Réforme du système partisan au Bénin: Nécessité d’enraciner la démocratie et la formation citoyenne

Par La Redaction,

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La classe politique béninoise ne rassure plus. Telle est de nos jours la conviction de plusieurs citoyens béninois. A la question de savoir pourquoi cette classe politique est peu crédible, la réponse ne tarde pas à venir : les partis politiques sont réduits à des clubs électoraux ! Nous avons donc affaire à une relation de causalité. Nous pouvons aisément dire que le malheur de la classe politique se trouve dans le fonctionnement hasardeux des partis politiques. 

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Pour que la classe politique béninoise retrouve ses lettres de noblesse et la crédibilité qu’on attend d’elle, il faut une chose : restaurer les partis politiques. Sinon, le Bénin court le risque du suicide de la démocratie. Et pour cause !
Que peut-on dire de la démocratie en occultant le role irremplaçable des partis politiques ? C’est au sein des partis politiques en l’occurrence que le débat de l’organisation de la société est véritablement mené en amont. C’est au sein des partis politiques que des citoyens apprennent à développer la culture démocratique à travers leur engagement à se préoccuper de l’avancée de la nation. C’est au sein des partis politiques que des projets de société sont bâtis sur la base des aspirations des populations à la base. C’est aussi au sein des partis politiques que des moyens de conquête du pouvoir sont conçus et mis en œuvre.
Les partis politiques s’érigent ainsi en un véritable outil de transformation de la société démocratique.

I- Historicité et mutations des premiers partis politiques

L’historicité des premiers partis politiques se fonde sur les origines lointaines et celles déterminantes qui ont conduit à leur création.

A-Les origines lointaines

Au XIIIe siècle en Grande-Bretagne, pendant la période coloniale, le choix sur certains citoyens chargés d’élaborer des lois pour la cité se faisait par des élections.1 A partir du XVIIe siècle, les Etats-Unis d’Amérique, sortis du joug colonial de la Grande-Bretagne, firent aussi des élections ; ces élections ont permis d’une part de désigner des citoyens compétents pour élaborer des lois susceptibles de régir la société, et d’autre part de procéder à la désignation des dirigeants ou gouvernants.
Ces différentes pratiques électives qui s’observaient dans la prise de certaines décisions engageaient la vie des sociétés: « Cette pratique élective a été suivie d’un élargissement progressif du droit des citoyens à exprimer leurs vues sur les questions politiques et à chercher et diffuser l’information ».2
Mais cette petite possibilité qui permettait aux citoyens d’émettre leurs opinions sur les sujets les concernant et concernant leur cité, ne leur garantissait pas le droit de se constituer en toute évidence en association pour des fins politiques. L’obtention d’un tel droit ou d’un tel privilège mettra beaucoup de temps. Jusqu’au XVIIe siècle, le droit des citoyens de se regrouper dans un creuset politique pour mener des réflexions sur l’organisation de leur cité et la gestion qu’en font leurs dirigeants n’était pas chose effective.
En effet, les périodes précédentes ont été celles où l’affirmation des Droits de l’Homme et des libertés n’était pas des principes acquis par les individus. L’usage de la force, de la contrainte, de la tyrannie, de l’oppression et de la servitude régnait en maître et compromettait la volonté des citoyens de vivre épanouis. Cela est d’autant plus évident du fait de la dépendance de certaines colonies par rapport aux puissances colonisatrices comme la Grande-Bretagne. Les dirigeants craignaient une implication active et dynamique des groupes constitués des citoyens, et ce, par rapport à la gestion de la cité.

