Promotion de la filière anacarde: L’option d’augmenter le revenu du producteur et la transformation locale

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Promotion de la filière anacarde

Le Conseil des ministres du 14 mars dernier a décidé d’augmenter le revenu des producteurs d’anacarde (cajou). C’est ainsi que le prix plancher d’achat bord-champ au kilogramme de la noix est fixé à 650 francs Cfa contre 500 F Cfa un an plus tôt et 300, il y a deux saisons. Le gouvernement entend également marquer sa volonté d’encourager la transformation locale.

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A la veille du lancement de la campagne de commercialisation des noix d’anacarde, saison 2017-2018, le prix plancher d’achat bord-champ est fixé à 650 francs Cfa le kilogramme. Un prix en augmentation de 30 % par rapport à la saison antérieure et de 116,67 % par rapport à 2015-2016. Avec cette structure de prix, le gouvernement a affiché sa volonté de dynamiser la filière qui a généré en 2015, quelque 8 % des recettes d’exportation et 7 % du Produit national brut (Pnb) agricole du Bénin.
En effet, les acteurs de cette filière sont satisfaits de la dernière décision du gouvernement tendant à améliorer le revenu de ces agriculteurs, selon Édouard Assogba, expert en développement de filière à l’exportation et premier chargé des relations extérieures de l’Interprofession pour la filière. Deuxième source de revenu à l’exportation du Bénin, après le coton, la filière a apporté quelque 30,6 milliards francs Cfa en 2015 à l’Etat.
Édouard Assogba estime que le prix plancher d’achat bord-champ élevé du cajou est une bonne chose pour tout le Bénin. « Les producteurs verront augmenter leur revenu», soutient-il, précisant que le gouvernement y travaille dans le cadre de son programme d’action. Ainsi, le gouvernement a voulu encourager les producteurs à développer les plantations d’anacardiers, en vue d’accroître la production à 300 000 tonnes d’ici 2021, alors que la production annuelle en 2016 était évaluée à 120 000 tonnes.
Le premier chargé des relations extérieures de l’Interprofession pour la filière précise que le gouvernement, dans son programme, voudrait non seulement propulser la production mais également augmenter le taux de transformation.
« Nous visons à faire en sorte que les agriculteurs deviennent les plus grands bénéficiaires de la culture de rente, compte tenu de leur rôle crucial dans la production », a-t-il ajouté. Selon cet exportateur de noix d’anacarde, il est fait en sorte que les recettes du cajou profitent à tous les acteurs de la chaîne de valeur, à savoir les producteurs, les agents commerciaux et les négociants lors de la mise sur le marché du cajou. Partageant cette idée, il porte des réserves en signalant que cette structure de prix devrait profiter à tout le monde, s’il y a une bonne organisation autour de la filière. « C’est le défi qui se présente à la filière », pense-t-il, ajoutant que ce pilier posé, « il sera aisé d’obtenir le soutien des institutions financières pour accompagner les acteurs ».

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Marge étriquée pour les exportateurs

Edouard Assogba regrette, tout de même, la faible marge laissée aux exportateurs après tout le processus de négoce. « Le produit est acheté à 650 francs Cfa et vous mettez les frais d’exportation de 60 francs Cfa dessus. Cela revient à 710 francs Cfa sans compter les charges liées au transport et au stockage qui tournent autour de 100 francs Cfa », explique-t-il avant de déduire que le produit revient en moyenne à 810 francs, alors que sur le marché international, « le prix tourne autour de 1000 francs Cfa ». Pour lui, le prix dépend non seulement de la qualité du produit, mais aussi de la structuration du secteur. Le prix proposé, a-t-il souligné, n’est pas mauvais mais « l’encadrement qu’il faut, manque ». C’est pourquoi, il souhaite que le gouvernement puisse également suivre l’évolution des prix pour éviter une spéculation galopante sur le marché national. Selon lui, ce n’est que grâce à cet effort que certaines dérives pourraient être évitées lors de la campagne du commercialisation sur le terrain.
Fiacre Lanlènou, président de Collectif des acteurs portuaires de la filière noix d’anacarde et autres produits tropicaux et agricoles du Bénin (Capfinapta-
Bénin), soutient également que l’accompagnement technique et matériel de l’Etat s’avère nécessaire. Un accompagnement pour non seulement garantir la qualité des produits, mais aussi assurer la traçabilité, la fiabilité des statistiques et la crédibilité de l’accès aux services financiers et non financiers.
La taxe budgétisée de 60 francs Cfa par kilogramme de noix à l’exportation serait à l’origine d’un incivisme fiscal. Fiacre Lanlènou fait observer que certains acteurs de la filière, pour contourner cette taxe, font distraire les produits vers les pays voisins. Le président de Capfinapta-Bénin estime que c’est la non-uniformisation de cette taxe dans la région qui serait à l’origine de l’attitude peu responsable des acteurs fraudeurs.
L’Etat lui-même n’est pas épargné par les dysfonctionnements du peu d’organisation dans la filière. Edouard Assogba abonde dans le même sens que Fiacre Lanlènou et affirme que l’Etat se plaint des fuites de devises. «L’une des conséquences est que l’Etat fera moins de recettes. La fraude rend les statistiques peu fiables sur le produit», commente Fiacre Lanlènou. En revanche, il indique que l’Etat est en train de prendre des mesures pour éviter que les noix de cajou ne soient détournées du circuit officiel, pour se retrouver comme par le passé dans des pays voisins.

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Eviter la fraude

Pourtant, ce sont les ressources que le gouvernement investit pour le développement de la filière : introduction de nouvelles variétés plus productives, recherche, etc. Pour éviter la fraude, Fiacre Lanlènou fait savoir que « le gouvernement est effectivement en train de protéger les frontières ». Selon lui, par le passé, les noix de cajou béninois sont détournées vers le Togo et le Nigeria. Mais, « cette année, une veille est assurée pour éviter cela », témoigne-t-il, ajoutant avoir reçu des échos d’arraisonnement de camions en partance vers ces deux pays. « Cela nous rassure », se réjouit-il. Ce responsable d’association d’acteurs intervenant dans la manutention et les opérations portuaires soutient, par ailleurs, que, ce faisant, la campagne pourra durer et l’acteur portuaire qu’il est trouvera plus de marchandises à traiter.
Aussi, Edouard Assogba déplore-t-il le défaut de régulation pour une meilleure organisation de la filière. Il explique que les 60 francs Cfa par kilogramme de noix d’anacarde prélevés à l’exportation est une contribution qui vise à favoriser la recherche et/ou la gouvernance de la filière. Mais, pour l’heure, il affirme que les familles d’acteurs de la filière continuent de souffrir du manque de ces ressources, qui ne favorise pas l’exécution du plan stratégique de développement et du plan d’action annuel de l’interprofession Anacarde. Edouard Assogba insiste que si la filière se porte bien, c’est le Bénin qui se porterait également bien.
Pour sa part, Fiacre Lanlènou estime que la filière anacarde reste une «filière d’avenir» qui contribuera à l’amélioration et à la diversification des sources de revenus agricoles ainsi qu’à l’augmentation des recettes de l’État. Mais sa promotion, insiste-t-il, passe par la lutte contre les exportateurs pirates qui opèrent en violant et contre la législation du pays, et par la lutte contre les commerçants illégaux.
Au prix de 650 francs Cfa, le gouvernement décourage l’exportation des noix dans une perspective de promotion de la transformation locale d’au moins la moitié de la production.