Promotion des droits de la femme au Bénin: L’Etat s’implique et les lignes bougent

Par COMLAN ERIC,

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Malgré les résistances et toutes les formes de discriminations dont elles sont victimes, les femmes étudient, travaillent et s’imposent. Peut-être que nous sommes à l’ère d’une révolution tranquille sur fond de déclin de l’empire masculin mais avec une parfaite implication de certains hommes de pouvoir qui ont compris que le développement de la société se construit au prix des efforts de toutes les couches, sans distinction aucune. Le Bénin semble s’engager dans cette dynamique, en témoignent deux actes majeurs enregistrés au cours de ces derniers mois: une femme au poste de vice-président de la République et la rénovation de l’Institut national de promotion de la Femme avec des prérogatives importantes pour des actions en faveur de la femme.

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La volonté politique semble être au rendez-vous de la promotion et de la protection des femmes au Bénin. Et, la décision du Conseil des ministres en date du 21 juillet 2021 sur l’approbation des statuts de l’Institut national de la Femme (Inpf) en est un élément important de preuve. Il s’agit là d’un nouveau départ dans la vie de cet organe dédié à sa création en décembre 2009, à la promotion de la femme, servant de cadre de réflexions et d’études. Aujourd’hui, l’institut est entièrement réorganisé avec des missions et attributions clairement définies. Sous sa nouvelle configuration, il est rattaché directement à la présidence de la République. C’est désormais un organisme public doté d’une personnalité juridique, de l’autonomie financière et de prérogatives importantes pour mener des actions plus déterminantes en faveur de la femme. Sa principale mission: Œuvrer à la promotion de la femme, tant sur les plans politique, économique, social, juridique et culturel, aussi bien dans la sphère publique que privée. Il est aussi chargé de lutter contre toutes les formes de discriminations et de violences à l’égard de la femme. L’Institut national pour la promotion de la Femme nouvelle version servira de cadre de concertation avec les Organisations de la Société civile œuvrant à la protection et à la promotion de la femme. Il disposera également d’un service actif d’écoute pour recevoir les dénonciations de faits de discrimination ou de violences à l’égard des femmes avec le droit d’ester en justice et de se constituer partie civile pour ces faits.
Le Bénin à l’instar de plusieurs autres pays africains est resté traditionaliste pendant longtemps avec une suprématie de l’homme sur la femme dans presque tous les domaines. Cet état de choses continue de freiner la pleine implication des femmes dans le développement de la cité. Quand bien même les femmes se démarquent et s’imposent dans les activités commerciales, très peu parmi elles réussissent à résister aux diverses formes de discriminations et de violences pour émerger dans des domaines apparemment dédiés aux hommes.
Pourtant, la Constitution béninoise en son article 124 reconnait l’égalité entre l’homme et la femme. Et malgré cette importante disposition de la loi fondamentale, les femmes ont pendant longtemps assuré les seconds rôles et assistent impuissantes au non-respect de leurs droits.