B- Les origines déterminantes :

Mais au début du XVIIIe siècle, les citoyens pouvaient enfin sortir de leur clandestinité pour exposer à la face de l’opinion nationale leur point de vue sur la gestion courante des affaires de leur cité. Ainsi, « au sein des organes législatifs, les organisations politiques qui n’étaient auparavant que des « factions» sont ainsi devenues des partis politiques. Les membres de la majorité au pourvoir-les « ins»-s’opposaient à ceux qui étaient au dehors-les « outs »-, lesquels, en Grande-Bretagne, allaient officiellement former « la loyale Opposition à Sa Majesté»3. Cette organisation de la vie politique en Grande-Bretagne présageait l’implication plus tard des citoyens dans la manière avec laquelle les dirigeants se comportaient dans la gestion des biens du peuple. Le Roi et ses conseillers ou son collège n’étaient plus totalement libres dans la prise des décisions engageant la vie de la cité. Ainsi, «dans l’Angleterre du XVIIIe siècle la faction soutenant le monarque et celle qui lui était opposée, constituée par la majeure partie de la noblesse rurale, allaient progressivement se transformer en Tories (conservateurs) et Whigs (libéraux)».4 L’idée ne va pas se limiter seulement à l’Angleterre. Elle s’étendra aux autres nations où les principes de la démocratie sont de mise dans la gestion des affaires de la cité. Ainsi en Suède, l’organisation politique prit un nouvel élan et une autre recomposition. En effet, « au parlement de Suède, à la même époque, les membres des partis adverses se dénommaient eux-mêmes, non sans facétie, les Hats et les Caps-les « chapeaux» et les «bonnets ».5
Au terme de leur congrès constitutif de Philadelphie de 1787, les Etats-unis d’Amérique décidèrent eux aussi d’adopter une organisation politique qui confère aux citoyens les prérogatives pouvant leur permettre de s’impliquer dans la gestion du pouvoir. En effet, l’avènement des premiers partis politiques dans cet Etat fédéral est dû à la mobilisation des citoyens sur toute l’étendue du territoire national6 contre John Adams qui visait à dissuader les nationaux à ne pas accueillir favorablement la politique de John A. qui prônait la fédération des Etats qui ont recouvré leur souveraineté pour en faire des Etats fédérés ayant un gouvernement fédéral avec des prérogatives exorbitantes :
« pour faire valoir leurs vues, ils ont pris rapidement conscience qu’ils ne pouvaient se contenter de s’opposer aux fédéralistes au gouvernement et au congrès: il fallait ravir le pouvoir à leurs adversaires. Pour y parvenir, force était de remporter les élections nationales, ce qui exigeait qu’ils organisent leurs partisans à travers tout le pays. En moins d’une décennie, Jefferson, Madison et leurs sympathisants ont créé un parti politique, une organisation structurée et verticalement jusqu’aux plus modestes circonscriptions, districts et municipalité, qui renforcerait la cohésion de leurs partisans entre et pendant les campagnes électorales et s’assureraient de leur participation effective au scrutin ».7 Il faut rappeler que le parti mis sur pied par Jefferson s’imposa comme « le premier parti électoral d‘assise populaire jamais créé dans le monde ».8

