Réformes dans le système sanitaire : entre espoir et craintes

Par Eric TCHOGBO,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Réformes dans le système sanitaire : entre espoir et craintes


La santé fut l’un des secteurs les plus secoués au cours de l’année 2017 avec les réformes envisagées par le gouvernement du président Patrice Talon. La crainte d’une application cavalière de ces réformes a engendré de sérieuses perturbations dans les centres de santé. Celles-ci auront-elles d’impacts sur la réalisation des grands travaux annoncés par le chef de l’Etat dans son discours à la nation, le 22 décembre dernier ?

LIRE AUSSI:  Bicentenaire de l’intronisation du roi Guézo: Les manifestations auront lieu du 3 au 17 novembre prochain

Le domaine de la santé est mal géré en Afrique en général et au Bénin en particulier. On note des difficultés d’accès aux soins de santé, des plateaux techniques inadéquats, le manque ou l’insuffisance d’agents de santé qualifiés, le détournement de produits pharmaceutiques et la corruption. Toutes choses qui fragilisent le secteur de la santé. Une telle situation nécessite un diagnostic profond pour en identifier les causes afin d’apporter des solutions idoines. C’est pourquoi le chef de l’Etat, Patrice Talon a accordé une part très importante à l’étude des maux qui minent le domaine de la santé au Bénin.
Dans le cadre des réformes du système de santé, le Conseil des ministres en sa séance du mercredi 26 juillet dernier a adopté le rapport de la Commission technique chargée des réformes de santé. Instituée par le décret 2016-514 du 24 août 2016, cette commission a pour but de proposer, sur la base d’une réflexion stratégique, une réorganisation du secteur propre à garantir aux populations une large couverture en soins de santé plus efficaces et plus efficients. Elle a travaillé pendant plusieurs mois et a présenté son rapport le 19 juillet 2017. Lequel rapport renseigne que la commission a fait un état des lieux à travers une analyse approfondie du système de santé. Il en ressort des sources d’inefficacité révélées et des propositions de solutions pour un système de santé digne du nom.
Selon ce rapport, la réforme du système de santé requiert, entre autres, premièrement, la mise en place de l’Autorité de régulation du système de santé (Ars). Sa création est motivée par la nécessité de corriger les carences observées en matière de régulation et de contrôle de la qualité des pratiques. L’Ars aura ainsi pour mission d’assurer l’amélioration de la qualité des soins et la régulation du système de santé dans les secteurs public et privé. Deuxièmement, le Conseil national des soins de santé primaires (Cnssp) dont la création a été motivée par la nécessité d’assurer une meilleure coordination des interventions et une gestion plus rationnelle des ressources. Il a pour mission d’élaborer et de veiller à l’application de la politique sanitaire nationale dans son volet des soins de santé primaires. Troisièmement, le Conseil national de la médecine hospitalière (Cnmh) aura pour mission d’élaborer et de veiller à l’application de la politique sanitaire nationale dans son volet hospitalier. La Commission a suggéré également la réorganisation structurelle du ministère de la Santé lui-même et une démarche pour conduire la réforme, ainsi qu’une feuille de route pour y parvenir.

LIRE AUSSI:  Pour un aboutissement heureux du Pag: Allada appelle Talon à briguer le second mandat

Le gouvernement préoccupé

En plus du rapport de la commission, le gouvernement a adopté un projet de décret portant création du comité de mise en œuvre des réformes du système de santé. Lequel, une fois mis en place, aidera à faciliter la mise en œuvre des recommandations, car il appréciera les suggestions faites et aidera à la mise en œuvre des réformes. Au-delà de la réforme institutionnelle, il a été envisagé le partenariat public privé à travers la délégation de service public, à savoir l’affermage, la régie intéressée, la gérance et la concession pour optimiser la mobilisation des ressources, le transfert de connaissances et la performance au niveau du système de santé. Cette logique va permettre de transférer le savoir-faire du secteur privé au secteur public et de recourir aux capitaux privés afin de réduire le besoin d’endettement public.
Par ailleurs, le ministre du Travail de la Fonction publique et des Affaires sociales, Adidjatou Mathys, était le mardi 16 mai 2017 sur la chaîne de télévision nationale (Ortb), dans l’émission « Bénin révélé », au cours de laquelle elle a levé un coin de voile sur l’un des « projets phares» du gouvernement, l’Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch).
Le premier volet de ce projet consiste à favoriser l’accès des tous aux soins de santé sur toute l’étendue du territoire national. Elle s’impose à tous les résidents au Bénin et donc, est obligatoire. Notamment, les plus pauvres ou les personnes démunies sans occupations, sont entièrement pris en charge par l’Etat. Pour les moins pauvres, l’Etat assume leur assurance maladie à hauteur de 40 %. Les personnes riches et les professionnels individuels se prennent eux-mêmes en charge, de même que les employés du secteur privé au moyen d’une cotisation versée par leurs employeurs. En ce qui concerne les fonctionnaires d’Etat, c’est l’Etat qui paye leur prime d’assurance maladie à travers un prélèvement salarial.
L’assurance maladie, dira Adidjatou Mathys, est en priorité destinée aux travailleurs du secteur informel, béninois ou non, mais résidant sur le territoire national. En priorité, elle prendra en priorité en compte les plus démunis et sera obligatoire. Mais une fois le diagnostic posé, les solutions péconisées n’ont pas reçu l’assentiment de tous les acteurs de la santé.