Les violences à l’égard des femmes persistent…

Les violences subies par les femmes constituent l’une des violations des droits de l’homme les plus répandues dans le monde. Viol, harcèlement sexuel, violence physique, morale, mariage précoce et bien d’autres encore, les femmes subissent toutes sortes d’atrocités.
Des cas enregistrés sur le territoire national :
– Un viol collectif en date du 10 juillet 2021 sur une jeune fille de vingt (20) ans à Kansoukpa dans la commune d’Abomey-Calavi. Aux environs de dix-sept heures alors qu’il faisait encore jour, deux jeunes hommes profitent du calme qui règne dans la localité pour abuser d’elle en recourant à des actes d’intimidation orchestrés à l’aide d’un coupe-coupe. Une fois le forfait commis, ils font avaler à la victime une poudre au goût salé en lui intimant l’ordre de garder secret ce qui venait de se passer sinon, elle mourra. D’après les investigations, les auteurs de ce viol ne sont pas à leur premier forfait, ils sont des habitués du fait et jusqu’ici n’ont pas encore été démasqués.
– Le harcèlement de rue perdure quand bien même on note une timide prise de conscience à ce sujet. En pleine circulation, au milieu des taxis motos parfois sous un soleil ardent, les femmes sont surprises par un coup dans le postérieur. Impossible de reconnaitre l’auteur. C’est aussi une forme de violence mais l’acte ne choque visiblement personne.
– Une jeune femme recrutée au profit d’un programme de promotion des droits humains pour aider les victimes de violences basées sur le genre est victime de harcèlement sexuel de la part d’un directeur départemental de l’administration publique. Elle confesse qu’elle s’est prêtée au jeu durant la première année de son service mais qu’à partir de la deuxième année elle est tombée enceinte de son compagnon espérant ainsi décourager son harceleur. Mais ce dernier n’a pas désemparé et était prêt à entretenir des relations intimes avec elle bien qu’étant enceinte, si elle lui donne l’occasion. La jeune femme, grâce à la qualité de son travail a eu d’autres offres d’emploi et a préféré démissionner de la structure. Elle a gardé le silence et n’a pas porté plainte. (Histoire tirée du recueil de témoignages sur le harcèlement sexuel en milieu professionnel publié par Wanep-Bénin en novembre 2020).
– 69 % des femmes béninoises disent avoir subi au moins une fois dans leur vie des violences basées sur le genre (Vbg). Avec l’appui de Médecins du Monde, les trois Centres intégrés départementaux de coordination pour la prise en charge des victimes de Vbg enregistrent une augmentation de leur fréquentation. En quatre ans, entre 2014 et 2017, 729 victimes sont accompagnées, 489 victimes en 2018, 622 en 2019 et 814 en 2020.
– Le harcèlement en milieu professionnel, scolaire et universitaire bat toujours son plein. Les déballages sont légion, certains sont suivis des actions en justice afin que la loi soit dite car le pays dispose d’un arsenal juridique et institutionnel approprié pour promouvoir l’égalité des genres et protéger les droits des femmes et des filles.

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Les causes de la faible participation des femmes aux affaires politiques

La Constitution, les lois et autres textes en vigueur au Bénin reconnaissent l’égalité des sexes. Du point de vue institutionnel, le terrain est balisé pour une parfaite implication des femmes dans les affaires publiques.
Les obstacles se situent au niveau individuel avec des facteurs psychosociologiques. Certains hommes ne sont pas à l’aise lorsque les femmes évoluent. C’est à croire que ce faisant, elles sont dans une sorte de concurrence ou que des rapports de forces les opposent. Mais il y a lieu de s’interroger par exemple sur le comportement des femmes face à ces responsabilités qu’elles aspirent assumer ? Croient-elles véritablement en leurs ambitions?
Des femmes constituent également des obstacles pour les femmes. Dans le monde du travail, il est rare de voir des femmes s’entraider, se soutenir pour de meilleurs résultats. Une méfiance permanente des femmes envers leurs paires est constatée.
La formation et le statut professionnel comptent pour beaucoup car le niveau d’instruction est un critère d’éligibilité pour la nomination aussi bien des hommes que des femmes.
Les obligations familiales, les travaux domestiques, le cumul des activités professionnelles et domestiques occupent largement la femme et l’empêchent de faire ses preuves sur le terrain politique. On note aussi chez la femme, le manque de confiance en soi, la timidité, la peur de prendre la parole en public, en bref des éléments structurels, situationnels et de socialisation constituent des facteurs inhibiteurs de la participation de la femme à la vie politique.

