contradicteurs, lorsqu’il a évoqué la fermeture prochaine du Centre danois pour la culture et le développement « parce que nous n’avons aucun argument solide pour prouver que la culture contribue au développement ». Là encore, il faudra élucider la notion de culture, argumente pour sa part Ousmane Alédji. « Nous avons un problème à définir la culture… la perception qu’on en a est variable d’un individu à un autre, d’un pays à un autre. Il faut revisiter nos arguments, les définitions et les concepts que nous avons de la culture », indique-t-il.
Ces différents prises de position et arguments confortent in fine les fondateurs du Forum culturel du Bénin qui, semble-t-il, ont vu juste et bien pensé en initiant une telle rencontre qui se veut par ailleurs mensuelle. « Cet espace là manquait », déplore Ousmane Alédji qui salue alors l’avènement de ce creuset que le directeur du Fonds d’aide à la Culture, Blaise Tchétchao prédestine à la pérennité au regard de ses ambitions, de son plan de travail et, sans aucun doute, eu égard à sa contribution pour qu’émerge un véritable cadre de discussions entre acteurs culturels autour de propositions concrètes pour l’envol de la culture dont la contribution au développement devrait flamber au lieu, à défaut de stagner, régresser.