II- Les partis politiques et la culture démocratique

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La culture démocratique peut s’entendre comme l’ensemble formé par des idées et attitudes qui conduisent les citoyens à se préoccuper de façon permanente du respect des principes démocratiques. Ainsi, avec une telle volonté sans cesse renouvelée de se conformer aux règles de démocratie, les citoyens développent en eux et autour d’eux des aptitudes qui sont à même de leur permettre d’être aptes et favorables à l’appropriation et à l’application des exigences de la démocratie. Robert Dahl insistera sur le fait « qu’une culture démocratique mettra certainement l’accent sur la valeur de la liberté individuelle et assurera, du coup, la promotion de droits et de libertés supplémentaires… Celle-ci contribuera à former des citoyens adhérant à un certain nombre de principes : la démocratie et l’égalité politique sont des objectifs à rechercher ; l’armée et la police doivent être placées sous l’autorité du pouvoir civil ; il est nécessaire de maintenir la place des institutions démocratiques fondamentales… les différences et divergences politiques internes doivent être tolérées et protégées ».9
Au vu de ce qui précède, il ressort que la culture démocratique permet une meilleure implication des citoyens dans la construction d’une société qui garantisse à ces derniers l’épanouissement et la prospérité. Mais cette culture démocratique ne peut être chose effective ou une réalité que lorsque les partis politiques seront fortement mis à contribution.
En effet, en tant que espace de formation et de mobilisation des citoyens en vue de la conquête du pouvoir, les formations politiques constituent de toute évidence le cadre par excellence où des réflexions et des aptitudes liées à la promotion de la culture démocratique sont à même d’être suscitées et développées. Dans leur volonté de se sentir responsables et interpellés par la gestion des biens de la nation, les citoyens sont appelés à s’imprégner des valeurs et principes démocratiques : « pourquoi les institutions démocratiques ont-elles pu survivre aux crises dans certains pays et pas dans d’autres ? », se demande Robert Dahl. A cette question, lui-même apporte la réponse : « … la stabilité de la démocratie est beaucoup mieux assurée dans un pays où les citoyens et les responsables politiques sont solidement acquis aux idées, aux valeurs et aux pratiques démocratiques. La démocratie trouve son meilleur soutien lorsque ces convictions sont profondément enracinées dans la culture nationale et transmise de génération en génération : en d’autres termes, lorsque le pays possède une culture démocratique».10
Les partis politiques constituent entre autres, le cadre favorable à l’apprentissage de ces vertus démocratiques. La démocratie, pour servir réellement l’animal politique qu’est l’homme, a besoin de démocrates. Et le démocrate ne se décrète pas ; il se forme à l’école de l’assimilation des vertus démocratiques. Cette école, ce cadre approprié, ce sont les partis politiques qui «améliorent…l’éducation civique des citoyens et leur connaissance des problèmes politiques, leur apportent, avec l’indispensable information, de multiples occasions de discuter, débattre et acquérir les compétences nécessaires à l’exercice de la politique ».11

B- Les partis politiques et la bonne gouvernance

Le désir de tout citoyen est de voir les biens de la nation être gérés selon les règles de l’art. Depuis l’époque de Socrate12, on préconisait déjà avec insistance, la bonne gestion des affaires publiques, en critiquant l’égoïsme et la cupidité des détenteurs du pouvoir relativement détachés des maux sociaux de l’époque. 13
Pour réussir cette gouvernance, il faut des citoyens épris des valeurs y afférentes ; et les partis politiques où se forgent les personnalités à même de présider aux destinées de la nation constituent le cadre favorable pour promouvoir une telle pratique. La bonne gouvernance est un attribut de la démocratie.
Les partis politiques ont pour tâches essentielles la formation des citoyens qui désirent s’engager dans la vie publique, mais aussi la mobilisation des groupes d’individus à travers un projet de sociétés en vue de conquérir le pouvoir. Outre ces objectifs conférés par la charte de fonctionnement des partis politiques en République du Bénin, il leur est également reconnu le devoir de promouvoir le respect et la défense des droits de l’Homme, le respect du bien public, la lutte contre le régionalisme le racisme, l’ethnocentrisme…
En s’attelant à ces tâches républicaines, les formations politiques contribuent substantiellement à l’institutionnalisation de la bonne gouvernance, et ce, dans le temps présent et pour les générations à venir ; cela constituera en quelque sorte le legs d’un héritage institutionnel. Car il faut faire observer que la bonne gouvernance se caractérise « par la participation, la responsabilité, la transparence, la primauté du droit, la recherche de l’efficience, de l’efficacité et de la justice pour tous. Elle intègre non seulement l’Etat, mais aussi le secteur privé et la société civile dans le cadre d’une division et d’une complémentarité des tâches ».
Par le devoir permanent de former les membres, la régularité des débats sur les affaires publiques, et des prises de positions objectives sur la gouvernance, les partis politiques offrent une culture des principes caractéristiques de la bonne gouvernance qui, faut-il le rappeler, doit constituer le point de convergence des actions des formations politiques, sans exception aucune. Une fois donc présidant aux destinées de la nation, les formations politiques n’auront normalement qu’à faire montre de leurs capacités en matière de gestion de la chose publique pour conduire à bon port les aspirations du peuple.