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Les femmes dans la vie politique nationale…

Malgré ce plafond de verre qui constitue une barrière au plein épanouissement de la femme dans la société, il y a une marche inexorable de la gent féminine vers la gestion des affaires publiques. Les femmes sortent de leur timidité d’entre temps, les esprits s’éclairent et graduellement elles arpentent les marches des sphères du pouvoir et s’y stabilisent.
– L’histoire renseigne que plusieurs femmes ont marqué la vie politique nationale par leur engagement et la qualité de leurs actions dans l’arène publique. La participation de la femme béninoise à la vie politique remonte au 19e siècle précisément sous le règne du roi Guézo. En son temps, les amazones, corps d’armée féminin, ont permis de gagner des guerres et d’étendre l’hégémonie du royaume de Danxomè. A l’avènement de la colonisation, on note la présence d’une femme, Madame Poisson, au sein du Conseil Général du Dahomey (1946) qui comptait 30 membres.
– Depuis l’indépendance à nos jours, les femmes font parler d’elles en politique et dans les instances de prise de décisions. Elles se décident à assumer des responsabilités et occupent des fonctions majeures dans l’appareil étatique. En cette année 2021, une femme est vice-présidente de la République, on y est arrivé vingt ans après qu’une femme en la personne de Marie Élise Gbèdo s’est présentée pour la première fois comme candidate à l’élection présidentielle.
– Depuis 1990, la Cour constitutionnelle, haute juridiction de l’Etat, a connu deux femmes présidentes pour trois hommes présidents. Elisabeth Pognon de 1993 à 1998 et Feue Conceptia Ouinsou de 1998 à 2008.
De la toute première présidente de la Cour constitutionnelle, Elisabeth Pognon, l’on retient son rôle combien important dans la consolidation de la démocratie et l’Etat de droit au Bénin. Tout au long du processus de l’élection présidentielle de 1996 jusqu’à la proclamation des résultats. Elle avait été acclamée pour la rigueur et le courage dont elle avait fait preuve dans ces situations délicates.
– Marie Cécile de Dravo Zinzindohoué préside actuellement les destinées de la Haute Cour de Justice, institution compétente pour juger le président de la République et les membres du gouvernement à raison de faits qualifiés de haute trahison, d’infractions commises dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions, ainsi que pour juger leurs complices en cas de complot contre la sûreté de l’État.
– La Cour des comptes, la plus haute juridiction du Bénin en matière de contrôle des comptes publics, est devenue fonctionnelle sous sa forme actuelle le 7 mai 2021 et est présidée par une femme, Ismath Bio Tchané Mamadou. Sa création vient en réponse à l’obligation faite aux Etats membres de l’Uemoa de disposer d’une Cour des comptes nationale et autonome.

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Une combinaison de plusieurs initiatives utiles…

La promotion de la femme est l’un des arguments qui avaient été évoqués lors du débat sur le premier projet de révision de la Constitution. La même préoccupation couplée cette fois-ci avec la création de la Cour des comptes a une fois encore fait l’actualité à l’occasion du deuxième passage de la révision de la loi fondamentale.
La promotion de la femme est une lente marche évolutive. Des résultats positifs seront obtenus à la suite d’une combinaison d’initiatives bien pensées et ce n’est point l’affaire d’une seule personne. L’efficacité du fonctionnement de la chaine pénale et de l’appareil judiciaire semble importante à intégrer dans les stratégies. Des initiatives éducatives de la société civile visant à booster le leadership des femmes pourraient également être mises à contribution pour l’atteinte des résultats un peu comme la campagne pour la promotion de l’égalité du genre lancée en juillet 2021 au Togo dénommée « HEforSHE » entendez «lui pour elle ». La campagne promeut la sensibilisation pour l’implication des hommes, chefs d’entreprises, chefs d’Etat, en un mot tous les leaders du monde, dans la défense des droits des femmes.
L’atteinte des objectifs dépendra aussi des ressources financières disponibles et de l’efficacité des activités. Dans le cas de figure de l’Institut national de promotion de la Femme, les ressources accordées et la célérité de chaque acteur à la tâche conditionneront la concrétisation de la volonté politique affichée.

Zakiath LATOUNDJI

Journaliste/Présidente UPMB