Prostitution au Bénin: Psychose dans la nuit

Par Kokouvi EKLOU,

  Rubrique(s): Société |   Commentaires: Commentaires fermés sur Prostitution au Bénin: Psychose dans la nuit


Flânant la nuit à la quête de clients, des travailleuses de sexe sont la proie de tueurs non encore identifiés par la Police républicaine. La psychose gagne depuis leur rang.

LIRE AUSSI:  Clôture de la conférence africaine de la société d’économétrie: La satisfaction des organisateurs pour l’engouement des participants

Mutilé et vidé de son sang, le corps sans vie découvert à l’aube, ce jeudi du mois de février, dans un quartier périphérique de Cotonou suscite émoi. Dissimulé dans un talus non loin de la voie, le corps de cette inconnue retrouvée avec un petit sac dame rempli de préservatifs sur elle a tôt révélé son statut. A la morgue, le lendemain de ce drame pour identifier le corps après un détour par le commissariat central de Cotonou, Mabel Afi, présidente de l’Association des travailleuses de sexe, est horrifiée à la vue de l’affreux spectacle. Le mouchoir à la bouche, elle s’empresse de ressortir de la morgue, le visage hagard. « Elle n’est pas de notre association. Si vous voyez son visage ! Oh mon dieu, on dirait du sacrifice humain », confie-t-elle, affolée.

Il ne se passe des jours sans qu’elle ne soit invitée par la police pour l’aider à identifier de tels cadavres en attendant que le procureur de la République ne décide de l’inhumation desdits corps. Deux fois de suite déjà qu’elle s’est confrontée à une telle horreur, en ce début d’année. Si souvent les bagarres entre prostituées constituent des motifs de sa sollicitation par les forces de sécurité, la fréquence des crimes de sang ébranle l’univers des prostituées au Bénin.

LIRE AUSSI:  Valorisation des matériaux locaux de construction: Quelle place pour la terre crue et le plastique ?

C’est d’ailleurs ces genres de risques qui ont conduit cette travailleuse de sexe à porter sur les fonts baptismaux une telle association en décembre 2017.

                                                                                                                  Proies faciles

Activité irrégulière au Bénin, la prostitution reste un métier à risques où les travailleuses de sexe sont exposées à la merci d’indélicats et autres trafiquants d’organes. Ne bénéficiant d’aucune protection, elles côtoient le danger au quotidien. Au siège de l’ONG ‘’Solidarité’’ que la présidente a créée en 2014 avant l’avènement de l’Association des travailleuses de sexe, Mireille, âgée de 19 ans, se souvient du drame qui a emporté la vie d’une de ses proches amies. Celle avec qui elle est venue, il y a quatre ans, à Cotonou. Serveuses de bar au départ, elles font vite leur entrée dans l’univers de la prostitution. La précarité qu’elles vivaient dans les bars a fini par les y conduire. Un soir, confie-t-elle, le regard embué de larmes, lors d’une de leurs escapades nocturnes, elles font la connaissance d’un homme à bord d’une voiture qui propose à chacune d’elles la somme de 20.000 F CFA pour une soirée de plaisir.

LIRE AUSSI:  Ecole des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme: La 37e session des Etats membres ouverte à Cotonou

Elle décline, elle, la proposition contrairement à son amie, fort de malheureuses aventures connues naguère. « S’il nous arrivait de suivre parfois des clients, j’avoue que celui-ci avait l’air bizarre. J’ignorais que je voyais ainsi ma copine pour la dernière fois. Durant deux semaines je suis restée sans nouvelles d’elle mais impossible pour moi de me plaindre car dans ce pays dès qu’on sait que vous êtes une prostituée, tout le monde veut abuser de vous comme si vous êtes un objet sans valeur et personne pour vous venir en aide », assène-t-elle à qui veut l’entendre. Sa copine aurait été retrouvée, trois semaines plus tard, le corps sans vie dans une brousse vers la ville de Ouidah, sans ses deux reins. « Je n’avais aucune idée ni du visage de l’homme ni sur l’immatriculation de sa voiture », bredouille-t-elle, cette fois-ci, intenable.

Si tout autour d’elle, des regards réconfortants de ses congénères l’encouragent à aller au bout de son récit, elle finit par craquer. Les sanglots devenant persistants, elle préfère s’en aller loin du groupe, conduite par les mots de soutien de sa présidente en langue mina. Et comme pour corroborer ces psalmodies, Mabel Afi se lâche.

LIRE AUSSI:  Destruction massive des parcs de karité: Une filière prometteuse mise à mal

« Douze ans que je mène cette activité et j’en ai vu des horreurs. Des collègues emportées par des maladies ; des filles retrouvées mortes, parfois amputées de leur sexe et des seins ; d’autres éventrées sans organes dans le corps », indique-t-elle d’une voix forte sans rechigner. Elle reconnaît que souvent ce sont des mineures de moins de 15 ans qui tombent sous la méchanceté de ces partenaires d’une nuit qui se muent en redoutables assassins.

Des tueurs qui courent toujours dans la nuit à la recherche de victimes en attendant que les filets de la police ne mettent fin à leur avidité pour les cadavres de belles de nuit.