Rapport mondial sur les crises alimentaires : 200 millions de personnes menacées par la famine

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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La vulnérabilité de nombreux pays face aux risques alimentaires reste préoccupante

L’insécurité alimentaire aiguë et la malnutrition devraient persister à des niveaux similaires à 2021, voire augmenter, alerte le 6e Rapport mondial sur les crises alimentaires (Grfc 2022). Près de 200 millions de personnes sont menacées par la famine dans 53 pays/territoires.

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Les perspectives d’insécurité alimentaire aiguë mondiale en 2022 devraient encore se détériorer par rapport à 2021, selon le 6e Rapport mondial sur les crises alimentaires (Grfc 2022) publié le 4 mai dernier. La situation déjà critique en 2021 devrait s’aggraver cette année, à en croire le Réseau mondial contre les crises alimentaires (Global Network Against Food Crisis), auteur du document. Dans 41 des 53 pays/territoires inclus dans ce rapport, ainsi qu’au Cap-Vert, entre 179 millions et 181 millions de personnes devraient déjà être en crise ou dans une pire situation (Phase Ipc/Ch 3 ou plus) en 2022.
Le Grfc met en évidence la fragilité des systèmes alimentaires mondiaux et locaux qui sont soumis à une pression croissante en raison de la fréquence et de la gravité accrues des phénomènes météorologiques extrêmes, de la pandémie de Covid-19, de l’augmentation des conflits, notamment la guerre en Ukraine, de l’insécurité et de la hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires.
En 2021, près de 40 millions de personnes étaient confrontées à des conditions d’urgence ou pires (Ipc/Ch Phase 4 ou plus), dans 36 pays. Plus d’un demi-million de personnes
(570 000) étaient confrontées à la catastrophe (Phase 5 de l’Ipc/Ch) – famine et mort – dans quatre pays : l’Éthiopie, le Soudan du Sud, le sud de Madagascar et le Yémen. Près de 193 millions de personnes ont vécu une situation d’insécurité alimentaire aiguë l’année dernière, soit une augmentation de près de 40 millions de personnes par rapport au précédent record atteint en 2020 (rapporté dans le Grfc 2021), selon le rapport Grfc 2022. Toutes choses qui font dire à David Beasley, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (Pam), que « La faim aiguë connaît des niveaux sans précédent et la situation mondiale ne fait qu’empirer ».
Des détériorations majeures sont pressenties dans le nord du Nigéria, au Yémen, au Burkina Faso et au Niger en raison des conflits, ainsi qu’au Kenya, au Soudan du Sud et en Somalie, en grande partie à cause de l’impact de saisons consécutives de pluies inférieures à la moyenne. Environ 329 000 personnes seront probablement confrontées à une catastrophe (Phase 5 de l’Ipc) au cours du second semestre de 2022 dans trois pays dont 161 000 au Yémen et ce, pour la cinquième année consécutive, 87 000 personnes au Soudan du Sud en raison des effets cumulés du conflit/de l’insécurité, des conditions météorologiques extrêmes et des défis macroéconomiques et 81 000 en Somalie surtout à cause de la sécheresse prolongée.

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Action collective urgente !

Certains pays confrontés à des crises alimentaires sont particulièrement vulnérables aux risques pour les marchés alimentaires créés par la guerre dans la région de la mer Noire, notamment en raison de leur forte dépendance à l’égard des importations de denrées alimentaires, de carburant et d’intrants agricoles et/ou de leur vulnérabilité aux chocs mondiaux des prix alimentaires.
Face à cette situation, le Grfc se veut un guide pour les décideurs de la communauté internationale. Le Réseau mondial contre les crises alimentaires y appelle à l’anticipation et à une action urgente pour atténuer les graves conséquences de la famine sur ceux qui connaissent déjà les niveaux les plus élevés d’insécurité alimentaire aiguë, ainsi que sur ceux qui souffrent de stress alimentaire. L’urgence est à la protection des vies et des moyens de subsistance et au soutien des systèmes de production durables là où ils sont nécessaires, insiste le Réseau.
Dans les contextes où la disponibilité alimentaire est limitée par la réduction des importations et l’accès à la nourriture réduit par la hausse des prix et la réduction de l’aide alimentaire humanitaire, le Réseau préconise que les décideurs fournissent un soutien aux agriculteurs pour augmenter leur productivité et améliorer leur accès aux marchés, ainsi qu’aux communautés rurales pour diversifier leurs moyens de subsistance et renforcer leur résilience aux chocs.
Pour ce faire, la communauté internationale est invitée à mobiliser les investissements et les dirigeants pour s’attaquer collectivement aux causes et conséquences de l’escalade des crises alimentaires dans les perspectives humanitaires, de développement et de paix. Il est question que le financement mondial de l’aide humanitaire et du développement en baisse depuis 2017, augmente afin de répondre aux besoins croissants. « Nous avons besoin de financements en urgence pour éviter à des millions de personnes dans des douzaines de pays qui sont au bord de l’inanition, de basculer dans ce gouffre et faire échec à cette crise mondiale avant qu’il ne soit trop tard », plaide M. David Beasley, dans un communiqué de presse conjoint Fao-Pam-Ue, en date du 4 mai.
Aussi, faut-il que l’aide humanitaire atteigne les populations les plus vulnérables, en l’occurrence dans les pays qui dépendent fortement des importations de denrées alimentaires, de carburant et d’intrants agricoles et/ou qui sont très fragiles aux chocs mondiaux des prix alimentaires, préconise le Réseau.