Promu chef de file de l’opposition: Les quatre défis majeurs de Paul Hounkpè

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Paul Hounkpè

Le colistier d’Alassane Soumanou dans la course à la présidentielle du 11 avril dernier arbore désormais la toge de numéro 1 de l’opposition au Bénin. Presque euphorique, Paul Hounkpè a livré ces dernières heures, ses premières impressions après avoir reçu ce qui semblait lui revenir de droit. Mais cette euphorie ne doit pas lui faire perdre de vue certaines obligations sans lesquelles son mandat de chef de file de l’opposition ne sera que fiasco.

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L’ancien ministre de la Culture s’en tire à bon compte. Désormais chef de file de l’opposition, Paul Hounkpè devient une personnalité politique forte dont la parole et les actions compteront pour beaucoup dans l’arène politique nationale. Le secrétaire exécutif national de Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) est nommé chef de file de l’opposition dans un contexte particulièrement difficile. Ce qui, ipso facto, lui impose des défis, pour ne pas dire de nouveaux chantiers qui se greffent sur ses attributions ordinaires de porte-voix des opposants dans le pays.

Le premier défi du chef de file de l’opposition, c’est de travailler à fédérer les énergies dans son propre camp. Les Forces cauris pour un Bénin émergent constituent une famille politique avec des clans antagoniques et des divergences. Elles couvent des contestations en leur propre sein. Pis, le parti est allé, divisé à la dernière présidentielle et s’en est sorti fort heureusement avec un taux de 11 % qui sonne plutôt comme un score glorieux. Dans ces conditions, le tout nouveau numéro 1 de l’opposition a l’obligation de faire taire les grognes dans sa famille politique pour enfin y ramener la paix et la quiétude. Ne pas le faire, c’est faire courir le risque d’une faillite à ce parti qui fait aujourd’hui figure de principale force de l’opposition dans le pays.

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Le chef de file de l’opposition doit également travailler à soigner l’image des forces politiques ne soutenant pas l’action du gouvernement. L’opposition politique au Bénin, surtout l’aile considérée comme radicale a aujourd’hui une image écornée du fait des évènements préélectoraux d’avril dernier. On lui impute des actes de violence et même de terrorisme. La plupart de ses responsables sont en détention préventive en attendant de répondre des faits mis à leur charge. En attendant celui qui se veut le répondant des entités de l’opposition auprès du gouvernement doit travailler à corriger cette image que présentent aujourd’hui les opposants au régime de Patrice Talon.

Une force de propositions

Si Paul Hounkpè ne parvient pas à faire parler l’opposition politique d’une même voix au Bénin, il passerait à côté de son mandat. C’est un secret de polichinelle aujourd’hui que l’opposition politique dans le pays est partagée entre plusieurs clans et camps antagoniques qui se tournent le dos alors qu’ils sont censés porter la même cause. Dans ces conditions, la perche de Hounkpè doit toucher chacun de ces camps et être en mesure de porter leurs souhaits et suggestions en direction des pouvoirs publics, les défendre par tous les moyens et même tout mettre en œuvre pour y apporter satisfaction. Et c’est bien là, le troisième défi qui s’impose au chef de file de l’opposition.

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Enfin, le chef de file de l’opposition bénéficie de nombreux avantages certes, mais cela ne doit pas lui donner l’impression d’un assujettissement ou d’une redevabilité vis-à-vis de l’Exécutif. Bien au contraire, il doit se donner l’étoffe non pas du contestataire à tout vent, mais se mettre dans la posture d’une force de propositions, d’une entité de contre-pouvoir dont les analyses, les observations, les remarques et les critiques permettront d’améliorer la gouvernance économique, politique et sociale du pays. Si Paul Hounkpè en vient à faillir sur l’un de ces chantiers, il passera à côté des attentes placées en lui dans un système politique où l’opposition, à force de querelles de clocher, a réussi à minimiser son potentiel et réduire ses chances de prendre une part active à la gestion du pays face à un pouvoir dont le nombre d’admirateurs et de sympathisants ne cesse de croitre.