Raymond Djossou, chargé de la planification et du développement pour le Mono et le Couffo: « Des maires se préoccupent peu de leur Plan de développement communal »

Par Désiré C. VIGAN A/R Mono Couffo,

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Instauré par la loi 97-029 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes en République du Bénin, l’outil phare de gestion des collectivités territoriales, qu’est le Plan de développement communal (Pdc), peine à être mis en place, à temps, dans la plupart des départements. Le cas des communes du Mono et du Couffo où l’élaboration de la troisième génération des Pdc traîne depuis l’année 2015, illustre cette réalité. A travers cette interview, Raymond Djossou, chargé de la Planification et du Développement pour les deux départements met le doigt sur la responsabilité des acteurs politiques.

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La Nation : La Commission nationale des finances locales (Conafil), bras opérationnel du Fonds d’appui au développement des communes (Fadec), a imposé l’échéance du 30 septembre dernier aux communes qui n’ont pas encore leur Plan de développement communal, troisième génération (Pdc). Mais force est de constater qu’il y en a qui sont toujours à la traîne. Quel est le point de la situation dans le Mono et le Couffo ?

Raymond Djossou : Dans le Couffo, cinq Plans de développement communaux (Pdc) sur six sont approuvés. Le sixième Pdc, celui d’Aplahoué, a été validé le vendredi 3 octobre dernier. Il reste que le Conseil communal l’adopte avant qu’il ne passe à l’approbation.
Pour le compte du Mono, Lokossa et Athiémé, dans une moindre mesure, ont vu leurs Pdc approuvés sous réserve de l’intégration des observations. Celui de Comé est en cours. Bopa se trouve encore à l’étape de diagnostic. Houéyogbé n’a pas commencé. Grand-Popo entame la procédure en 2018.

Visiblement chaque commune va à son rythme. La mise en place du Pdc est-elle facultative ?

Non. La plupart des Pdc sont arrivés à échéance en 2015 et les maires devraient anticiper. Mais, sont-ils conscients que ce document est prioritaire ? Ils veulent toujours naviguer à vue et se préoccupent peu de la base sur laquelle les populations vont les juger à la fin de leur quinquennat. Puisque ce qui importe dans le bilan, c’est ce qu’ils ont prévu de faire et ce qu’ils n’ont pas pu faire.
S’il n’y avait pas la pression de la Commission nationale des finances locales (Conafil), qui a décidé d’en faire une conditionnalité à l’éligibilité au Fonds d’appui au développement des communes (Fadec), je parie que certaines communes n’auraient pas pu se doter de cet outil important de développement. On n’a pourtant pas besoin d’un gendarme avant d’élaborer le Pdc puisqu’il est la boussole de développement. Pour moi, cette situation pose un problème et je me dis que notre développement est hypothéqué.

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Outre la probable ignorance de la portée du Pdc, le retard observé quant à son élaboration n’est-il pas dû à l’absence de financement et aux manœuvres politiques au sein des conseils communaux ?

Non pas du tout. Les conseillers savent ce qu’ils font. Aucun conseiller ne s’est opposé, nulle part, à l’élaboration du Pdc. C’est surtout l’absence de moyens financiers dont on prétexte dans la plupart des communes, alors que le Pdc devrait être prioritaire et faire l’objet d’une provision.
Par ailleurs, si nous supposons que le manque de moyens est justifié, la loi permet de solliciter les services déconcentrés. Elle stipule que les expertises, mises à la disposition des mairies, sont d’abord les structures déconcentrées. A titre d’illustration, nous avons aidé Athiémé et Lalo à trouver un financement pour évaluer leur Pdc, deuxième génération. Dans la première commune, Athiémé, nous avons fait le diagnostic, dans le cadre du Pdc, troisième génération, sans prendre un kopeck. Il y a des activités payantes et celles non payantes prévues par le Guide d’élaboration du Pdc. Mais beaucoup de mairies ne contractent pas avec la direction départementale de la Planification et du Développement.

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Il se raconte que l’élaboration du Pdc se résume par endroits à un jeu de copier-coller au point où certains volets de ces documents se ressemblent. Qu’en dites-vous ?

Vous savez, les communes vont vous dire qu’on ne va pas réinventer la roue. L’année antérieure, c’était pire. Parce qu’un cabinet peut avoir plusieurs communes, voire toutes les six communes d’un département. Et dans ces conditions, on ne peut qu’avoir des documents qui se ressemblent. On retrouve à peu près le Pdc d’une commune dans une autre. Mais cette fois-ci, il y a eu des approches endogènes. Certaines mairies se sont appuyées sur l’expertise des cadres de la commune et ceux-ci ont réellement travaillé. Donc vous comprenez que les copier-coller ne sont plus importants.

Quel bilan peut-on faire des deux premières générations du Pdc ?

C’est un bilan mi-figue, mi-raisin. Parce que les communes se débattent mais pour appréhender réellement les résultats, on est confronté à l’absence des outils idoines devant prendre en compte les pondérations. Lesquelles pondérations ne peuvent s’obtenir sans l’élaboration des Plans de travail annuels qui font défaut, pour le moment, dans les communes. Celles-ci sont plutôt portées sur les Plans annuels de développement (Pad) qui ne sont qu’un fourre-tout. Dans ces conditions, on n’arrive pas à calculer le taux d’exécution physique réel. Il y a aussi l’absence des revues qui devraient se faire à mi-parcours et à terme. Difficile également d’estimer le taux d’exécution financière des Pdc?