Raymond Zounmatoun, directeur des normes et de la statistique du Travail: « L’exploitation économique des enfants est plus qu’un crime »

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Raymond Zounmatoun

L’année 2021 porte des actes forts en faveur de la lutte contre l’exploitation économique des enfants au Bénin. Raymond Zounmatoun, directeur des normes et de la statistique du Travail, à la direction générale du Travail, se veut formel sur l’échéance. Selon lui, la tolérance a longtemps privé la cible de ses droits. Il est temps d’agir.

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La Nation : Ces quatre dernières années, le nombre d’enfants, victimes du travail des enfants a augmenté de 8,4 millions dans le monde, selon une étude de l’Unicef et de l’Organisation internationale du Travail (Oit). Comment comprendre cette hausse, alors que les acteurs maintiennent la veille permanente contre le phénomène ?

Raymond Zounmatoun : Votre préoccupation fait l’objet d’une attention particulière en ce moment dans le milieu des acteurs de protection des enfants. La dernière évaluation de la situation des enfants au travail dans le monde, a démontré que nous avons enregistré un chiffre de près de neuf millions d’enfants de plus que la situation qui prévalait il y a quelques années, soit au total 160 millions contre 152 millions, du fait des effets conjugués de certains facteurs, notamment la Covid-19. Cette pandémie a surpris le monde entier. Ses effets socioéconomiques ont beaucoup affecté les familles. Or, le développement des capacités de l’enfant repose sur les conditions de vie familiale. La pandémie a beaucoup affecté les revenus de certaines familles. Tout ceci s’est répercuté sur les enfants, d’où le nombre élevé d’enfants victimes d’exploitation économique. Nous n’avons pas fini de gérer les conséquences. Cela porte en perspective les risques d’une augmentation plus accentuée du phénomène.

Selon les prévisions, neuf millions d’enfants supplémentaires seront encore contraints aux travaux forcés d’ici à fin 2022, afin d’aider leurs parents à supporter les charges familiales. Comment le Bénin compte-t-il s’y prendre pour en épargner les siens ?

Le Bénin a fait beaucoup d’efforts pour limiter les effets de la pandémie sur l’économie globale et sur les ménages. On peut souligner la création des conditions de résilience pour l’économie béninoise, l’aide directe à certaines familles, des appuis aux artisans…. Nous sommes l’un des rares pays à avoir mis en place des stratégies qui ont permis d’éviter le pire à notre population.
Nous observons la présence des enfants au niveau des carrefours et des feux tricolores, vendant des masques. On ne peut ignorer que ceci a eu des conséquences sur leur situation dans notre pays.
Avant d’engager des actions pertinentes sur un phénomène, il faut le maîtriser. Il est envisagé que nous fassions une étude exploratoire sur l’impact de la Covid-19 sur la situation des enfants au Bénin. Les données d’analyses vont nous servir de références pour agir. Le projet des cantines scolaires est déjà une alternative au maintien des enfants à l’école.

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L’Oit et l’Unicef estiment que pour la première fois en 20 ans, la tendance pour mettre fin au travail des enfants a été inversée. Où peut-on situer le Bénin lorsque nous tenons compte de cette tendance ?

Le Bénin est très engagé dans le processus d’élimination effective du travail des enfants à l’horizon 2025. L’année 2021 marque la première année du quinquennat qui va nous conduire à cette échéance. Les stratégies que nous mettons en œuvre permettent d’espérer que nous serons au rendez-vous. Depuis 20 ans, la situation est maîtrisée dans certaines régions du monde. L’Afrique subsaharienne continue d’être la zone à forte prévalence du travail des enfants dans le monde. Le Bénin se situe dans le cercle des pays qui font des efforts.

Comment peut-on mesurer ces efforts ?

En 2014, nous étions à 52,5 % soit plus d’un enfant sur deux. Selon les résultats de l’Enquête démographique et de la Santé, entre 2017 et 2018, nous étions à 33 %. Si nous maintenons cette tendance et en gérant au mieux les effets de la Covid-19, nous serons à un niveau acceptable à l’échéance fixée. Il est évident que parvenir à un niveau zéro du travail des enfants est un défi important.

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L’inquiétude des deux institutions se fonde sur l’augmentation du nombre d’enfants de 5 à 11 ans et ceux de 5 à 17 ans soumis à des travaux dangereux. Qu’est-ce qui est envisagé en faveur de ces enfants, en collaboration avec les communautés rurales, étant donné que le phénomène trouve sa source dans ces milieux ?

Nous mettons l’accent sur la mobilisation sociale sur le terrain à travers les appels à la prise de conscience, la communication pour le développement et la mise en place des comités de veille au sein desquels, les acteurs à la base sont chargés d’assurer eux-mêmes, la veille. Cette stratégie commence par produire des résultats. Les centres de promotion sociale ne sont pas toujours connus comme des services auxquels, il faut se référer en cas d’abus sur les enfants.
Qu’est ce qui est disponible en termes de couverture sociale au profit des enfants ?

En termes de protection sociale, nous avons mis en place le paquet minimum de protection de l’enfant. Il s’agit d’un ensemble de services offerts à l’enfant lorsqu’il se trouve dans une situation de vulnérabilité. Sa situation est prise en charge en termes de réintégration, de protection sociale, d’offre de services élémentaires de base (kits scolaires, prise en charge de l’alimentation, vêtements, soins de santé, suivi).

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La prise en charge de l’alimentation des enfants vulnérables diffère-t-elle des cantines scolaires ?

Les cantines scolaires se développent directement dans les écoles. Il y a des disponibilités pour résoudre les problèmes d’alimentation au niveau des Cps. Ces services sont gratuits au niveau desdits centres.
Il y a donc de quoi se réjouir en ce qui concerne la lutte contre l’exploitation économique des enfants ?

L’exploitation économique des enfants est plus qu’un crime. Lorsqu’un enfant se retrouve dans cette situation, c’est non seulement son passé, mais aussi son présent et son avenir qui sont volés par celui qui l’exploite. Des enfants se retrouvent dans des situations où la charge à laquelle ils sont soumis les écrase. Ces situations les conduisent parfois à la mort. La traite des enfants compromet la vie des victimes, de la communauté et de la Nation. Dans leur aspect pénal, les textes qui régissent la situation des enfants prévoient des peines très dures contre les auteurs.

Mais les règlements à l’amiable contournent souvent ces dispositions…

Dans le cadre des actions du Comité directeur national de lutte contre le travail des enfants au Bénin, les acteurs de protection seront intransigeants sur l’application rigoureuse des textes à partir de cette année. L’Etat et ses acteurs s’emploieront désormais à porter devant la justice, les auteurs et les co auteurs de ces actes. Pendant longtemps, nous avons essayé d’être tolérants. Nous avons décidé de mettre fin à l’impunité à partir de 2021.