Présidentielle de 2016 et projets de société des candidats: Quelle part pour le développement durable dans le débat public ?

Par Collaboration extérieure,

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Au regard des fléaux qui handicapent sérieusement notre situation de pays pauvre, alors même que les autorités affichent une certaine volonté d’atteindre le niveau de développement des pays émergents dans quelques décennies, plusieurs questions surgissent et continuent de rester en suspens, mais devraient en principe trouver des propositions de réponses dans les différents programmes que nous
«concoctent» sûrement déjà les états-majors des principaux challengers à l’élection présidentielle de 2016.

Que nous diront-ils du taux de mortalité infantile de notre pays qui continue de stagner à un niveau inacceptable quand on sait qu’il traduit un indicateur agrégé qui renseigne sur :

– le niveau d’installation et d’équipement sanitaires du pays,
– Le niveau d’éducation des mamans
– Le niveau d’hygiène et de salubrité dans le pays…
Il s’agit par exemple de savoir comment les autorités de demain comptent s’y prendre pour vaincre les blocages endogènes et opérer l’indispensable changement des mentalités et des normes sociales pour rendre les populations aptes à faire croître cumulativement et durablement le produit global du Bénin.
Il s’agit aussi qu’elles expliquent au peuple béninois les voies et moyens pour mettre en œuvre toutes les équités consubstantielles à un processus durable de développement.
Il s’agit encore qu’elles nous proposent des moyens permettant de faire prospérer nos valeurs de fraternité, de justice et de travail dans un environnement gangréné par un niveau de corruption incompatible avec toute idée de progrès véritable et durable.
C’est à la lumière de ces enjeux sociaux majeurs qu’il me semble impérieux, en période de précampagne électorale, d’apporter ma modeste contribution et mon expertise aux débats publics qui s’annoncent.

Le concept de la RSO

Elle positionne le concept de la Responsabilité sociétale des organisations (RSO) et son référentiel normalisé (l’ISO 26000) comme l’instrument structurant les débats en même temps qu’elle offre une méthode pour les décisions de l’action publique.
Bien que le concept du Développement durable (DD) bénéficie d’une abondante littérature, il est souvent galvaudé, banalisé et réduit à des idées simplistes et personnelles de philanthropie en marge du cœur de métier. Et pourtant, il est un phénomène qualitatif de transformation sociétale incluant l’éducation, la santé, les libertés civiles et politiques, …Il traduit une extension des possibilités humaines !
Le DD et la RSO requièrent une connaissance profonde des enjeux de notre temps et de notre société qui sont :
– L’équité intra-générationnelle qui englobe la prise en compte de la santé, du logement, de l’habitat, de l’emploi, de la lutte contre toutes les exclusions et la gestion des solidarités…;
– La soutenabilité de la performance économique qui suppose une capacité à générer durablement la croissance économique;
– La prise en compte de la diversité biologique et la préservation des ressources naturelles et énergétiques ;
– La sûreté éthique traduisant un état obligé de protection et de conservation tel qu’une «entité organisée» peut démontrer par une assurance raisonnable que ses valeurs, ses objectifs, son intégrité, son image, sa réputation ne sont pas affectés ou ne peuvent pas l’être par des menaces et des dangers, matériels et immatériels, venant de pratiques et conduites non-éthiques, individuelles ou collectives ;
– L’innovation technologique essentielle pour soutenir une croissance forte et durable ;
– L’innovation managériale afin de créer un avantage concurrentiel durable.
Par ailleurs, la RSO est le moyen de mise en œuvre des politiques de développement durable. Selon son référentiel normalisé, la RSO est la responsabilité liée aux décisions et actions des organisations lorsque celles-ci impactent la société et l’environnement.

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Illustration

Une illustration permettrait de mieux cerner ce qui est à l’œuvre. Prenons l’exemple du groupe Danone cité comme un cas d’école, et qui a été l’un des précurseurs en matière de RSO moderne.
Le groupe Danone est une société cotée sur les marchés financiers français et suisse. Il est le premier producteur mondial de produits laitiers frais, le 2e producteur mondial d’eau conditionnée et de la nutrition infantile et le leader européen de la nutrition médicale.
Son histoire est marquée par un évènement fondateur, le discours de son PDG Antoine Riboud lors des assises du CNPF (Conseil national du patronat français créé en 1945) en 1972. Il y faisait le constat que : la croissance économique n’est pas en elle-même porteuse de «justice» et qu’il convient de se fixer des objectifs humains et sociaux pour réduire les inégalités.
Qui peut croire que c’est un chef d’entreprise qui porte ses idées !
Son 1er objectif était de réduire les inégalités excessives. Dans tous les pays développés disait-il, l’enrichissement de la nation s’accompagne d’une aggravation de l’état des plus défavorisés. «Pour tous ceux qui ressentent combien leur situation est inférieure à celles de leurs concitoyens, il faut redonner l’espérance d’un changement». Il poursuit en disant que «dans nos sociétés modernes, il faut convenir que l’inégalité excessive est partout: elle est dans les salaires, dans les conditions de travail, de logement, de transport, d’accès à la culture et aux loisirs, elle est dans la frustration ressentie par tous ceux qui encerclés par la publicité, ne peuvent s’offrir le millième de ce qu’on leur dit « être indispensable» à leur bonheur». Il continue en précisant que : «l’objectif prioritaire est la disparition des situations matérielles qui se trouvent en dessous du seuil du bien-être. C’est une question de conscience collective.
Ces situations évoquées ne sont que trop proches de notre vécu au Bénin. En moins de trente ans, notre pays a bénéficié d’un tel afflux de capitaux qu’il est insoutenable que des familles entières dorment dans des bas-fonds ou dans la rue, de constater que des enfants (l’avenir du pays) ne sont pas scolarisés, etc.
Enfin, Antoine Riboud rappelle les slogans de mai 68 et critique une société qui confond Etre et Avoir.
«Avoir, selon lui, c’est obtenir sa part des richesses que l’homme extirpe à la terre par la croissance.
Etre, c’est avoir une place et comprendre son rôle dans la pyramide de l’entreprise». C’est à partir des notions Etre et Avoir qu’il esquisse le double projet de l’entreprise, qui doit se préoccuper de l’un (notamment par une politique négociée des salaires) et de l’autre par ce qu’il appelle «un plan social et humain» fondé sur un diagnostic partagé des situations de travail.
Il s’attache également à prendre en compte les nuisances de l’entreprise sur «l’équilibre de notre planète» et il demande que l’entreprise soit attentive aux demandes des associations «pour la défense de la qualité de la vie».
Les propos d’Antoine Riboud résonnent comme une propagande politique en période de campagne électorale. Et pourtant, c’est bien un chef d’entreprise qui se préoccupe de ces problématiques socio-politiques. C’est cela la RSO !