LIRE AUSSI:  Bicentenaire de l’intronisation du roi Guézo: Les manifestations auront lieu du 3 au 17 novembre prochain

Des mouvements de débrayage

Les différentes réformes annoncées ont entraîné des réactions de la part des acteurs de la santé. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est l’adoption en Conseil des ministres du mercredi 26 juillet 2017, du rapport de la commission technique mise en place par décret en août 2016, et chargée de faire des propositions de réformes du système sanitaire béninois.
Dans le résumé du rapport fourni par la commission, les réformes proposées n’ont pas eu l’assentiment des partenaires sociaux, ni même des cadres du ministère de la Santé. Car, disaient-ils, les solutions envisagées ne sont pas adaptées à la réalité béninoise et ne correspondent même pas aux diagnostics posés par la commission elle-même.
Plusieurs griefs sont portés à l’encontre du gouvernement. Selon le porte-parole du collectif des syndicats du secteur de la santé, Adolphe Houssou, l’affermage et la mise en concession constituent une privatisation déguisée des hôpitaux, alors que la santé fait partie des fonctions régaliennes de l’Etat, les questions d’inégalité d’accès aux soins et de financement des hôpitaux n’ont pas été prises en compte dans le rapport de la commission.
Ceci, leur avait permis d’exiger du gouvernement de rendre public ledit rapport. La décision de création d’un comité technique de mise en œuvre desdites réformes devrait être purement et simplement rapportée, et une commission regroupant les représentants des acteurs sociaux et des différents corps doivent être mise sur pied, afin d’étudier à fond le rapport de la commission des réformes et de faire les propositions subséquentes ».
Il estime qu’on veut perpétuer dans tous les secteurs de la vie sociale la situation peu reluisante du pays caractérisée, entre autres, par la mise en panne du dialogue social, la liquidation des sociétés d’Etat et celle programmée des hôpitaux, et la mise en concession du seul hôpital de référence, le Centre national hospitalier universitaire (Cnhu-Hkm). Les multiples rencontres avec les délégations gouvernementales et surtout avec le chef de l’Etat ont permis d’aboutir à une trêve?
Les grands chantiers annoncés par le chef de l’Etat

LIRE AUSSI:  Semaine de l’Internet édition 2015: Un outil pour avoir le monde à portée de main

Les différentes réformes annoncées par le rapport de la commission n’ont pas échappé au discours du chef de l’Etat à la nation le 24 décembre dernier. Au plan sanitaire, le chef de l’Etat se dit ne pas être satisfait du fait que «57 ans après notre indépendance, notre système de santé soit si défaillant face aux attentes légitimes de nos populations ».
A ce propos, la poursuite des travaux de construction des hôpitaux de zone d’Allada et de Pobè, le lancement des travaux de construction des autres hôpitaux de zone déjà planifiés, le projet en cours de finalisation du nouvel hôpital universitaire de référence internationale d’Abomey-Calavi, la lutte contre les faux médicaments, visent à améliorer les conditions socio-sanitaires des populations et leur accès à des soins et services de qualité.
Il a rappelé que plusieurs réformes touchant le cadre institutionnel et le fonctionnement du secteur de la santé devront assurer sa dépolitisation et une plus grande professionnalisation de ses acteurs ainsi que l’amélioration des plateaux techniques.
Les profondes réformes institutionnelles initiées au niveau du Conseil national de lutte contre le sida, la tuberculose, le paludisme, les infections sexuellement transmissibles et les épidémies, confèrent à son Secrétariat exécutif une responsabilité de premier ordre dans la réflexion, l’innovation et la prévention des fléaux dans notre pays. Au plan social, dit-il, l’action du gouvernement vise à assurer l’égalité des soins de qualité et des avantages sociaux.
C’est la raison d’être du projet d’Assurance pour le renforcement du capital humain dont les premières prestations seront perceptibles vers la fin de l’année 2018.
A cet effet, les différentes études d’étapes avec les partenaires techniques et financiers progressent convenablement, a-t-il rassuré, avant de rappeler également que le projet Arch est un projet qui favorisera l’assurance maladie pour tous, y compris les plus pauvres qui bénéficieront davantage de formations et de microcrédits. Mais d’ores et déjà, en dépit des dysfonctionnements relevés et en cours de correction, le gouvernement a relancé les microcrédits avec plus de rigueur.