III- Les réformes institutionnelles et structurelles

A- L’indispensable présence des partis politiques au sein du Parlement

Tout parti politique a pour principal objectif d’exercer le pouvoir, et ce, par le biais d’un projet de société. Cela suppose au préalable son implication dans l’animation de la vie politique nationale. Cette participation active et dynamique à la gestion des affaires de la nation peut se faire sous plusieurs formes : les débats au sein du parti, les sorties médiatiques, l’organisation des séminaires de réflexion, mais aussi et surtout, la participation aux activités au sein du pouvoir législatif. L’Assemblée nationale, en tant que deuxième pouvoir de la République, constitue le lieu et l’institution par excellence où se mènent des débats d’idées entre différents partis politiques, et ce, sur des questions engageant la vie de la nation…
En effet, selon l’article 96 de la loi fondamentale,15 « l’Assemblée nationale vote la loi et consent l’impôt », et l’article 98 précise les règles qui sont du domaine de la loi ; il s’agit de :
« La citoyenneté, les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques, le statut général de la fonction publique… ».16 Le rôle du parlement dans la politique nationale de développement s’avère donc important ; il constitue « le champ d’action approprié à cet effet … Il est indispensable de leur assurer (les partis politiques), de quelque façon, une participation et une influence continues sur le processus de formation de la volonté politique».17
L’Assemblée nationale étant constituée uniquement que des députés encore appelés élus du peuple, ce serait évident de contraindre les partis politiques à se faire absolument représenter au sein de ce haut lieu de décision politique. En effet, la présence obligatoire d’au moins un député d’un parti politique se justifie par le fait que c’est au sein du parlement que se décident à grande échelle les politiques de développement de la nation. Et tout parti politique qui n’y aurait pas au moins un député pour le représenter ne peut prétendre être utile à la nation. Ce parti pourrait perdre certains avantages comme l’aide financière de l’Etat aux partis politiques mais aussi, ou l’interdiction de prendre part à deux élections législatives, locales et présidentielle à venir.
Il serait souhaitable que tout parti politique qui ne parviendrait pas au terme des élections législatives ou locales à disposer d’au moins un député et un conseiller respectivement au parlement, et au sein du conseil communal doit au risque de se voir appliquer la mesure ci-dessus citée se rallier à un autre parti qui se serait conformé aux prescriptions. Car « un parti politique est une organisation durable articulant une action locale et nationale dont les dirigeants ont pour volonté la conquête et l’exercice du pouvoir politique grâce à la recherche d’un soutien populaire ».18
Ces mesures n’ont que pour objectif de faire des partis politiques de véritables espaces à partir desquels des citoyens se préparent pour exercer le pouvoir. Ainsi, les partis politiques n’attendront plus la période des élections pour mettre en état de veille leurs militants ou les citoyens comme c’est le cas au Bénin.

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A- Vers l’institutionnalisation de «La maison des partis politiques »

L’engagement de tout citoyen dans la vie publique ainsi que l’exercice par ce dernier de responsabilités publiques et politiques sont comparables à un sacerdoce qui exige apprentissage et formation permanents. L’objet de la présence du citoyen sur la scène publique, c’est bien évidemment son dévouement pour la cause commune, la gestion efficace et efficiente des biens de la nation. Cette responsabilité ne saurait être confiée à tout individu, c’est-à-dire, tout citoyen qui n’aurait pas au préalable des prédispositions sur les notions de biens publics, nation, service, culture démocratique, probité, transparence, patrie, patrimoine national…
La nécessité d’instituer un cadre permanent de réflexion et de formation pour une responsabilité plus accrue du citoyen et une dynamique des partis politiques s’avère importante. Ce cadre institutionnel peut porter le nom de « La Maison des partis politiques », à l’instar de la « Maison des Médias Thomas Mègnassan» qui, après plusieurs années d’existence, a joué un rôle prépondérant dans l’affirmation de la presse béninoise dans le processus de consolidation de notre jeune démocratie.
Outre les médias, la société civile dispose aussi à son niveau d’un cadre de rencontre, de concertation, de formation et de veille permanente, aux fins d’apporter sa pierre à l’édification d’une société de démocratie. La même expérience peut être aussi faite au niveau des partis politiques ; seulement dans le cas d’espèce, l’acte de naissance de « La Maison des partis politiques » doit émaner de l’Assemblée nationale qui, de concert avec l’Exécutif, élaborera une charte de fonctionnement de cette institution. Celle-ci aura à sa tête un organe directeur qui pour sa crédibilité sera composé de députés en activité et hors d’activité, de représentants du Gouvernement, de professeurs d’universités, d’hommes politiques, tous marqués par une expérience de l’histoire politique de notre pays.
La tâche principale de cet organe directeur consistera à se préoccuper en permanence de la formation des jeunes, des chefs de partis politiques et de toute personne qui nourrit le désir de s’engager dans l’animation de la vie publique et politique du Bénin. « La Maison des partis politiques» aura également à émettre ses points de vue sur la dynamique des partis politiques au Bénin, et ce, à travers des rapports, des investigations, des séminaires …; dans cette volonté de redonner aux formations politiques leur lettre de noblesse, «La Maison des partis politiques» s’évertuera à concevoir des idées en vue de susciter au sein du parlement ou du gouvernement des propositions ou projets de loi allant dans le sens de l’affirmation des partis politiques au cœur du processus démocratique amorcé par le Bénin depuis février 1990.

