Production agricole en Afrique de l’Ouest: Renforcer les politiques régionales pour assurer la sécurité alimentaire

Par Bruno SEWADE,

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Une meilleure collaboration entre les gouvernements et les institutions telles que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pourrait stimuler le développement de la production agricole dans la région et nourrir une vaste population en croissance rapide. C’est l’une des conclusions du nouveau rapport du Groupe de la Banque mondiale selon lequel les pays d’Afrique de l’Ouest restent très dépendants des importations alimentaires, dont les prix ont triplé durant les dix dernières années. Et pourtant, 60 % de la population de ces pays travaillent dans le secteur de l’agriculture.

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Relier les marchés des produits alimentaires de base et les marchés des intrants en Afrique de l’Ouest : Un programme pour le commerce régional des pays de la CEDEAO. C’est l’intitulé du dernier Rapport publié par le Groupe de la Banque mondiale selon lequel, la production de cultures alimentaires de base telles que le riz pourrait doubler en Afrique de l’Ouest. De même, la production de maïs pourrait quasiment tripler si les gouvernements repensaient leurs politiques et favorisaient l’agriculture et l’agro-alimentaire en ouvrant les échanges commerciaux dans la région.

Le rapport développe les conclusions de l’ouvrage «L’Afrique peut contribuer à se nourrir elle-même», publié par la Banque mondiale en 2012, et examine le contexte particulier de l’Afrique de l’Ouest ; une région abritant un tiers de la population africaine et plusieurs des pays les plus vulnérables du continent. Ce rapport propose une nouvelle analyse du commerce des produits alimentaires de base, des nombreuses politiques régionales en place et de leur mise en œuvre du point de vue des institutions.

Des opportunités de forte croissance

La conjugaison de la crise alimentaire africaine de 2007-2008, de la hausse des prix alimentaires mondiaux, des faibles rendements agricoles et de la forte dépendance aux importations, selon le rapport, a entravé les efforts des gouvernements d’Afrique de l’Ouest pour nourrir leurs citoyens, compte tenu des budgets publics. Bien que la crise alimentaire rappelle l’importance des programmes agricoles, les gouvernements concernés ont négligé les politiques de promotion de l’intégration du commerce régional. Pour satisfaire les besoins alimentaires à court terme, des politiques agricoles nationales ont été adoptées, qui interdisent les importations de riz, de maïs, de manioc et autres produits de base constituant l’essentiel des apports caloriques des populations d’Afrique de l’Ouest.
En effet, les pays d’Afrique possèdent plus de la moitié des terres fertiles et non exploitées de la planète, détenant ainsi un potentiel agricole considérable. En Afrique de l’Ouest, indique le rapport, la production céréalière est très faible en dépit de son potentiel. Son accroissement pourrait radicalement modifier l’équilibre des échanges dans la région.
Le rapport distingue les zones où la production de cultures alimentaires de base est abondante et pourrait encore se développer, et celles où la productivité est faible. Il montre également qu’un marché plus ouvert connectant la demande alimentaire des centres urbains en pleine expansion et des zones rurales où la nourriture est insuffisante avec les régions caractérisées par des excédents de production, permettrait aux agriculteurs de développer leurs marchés.
Les agriculteurs d’Afrique de l’Ouest peinent à produire davantage, faute d’accès aux intrants tels que les engrais et les semences de qualité, aux machines agricoles et au financement. Selon le rapport, la focalisation des règles d’intégration régionale sur les produits de base peut favoriser la prise de conscience des objectifs régionaux à tous les niveaux des chaînes d’approvisionnement. L’adoption des mesures nécessaires pour mettre en place un système offrant aux agriculteurs des intrants de qualité à des prix abordables pourrait permettre de développer leurs rendements.
Selon Ben Shepherd, co-auteur, « ce rapport montre comment les États membres de la CEDEAO pourraient s’ouvrir au commerce régional pour stabiliser les approvisionnements et développer leur production de produits alimentaires de base».

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La CEDEAO à la tête de l’intégration du commerce régional

Le rapport décrit un agenda régional très dynamique en Afrique de l’Ouest. Les institutions de la CEDEAO ont fait preuve d’initiative en adoptant des règles sur la qualité des engrais et des semences en 2008 et en 2012. Des difficultés persistent en raison des capacités très disparates des États membres de la Communauté et de leur volonté inégale de donner suite à ces engagements. La CEDEAO est particulièrement bien placée pour faciliter, coordonner et faire appliquer la transition majeure qui permettra de créer un marché intégré des échanges agricoles en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO pourrait accompagner l’intégration du commerce régional, grâce à des mesures précises.
Les États membres doivent considérer le commerce régional comme l’occasion d’atteindre leurs objectifs de développement des cultures alimentaires de base, et se doter d’une politique globale et cohérente qui promeut davantage d’ouverture dans les flux commerciaux régionaux, plutôt que de s’enfermer dans des positions nationales fragmentées et souvent intéressées.
Comme deuxième mesure, les nouvelles politiques régionales devraient compléter les politiques intérieures. Pour autant, les actions régionales ne doivent pas se substituer aux mesures nationales, éviter les risques de dispersion dans des initiatives trop nombreuses et être conçues pour répondre à des besoins spécifiques.
Avec la troisième mesure, les gouvernements doivent impérativement mettre l’accent sur l’accès aux intrants dans la région, un aspect essentiel pour générer des gains de productivité dans l’Afrique de l’Ouest tout entière et stimuler l’intégration régionale. Les efforts résolus actuellement engagés pour créer des marchés régionaux d’intrants devraient livrer des enseignements importants pour l’élaboration des futures politiques agricoles et commerciales de la région.
Enfin, les pays membres de la CEDEAO doivent davantage tenir compte du secteur privé et des chaînes de valeur. Les entrepreneurs privés sont mieux armés pour identifier les opportunités commerciales et contribuer à apporter des solutions fondées sur le jeu des marchés. Cela permettrait de créer de nouveaux débouchés pour les fournisseurs de produits alimentaires de base et d’offrir aux consommateurs des produits de qualité à un coût réduit. Les autorités et les arrangements régionaux ont un rôle à jouer pour mettre en place un climat propice à ces évolutions sectorielles.