Production de maïs : les jeunes s’y mettent avec tact

Par Fulbert Adjimehossou,

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Production de maïsDeux jeunes à l’oeuvre dans un champ de maïs

Un dernier regard sur les jeunes pousses de maïs. Des chuchotements qui laissent entrevoir, de loin, une matinée accomplie. Paula Gnancadja et Léon Soudé tracent ici, sur ce site de l’Institut international d’agriculture tropicale (Iita), leur destin dans la terre. L’une diplômée en agronomie et l’autre juriste, les deux rivalisent d’ardeur pour avoir, à l’issue de la saison, une bonne moisson. «C’est notre troisième campagne de production. De jour en jour, nous acquérons d’expériences. Et ça se remarque sur le rendement», dit fièrement Léon Soudé. Puis il continue : «Beaucoup de jeunes n’aiment pas se sacrifier pour attendre des résultats. Or, c’est cela travailler la terre. Depuis le bas âge, j’ai pris goût à la production agricole. J’ai même une exploitation à Glo-Domingbo. Et c’est d’ailleurs cette passion et cet engagement qui m’ont permis de me retrouver ici ».
En effet, enrôlés dans le cadre du Youth in Agribusiness Compact du programme Technologies pour la transformation de l’Agriculture en Afrique (Enable-Taat), ils produisent désormais autrement le maïs. Leurs capacités ont été renforcées de concert avec l’Institut national des recherches agronomiques du Bénin (Inrab), la Direction de la production végétale (Dpv) et les Agences Territoriales de Développement Agricole (Atda). « Ils sont 90 jeunes sélectionnés dans six zones productrices de maïs du Bénin, à savoir Kandi, Kétou, Banikoara, N’Dali, Allada et Abomey-Calavi. La formation a consisté à développer leurs capacités sur les normes et techniques de production de semences de maïs au Bénin. La récolte moyenne obtenue sur les six sites de production de semences est de 3 tonnes. Si la moitié des jeunes formés produit chacun un hectare de semences de maïs et que le rendement minimum est de 2 tonnes par hectare, le marché béninois des semences est donc dopé de 90 000 kg », fait remarquer Rodrigue Obognon, ingénieur agronome, membre de l’équipe d’encadrement.

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Contournes les aléas

Au Bénin, malgré le potentiel de la culture du maïs, plusieurs facteurs entravent l’optimisation de sa production.Il s’agit, entre autres, du problème de fertilité des sols, des effets du dérèglement climatique et le manque de bonnes semences et de variétés adaptées. Mais ces jeunes commencent déjà à conjuguer au passé certaines contraintes liées à la production de cette céréale. « J’ai appris ici à faire les semences certifiées. Ce sont des semences qui résistent parfaitement à la sécheresse et aux mauvaises herbes qui dérangent le maïs. On produit nous-mêmes les semences et on en vend aux producteurs. C’est une variété à très haut rendement, et ça varie de 3,5 à 5 tonnes à l’hectare. J’attends de dupliquer cela sur mes exploitations, en plus de former d’autres jeunes », soutient Paula Gnancadja.
Les jeunes sont outillés sur la multiplication de semences composites, notamment les variétés « Evdt », « Tzl » et «Tze». « La Evdt est une variété de 90 jours. Sur un pied, vous pouvez avoir jusqu’à trois ou quatre épis. Ce sont de gros épis. Avec trois pieds, nous pouvons avoir un kilogramme de maïs. Nous pouvons avoir jusqu’à six tonnes à l’hectare si les conditions sont remplies. Nous l’avons eu avec un des jeunes de Kandi. C’est aussi une variété un peu plus résistante et elle a une capacité à chasser les oiseaux du fait des gros grains. La Tzl accepte des semis serrés et donc la densité. Vous pouvez aller jusqu’à 4 tonnes à l’hectare», explique Rodrigue Obognon.
La récolte moyenne sur les six sites de production de semences est de 3 tonnes. Cette intervention permettra de couvrir une superficie de 4 500 ha. Considérant qu’il faut en moyenne 20 kg de semences pour 1 ha, ces jeunes augmenteront la capacité de production du Bénin de 18 000 tonnes de maïs par saison. Un appel de pied à d’autres jeunes qui croient encore que le trésor se trouve dans quelque eldorado ou dans les bureaux.