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La responsabilité sociale

Dans le cadre de sa Responsabilité sociétale (RS), le groupe Danone a proclamé d’avoir un rôle à jouer face aux grands enjeux de santé publique que sont la malnutrition d’une partie du monde et l’obésité.
Bien qu’une simple proclamation, le groupe Danone a décliné ces objectifs en cinq axes stratégiques intégrés à sa politique :
– Concevoir des produits associant bénéfices nutritionnels et qualité organoleptique ;
– Concevoir des produits apportant des bénéfices pertinents pour la santé ;
– Développer des produits à forte valeur nutritionnelle pour les populations à faibles revenus ;
– Aider les consommateurs à adopter une alimentation et un mode de vie sains ;
– Participer et développer les connaissances sur les liens entre alimentation et santé.
Le concept de la RSO depuis bientôt cinq ans s’est doté d’un référentiel normalisé qu’est la norme ISO 26000. Son élaboration a duré six ans et a connu la participation de plus d’une centaine de pays avec un équilibre dans la participation entre les pays en développement et les pays développés. Une participation de plus de 450 organisations mondiales ou d’implantations régionales telle que le Bureau international du Travail.

La réponse des Organisations

La RSO se positionne comme la réponse des organisations aux interpellations macro économiques et macro sociétales du DD. Elle est fondée sur sept principes phares et balaie des préoccupations regroupées en sept questions dites centrales. Parmi les principes que promeut la RSO pour fonder toute action de développement, on note le principe de redevabilité qui est la capacité à être en mesure de répondre de ses décisions et actions devant ses organes directeurs, ses autorités constituées, et plus largement ses parties prenantes. La situation du pays mériterait aujourd’hui que nos pratiques et décisions soient inspirées par ce principe. Plusieurs autres principes sont recommandés pour fonder l’action et les décisions de développement. Il s’agit :
– du principe de transparence ;
– du principe de comportement éthique qui se réfère aux principes acceptés d’une conduite bonne et juste dans un contexte particulière en cohérence avec les normes internationales de comportement ;
– du principe de prise en compte des intérêts des parties prenantes ;
– du principe de la légalité ;
– du principe des normes internationales de comportement ;
– des Droits de l’Homme.
Je reconnais qu’il n’y a pas une seule solution à la problématique de développement de notre pays. Mais si les actions et les pratiques politiques au titre de la gouvernance s’inspiraient systématiquement de l’ensemble de ces principes de la RSO, je pense bien que la transformation tant souhaitée par tous, d’un citoyen béninois moderne et de type nouveau serait une réalité. En définitive, lorsque l’on se résout à intégrer une démarche de Responsabilité sociétale, le développement personnel qui s’opère au niveau de l’individu (très souvent à son insu) le rend apte à comprendre les enjeux de la complexité de notre temps et à le gérer efficacement.

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La RSO comme instrument de bonne gouvernance

Certains pays, et pas des moindres, après avoir adopté l’ordo libéralisme comme système économique, promeuvent la RSO comme leur instrument de bonne gouvernance, d’aide au développement et leur instrument de diplomatie économique.
C’est dire l’importance décisive du concept de la Responsabilité sociétale des Organisations dans la mise en œuvre des politiques de développement durable.
La Côte-d’Ivoire à côté de nous, prépare les décrets d’application de la loi d’orientation du DD. Dans ce cadre, elle a fait organiser par son Ministère de l’Environnement, de la Salubrité urbaine et du Développement durable (MESUDD), un atelier au cours duquel sont soumis à l’analyse des experts de la question, deux avant-projets de décrets relatifs à l’application de la loi portant orientation du développement durable en Côte-d’Ivoire. Plus précisément, il s’agit pour les spécialistes de ces problématiques de valider le projet relatif à la Responsabilité sociétale des Organisations (publiques et privées) ainsi que celui relatif à la promotion des énergies renouvelables.
En septembre 2015, un sommet spécial sur le DD se tiendra à New York pour adopter les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) de l’après 2015 qui deviendront les Objectifs de Développement durable (ODD).
Nous avons donc une responsabilité individuelle et collective de contribuer pour rendre profitable à notre pays, les échéances présidentielles qui s’annoncent. C’est le véritable enjeu de ce rendez-vous.
Chers candidats à la prochaine élection présidentielle, votre responsabilité vous impose l’action et une pédagogie structurante de vos programmes. Le peuple vous attend. Ne le décevez surtout pas. Il est temps, tout juste temps !

Par Auguste VLAVONOU*