IV- La question de la réhabilitation de « l’animal politique »

L’article 35 de la loi fondamentale prévoit : « les citoyens chargés d’une fonction publique ou élus à une fonction politique ont le devoir de l’accomplir avec conscience, compétence, probité, dévouement et loyauté dans l’intérêt et le respect du bien commun ».19 Au regard de l’évolution de la vie politique, économique, sociale et culturelle de notre pays depuis 1990, cette disposition constitutionnelle semble ne pas préoccuper la classe politique et les cadres béninois. C’est pourquoi, il urge que des suggestions allant dans ce sens soient faites.

L’homme politique devant
les faits

Les hommes politiques (pour la plupart d’entre eux) du fait des nombreux cas de mauvaises gestions, de dilapidations des biens publics, de la gabegie financière, de la corruption…, semblent avoir perdu toute crédibilité devant les citoyens. Et pour cause : « les difficultés quotidiennes en matière de santé, d’éducation et de survie tout simplement avaient largement frustré le peuple…, les instances habituelles de mobilisation, notamment les partis politiques ont simplement déserté le forum ».20
A l’approche des élections, les hommes politiques sont perçus comme des bailleurs de fonds, rassembleurs de foule, grands orateurs, des leaders apparemment décidés à vouloir mener une lutte implacable contre la paupérisation, la misère ambiante dans laquelle végètent les populations. Mais après leur descente même dans les hameaux les plus reculés, avec à la clé l’espèce sonnante et trébuchante, des vivres, du matériel de tous genres, c’est à peine une fois avant les élections à venir que les populations les reçoivent: « ainsi, on a vu des jeunes gens des localités rurales se mobiliser pour accueillir tous les leaders qui parcourent leur localité et recueillir systématiquement les dons en nature et en espèce dont les hommes politiques semblent particulièrement prolifiques en période électorale ».21
Autre fait qui amène de plus en plus les populations à perdre toute considération à l’égard des hommes politiques, c’est l’opulence dans laquelle vivent certains d’entre eux qui accèdent aux milieux politiques. En effet, point n’est besoin de rappeler le constat selon lequel tous ceux qui s’adonnent à la politique dans notre pays changent momentanément de mode de vie et deviennent en l’espace de quelques mois des hommes nantis ou tout quand même mieux confortés qu’auparavant. C’est à croire par conséquent que la politique est pourvoyeuse de richesses ; elle nourrit considérablement son homme au Bénin, un métier presque ! C’est alors qu’aujourd’hui beaucoup de jeunes optent pour le milieu politique aux fins de se faire une fortune :
« Ainsi, en est-on arrivé à entendre des jeunes élèves et étudiants rétorquer à leurs parents ou enseignants qui les rappellent à la nécessité du travail et de la persévérance que telle personnalité politique ou du monde des affaires n’a pas atteint leur niveau scolaire ou, pire encore n’a pas « d’affaires propres » et pourtant elle est vénérée dans la cité ».22 Cette situation a été malheureusement renforcée par de nombreux cas de détournements, de corruptions, de prévarications crasseuses ou d’autres manipulations frauduleuses; le phénomène « d’achat d’hommes politique » en l’occurrence des députés à l’Assemblée nationale relayé par la presse renforce la déconsidération des populations vis-à-vis des leaders politiques : les déclarations de la députée Rosine Soglo en décembre dernier lors du vote de rejet de recevabilité du projet de révision de la Constitution du Bénin est encore gravées dans les mémoires.23

