Protection de la biodiversité : Le sacré repousse les menaces

Par Fulbert Adjimehossou,

  Rubrique(s): Environnement |   Commentaires: Commentaires fermés sur Protection de la biodiversité : Le sacré repousse les menaces

Protection de la biodiversité Le sacré repousse les menacesA la Bouche du Roy, le Zangbéto veille sur la biodiversité


Ala Bouche du Roy à GrandPopo, posé au cœur des mangroves, le Zangbéto veille au grain. La présence depuis 2015 de ces gardiens de la nuit, dans la réserve communautaire, a considérablement réduit les coupes sauvages de palétuviers. Dans ce milieu où les religions endogènes n’ont pas encore totalement perdu de leur caractère sacré, les populations riveraines ne peuvent pas enfreindre les règles et interdits. Ce qui permet le développement de l’écosystème. Celui qui s’y aventurerait à couper les palétuviers risque de s’attirer des ennuis spirituels. Selon certaines indiscrétions, à celui-ci, il peut être demandé un panier de moucherons (chose impossible) et beaucoup d’autres choses en guise de sanctions. « Avec l’implication active des communautés locales et des dignitaires traditionnels, le culte Zangbéto est utilisé pour sacraliser les zones de mangrove qui font partie des aires centrales et aires tampons de la réserve Bouche du Roy. Plus de 500 hectares de mangroves sont sacralisés pour mieux conserver l’écosystème contre les pressions des coupes sauvages et de la pêche afin de limiter la dégradation des mangroves et de permettre la régénération des ressources halieutiques ainsi que leur habitat de reproduction », confie Moïse Koumassa, assistant de projets à EcoBénin. En réalité, selon la Fao, de Djondji à Nikouécondji (commune de Grand-Popo), en 1995, la mangrove occupait  10 754 ha. Cette superficie de l’écosystème a diminué à hauteur de 5 808 ha en 2005 du fait de l’anthropisation. Cependant, une décennie après, il est constaté une forte augmentation de la superficie couverte, soit 7 882 ha. La gestion participative et la sacralité en sont pour beaucoup. L’île aux oiseaux située dans la localité d’Allongo accueille de nouveau les oiseaux migrateurs. « La sacralisation a permis de repeupler l’habitat de la faune présente (oiseaux, singes, varans, etc.) et de régénérer les ressources halieutiques (poissons, crabes, huitres, crevettes, etc.) pour le bien-être des communautés. Cela a permis également de restaurer les écosystèmes de
mangroves en dégradation et de leur permettre de mieux jouer leur rôle important de puits à carbone et de lutte contre les effets des changements climatiques », explique Moïse Koumassa.

LIRE AUSSI:  Journée nationale de l’arbre dans le Borgou: Des essences produisant le cola introduites

Le vodoun, au cœur de la nature

L’expérience de la sacralisation n’a pas été que bénéfique à la Bouche du Roy, qui devient désormais, après le conseil des ministres du 5 janvier 2022, une aire marine protégée. De nombreux écosystèmes sacrés permettent
au Bénin de conserver la biodiversité et ses valeurs, en limitant les coupes et la dégradation. Raison pour laquelle, beaucoup d’études recommandent d’inclure les sites sacrés de forêt-galerie dans une stratégie de gestion durable des écosystèmes afin d’enrayer la destruction de la végétation et de préserver la biodiversité.     « Le caractère sacré de ces sites et points d’eau a un impact évident sur la conservation de la biodiversité, à travers la prohibition de l’utilisation des poisons pour la pêche, de la pollution des eaux, l’interdiction de l’élevage, les défrichements dans leur voisinage immédiat, etc. », renseignent les auteurs de l’étude sur l’importance des sites sacrés pour la conservation des forêts galeries au centre du Bénin. Même dans un contexte de changement climatique, les divinités sont parfois appelées à la rescousse pour réduire les poches de sècheresse. « Vous avez naturellement des pratiques magico-religieuses qui sont également utilisées comme stratégies d’adaptation aux phénomènes climatiques qui bouleversent la vie des paysans. A ce titre, vous avez des cérémonies qui sont
organisées pour faire appel à la précipitation pendant qu’on l’attend et que ça ne vient pas », fait remarquer Dr Akibou Akindélé, ethno-climatologue. La dimension du vodoun, des religions endogènes va bien au-delà de la foi,
de la spiritualité, de la culture. Le vodoun est ancré dans la nature A la Bouche du Roy, le Zangbéto veille sur la biodiversité et la protège.