Racolage sur les gares routières:Un métier à risques pour joindre les deux bouts

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Longtemps exercé par un petit nombre au sein des gares routières du Bénin, le métier de racoleur s’est, de nos jours, étendu à un plus grand nombre de sans emplois et hors des murs des espaces dédiés. Et ce, malgré les risques liés à ce métier.

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Les risques du métier de racoleur ne repoussent pas ceux qui le pratiquent. Ils sont généralement aux abords des rues conduisant aux gares routières et travaillent sans se soucier des intempéries, du matin au soir. Souvent exposés aussi aux accidents. Sur les parcs automobiles de la ville de Cotonou, les racoleurs sont les premiers acteurs en matière de transport en commun et sont aussi des fournisseurs de clients aux conducteurs de taxi.
La gare routière de l’Etoile rouge est l’un des sites bien organisés en matière de transport en commun au Bénin. Ici comme sur beaucoup d’autres parcs, le racolage bat son plein.

Courir dans tous les sens

Le racoleur n’est pas un travailleur de l’ombre. Avant de trouver un taxi pour un déplacement aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, les voyageurs doivent traiter avec les racoleurs, surtout lorsqu’ils sont pressés. Pour aider leurs clients à vite trouver un taxi, les racoleurs proposent divers services et déploient généralement beaucoup d’énergie. Ils doivent courir dans tous les sens, effectuer des allers-retours, en vue de convaincre un client à prendre place à bord d’un véhicule. Avec ou sans le consentement, les racoleurs conduisent certains voyageurs jusque dans la voiture en se saisissant de leurs bagages qu’ils déposent dans la malle arrière des automobiles en position. Une manière pour eux de ne pas les voir être détournés par d’autres conducteurs, et au risque de perdre leur commission.
Les racoleurs sont au premier rang de la chaîne de transport. Déjà à 5 heures du matin, ils investissent les gares routières et leur journée se termine souvent aux environs de 19 heures, a expliqué Jacques Lokossou, racoleur sur le site de l’Etoile rouge.
Leur rôle est d’aider les conducteurs de taxi auto à faire le plein de leur véhicule, de conduire les clients vers les véhicules en attente de faire le plein et d’orienter les véhicules pour leur bon stationnement sur le parc.
Luc Todan et Florent Allagnon, tous deux conducteurs de véhicules sur le parc de l’Etoile rouge, expliquent que les racoleurs sont souvent payés sur la base du nombre de clients qu’ils ramènent journellement. Ils sont également payés sur la base de la distance à parcourir par le conducteur de taxi. En réalité, précisent-ils, le tarif initial retenu dans le cadre de ce travail est de 200CFA par client. Par exemple, la commission d’un racoleur qui ramène en moyenne six clients à un conducteur de taxi qui doit aller à Bohicon, est d’au moins 1000F CFA.
Ce que réfutent la plupart de ceux qui s’adonnent à cette activité au niveau de la gare de l’Etoile rouge. Cette somme, selon les explications de Jacques Lokossou et de Géoffroy Guindjihoundé, tous deux racoleurs, représentent la rémunération journalière du racoleur. Mais il arrive que des conducteurs aillent au-delà en leur payant le double ou le triple. Sauf que dans ce dernier cas de figure, tout se passe selon la générosité ou le tempérament du conducteur. Rares sont les conducteurs qui excèdent la barre des 2000F CFA ou 2500 FCFA, ont expliqué les deux hommes.