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La formation de l’élite
béninoise

L’élite est définie selon le Dictionnaire Larousse comme «l’Ensemble des personnes les plus remarquables (d’un groupe, d’une communauté) »24 ; les élites peuvent être aussi définies comme des citoyens épris de l’amour du travail bien fait, de la justice, du respect de la législation, du patriotisme… Il s’agit dans le cas d’espèce en l’occurrence des leaders politiques, – les militants de partis politiques, conseillers communaux, maires, députés, ministres…-, qui doivent être amenés à se rendre compte de l’enjeu de la politique et par ailleurs contraints à observer ses exigences. Il faut même penser à son introduction à la base :
« …la formation politique est en tant que préoccupation importante de la société mise en œuvre au niveau des écoles, des universités, des partis politiques, des syndicats, des églises et des associations… Elle aborde aussi bien des questions relatives à la définition de la politique et à ses répercussions sur le système démocratique que la sauvegarde et l’approfondissement de la démocratie par le biais de la formation civique et politique»25. L’espace politique doit être amené à constituer un cadre de mobilisation des citoyens épris du bien de tous, et par conséquent, une activité qui requiert de la part de ceux ou celles qui veulent s’y adonner des vertus, des qualités, des compétences :
« une réelle réhabilitation de l’Homme politique peut consister en une application réelle des règles d’incompatibilité entre les activités politiques et certaines fonctions ou professions. Une vraie réhabilitation peut consister en l’élection ou en la promotion de citoyens aux compétences professionnelles établies, à la probité morale reconnue… »26 .
Cela peut tout simplement rimer avec la rigueur observée dans le choix des membres des institutions de la République.27 Ainsi, selon par exemple les dispositions de l’article 115 de la constitution pour ce qui concerne les membres de la Cour constitutionnelle, il est demandé que «outre la condition de compétence professionnelle, il faut être de bonne moralité et d’une grande probité ».
La démocratie a besoin de démocrates ; et le démocrate, c’est celui qui se met au service de son pays à travers le mode politique d’organisation politique retenu. A cet effet, les dirigeants politiques doivent davantage permettre à la justice de s’auto-saisir des cas de malversation financière, de corruptions, de détournement de deniers publics ; cela contribuera à amener ceux en charge de la gestion des biens de la nation à faire montre d’une transparence totale dans l’exercice de leurs fonctions respectives. Car, le règne de l’impunité au Bénin a fait croire à certaines personnes qu’on peut faire la politique au Bénin sans craindre d’aller en prison. L’engagement des citoyens sur l’arène politique doit certes être encouragé mais des garde-fous ne doivent pas manquer d’être prévus en cas de malversations ou autres infractions.
En conclusion, la politique telle que pratiquée au Bénin ne rassure toujours pas les citoyens: «… l’élection de mars 2006 a montré que les partis politiques ont été absents pendant les grands débats politiques »28. Au vu de cela, il faut trouver d’autres alternatives pour faire comprendre au peuple qu’il a son rôle à jouer dans la construction d’une société où il fera bon vivre pour tout le monde : « la noblesse de l’engagement politique est indéniable. Les abus qui existent ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt de tous ceux qui, animés par le souci de la justice et de la solidarité, se dépensent pour le bien commun et conçoivent leurs activités comme un service et non comme un moyen de satisfaire leur ambition personnelle»29

*Observateur de la vie
politique et auteur