Prolifération des morgues: Un business prospère

Par Pintos GNANGNON,

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La morgue, une unité de conservation de corps des défunts pour permettre à la famille de s’organiser pour les obsèques, a fait son apparition au Bénin avec la construction en 1963 du Centre hospitalier et universitaire de Cotonou (Cnhu). Mais depuis peu, sont implantées plusieurs morgues, notamment privées. Un phénomène qui fait penser que les morts font enrichir au Bénin.

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Au Bénin, les morts étaient jadis enterrés dans un délai relativement court. Il existait des méthodes pour conserver les corps. Avant que l’utilisation du formol ne se généralise, les anciens faisaient ingurgiter une bonne quantité de vin de palme au cadavre pour sa conservation qui ne durait pas plus d’une semaine.

Avec l’apparition de la morgue en 1963, les familles avaient l’opportunité dans les milieux urbains notamment à Cotonou, puis ensuite Porto-Novo, Parakou et autres, d’y faire conserver les corps de leurs parents décédés, le temps de mieux préparer les obsèques surtout pour les personnes âgées qui nécessitaient des festivités parfois qualifiées de cérémonies ruineuses. Mais cela répondait également à des besoins pratiques parce que certains enfants du défunt vivent loin. Mais ce moyen au départ n’était accessible qu’à une certaine couche de la population en milieu urbain. Aujourd’hui, les morgues occupent une place importante dans les habitudes funéraires dans notre pays. Et surtout, elles ont contribué à de nouvelles habitudes.
Il y avait eu dans les années 1970, une tentative d’ouverture d’une morgue privée. Mais très tôt elle a été étouffée. Ce n’est qu’en 1990, que, profitant du manque de place et d’une coupure d’électricité à la morgue de Cotonou, des cadres ont persuadé le Gouvernement d’alors de la nécessité de l’ouverture d’une morgue privée.

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Prolifération des morgues et commerce autour des morts

Jusqu’en 1990, le Bénin ne disposait que d’une seule morgue. Depuis, plusieurs autres morgues ont vu le jour. Il est vrai, compte tenu de l’essor démographique que connaît notre pays, la nécessité de création de centres de conservation des corps s’imposait. Mais au-delà de cet intérêt, il y l’aspect purement commercial de la chose. Les prix pratiqués varient d’une morgue à une autre et selon les localités, et sont aussi fonction du nombre de jours de conservation : de 3500 cents francs à 4500 francs Cfa le jour.
La conservation des corps constitue un « commerce des morts » et est assez rentable aux promoteurs, car en dehors des tarifs de conservation, il y a plusieurs autres frais, notamment ceux liés aux toilettes et à l’habillement du macchabée. Dans toutes les morgues du pays, sont exposés des cercueils, des fleurs, des corbillards, et tout ce qu’il faut pour une inhumation. Dans le même temps, des travaux autrefois faits dans les maisons mortuaires incombent désormais aux personnels des morgues, toujours dans le souci de rendre plus bénéfique l’activité. L’affluence est telle que, souvent par manque de place, des corps sont entassés dans les caisses frigorifiques et parfois laissés à même le sol en attendant qu’une place soit disponible.
Malheureusement, l’Etat n’a aucun contrôle sur le fonctionnement des morgues privées au Bénin, ne serait-ce que pour suivre la qualité des prestations offertes ainsi que les conditions d’hygiène et l’impact de la proximité de certaines morgues sur la santé des populations environnantes. Devrait-on attendre que survienne un drame pour penser enfin à prendre des dispositions pour éviter le pire ?.