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Un métier à risque

Dans la plupart des cas, les racoleurs sont détenteurs du permis de conduire catégorie B. A en croire certains responsables de la gare routière de l’Etoile rouge, ce métier provient de jeunes conducteurs au chômage dans l’attente d’une nouvelle offre d’embauche par un propriétaire de véhicule. C’est pour ne pas rester les bras croisés qu’ils ont commencé par aider leurs patrons ou les conducteurs ayant la chance d’avoir un taxi-auto à vite trouver des passagers moyennant une rémunération à la fin de la journée. Leur commission varie souvent entre 100 et 200 FCFA pour un véhicule à six places chargé. Si les passagers sont nombreux, le calcul est fait en conséquence. Mais il arrive parfois que les conducteurs et les racoleurs ne s’entendent pas sur un prix. Cette situation est souvent à la base des disputes sur le parc.
Comme tout métier, le racolage a aussi ses risques. Mais à ce niveau, ce n’est pas le racoleur seul qui perd. Il peut mal négocier le prix du voyage avec le conducteur en l’absence du client et à destination, ce dernier refuse de payer le montant. Il en est de même pour le passager à qui on peut communiquer un prix et à destination, le conducteur en réclame plus.
En plus de ces difficultés, ils arrivent parfois que les chauffeurs refusent de leur payer ce qui leur revient comme commission. Cela entraîne des disputes ou des insultes ou des pertes de temps.
En plus de cette misère, les racoleurs sont aussi exposés aux risques d’accident de la circulation et à la toxicomanie. Aux alentours de la gare routière de l’Etoile rouge, se dresse une ‘’cabane fréquentée par des gens de moralité douteuse’’. Ceux-ci s’adonnent à la consommation du tabac, du chanvre indien et de l’alcool. Les racoleurs et autres tenanciers de ce site doivent les côtoyer tous les jours.
A la recherche de leur pitance, les racoleurs s’exposent également aux intempéries, car n’ayant pas d’abri fixe sur le parc pour se décontracter après la journée de travail. Au nombre des difficultés, ils doivent également faire face aux exigences de certains clients qui souhaitent des conditions plus confortables dans les véhicules qui leur sont proposés.

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Un métier qui nourrit son homme

Au-delà des difficultés qu’il pourrait générer, le racolage nourrit son homme. Bien qu’il soit un métier à risque, beaucoup de jeunes s’y adonnent. Chômage oblige ! Sur le parc de la gare routière de l’Etoile rouge, ils sont nombreux à l’exercer. «Nous n’avons appris que la conduite comme métier. A défaut d’attendre un sauveur providentiel, nous faisons le racolage pour joindre les deux bouts », confie Jacques Lokossou. Pour lui, il est difficile d’abandonner un métier qui génère des revenus. C’est pour cette raison que, dit-il, il conseille souvent à ses collègues de se contenter de ce qu’ils gagnent.
D’ailleurs, le métier nourrit son homme au point qu’il a décidé de s’y accrocher. « C’est parce que nous y trouvons notre compte que nous sommes toujours présents au poste », souligne-t-il. Une partie de son revenu sert à nourrir sa famille et à subvenir à ses multiples besoins.

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Un métier bien organisé

A la gare routière de l’Etoile rouge, toute une organisation est mise en place pour le transport en commun. En plus des conducteurs de véhicules et des racoleurs, on rencontre plusieurs syndicats et collectifs qui travaillent pour faire régner la discipline sur les lieux. Ceux-ci sont chargés de mettre l’ordre sur le parc, gérer les malentendus entre conducteurs, racoleurs et clients. Ils gèrent également d’autres problèmes pouvant créer des dysfonctionnements au niveau du parc. « Quand il y a un problème, c’est nous qui sommes interpellés d’abord », explique le trésorier adjoint de l’Union des transporteurs du Bénin (UTB), Paul Avohou. « Lorsque leur résolution dépasse nos compétences, nous nous dirigeons parfois vers les voix plus autorisées ou les commissariats de police », poursuit-il.

A côté de l’UTB, d’autres associations telles que l’Union nationale des conducteurs du Bénin (UNACOB), l’Union des conducteurs de taxi du Bénin (UCTB)…, s’investissent pour réguler le transport urbain et interurbain. Les racoleurs qui travaillent avec les conducteurs de taxi, se distinguent à travers un uniforme frappé au logo de leur syndicat. Un groupe de quatre racoleurs est commis par syndicat. La gare routière compte au total cinq associations et un collectif. Hormis les racoleurs reconnus par les syndicats, d’autres se positionnent aux aguets des carrefours pour démarcher aussi des clients. Sur le site, le travail se fait de façon rotative avec les racoleurs de la gare. Seuls ceux détenteurs du permis de conduire catégorie B, ceux ayant l’expérience et font partie du corps des racoleurs, explique Géoffroy Guindjihoundé. Les conducteurs qui enfreignent les dispositions sont frappés d’une amende. Laquelle varie entre 3200 et 9000FCFA.
Mais jusque-là, le métier de racoleur demeure quelque peu avilissant. Le souhait de ces travailleurs est que les pouvoirs publics pensent à sa réglementation, afin qu’ils bénéficient de plus de respect et de considération de la part de la population.