Réformes et innovations: Le nouveau visage de l’enseignement supérieur

Par Fulbert Adjimehossou,

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UAC Cotonou

Les universités publiques ne sont pas épargnées par la vague de réformes que connait le Bénin ces dernières années. L’enseignement supérieur enregistre de nombreux changements dont la finalité est d’y induire performance, meilleurs rendements, meilleure formation et par ricochet le développement.

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Les acteurs de l’enseignement supérieur ne mettent plus les gants pour diagnostiquer les maux qui minent les universités publiques. Impossible d’envisager l’enseignement supérieur au Bénin sans faire référence au séminaire sur la stratégie de développement de l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation, organisé samedi 10 juillet dernier à Cotonou avec entre autres participants, le président de la République en personne.
A cette occasion, Eléonore Ladékan Yayi, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a dénoncé sans réserve les maux dont souffre l’université. Dysfonctionnement de la coordination, absence d’un plan stratégique, d’une loi de financement et d’un Code d’éthique, faible qualité des offres de formation, absence d’une évaluation des enseignants et d’un organe opérationnel de contrôle et d’éthique dans l’enseignement supérieur… La ministre a déploré bien plus de maux à l’occasion. Elle évoquera aussi les cas d’enseignements totalement obsolètes, de supports de cours non actualisés, de harcèlement sexuel, de fraude aux examens, d’absences injustifiées d’enseignants au cours… Selon elle, « l’enseignement supérieur est profondément affecté par l’insuffisance de ressources financières, d’équipements et infrastructures appropriés de recherche, l’absence de mécanismes novateurs d’incitation et de promotion de la fonction d’enseignement et de recherche ».
Et ce tableau peu reluisant, Eléonore Ladékan Yayi ajoutera le défaut d’articulation des programmes de recherche et d’innovation avec les préoccupations contenues dans les plans, programmes et stratégies de développement des gouvernements. Elle en viendra à la conclusion que l’enseignement supérieur devient une machine qui forme au chômage au lieu d’être le moulin d’où sort l’intelligentsia de développement.
Son diagnostic ne sera pas le seul. Le chef de l’Etat est lui aussi soucieux d’un meilleur rendement dans les universités. « Nous avons l’obligation de ne pas laisser aux générations à venir ce dont nous avons hérité, à nos jeunes frères et sœurs, à nos enfants, à nos petits-enfants, à nos arrière-petits-enfants, les peines dont nous avons hérité, que nous vivons malgré nos compétences, nos savoirs, nos expertises et bien que le monde entier nous appelle à de meilleures conditions de vie », avait indiqué pour sa part Patrice
Talon à l’occasion. En amont à ces assises « historiques », diraient certains, et en quête d’innovations dans les universités, le gouvernement avait mis en place une Commission spéciale chargée de proposer une stratégie «aux fins de relever notablement le niveau de performance actuel des universités publiques », promouvoir la qualité des enseignements dispensés et garantir une bonne formation aux apprenants. Et c’est en vue d’apprécier les recommandations de ladite commission que le séminaire national sus-évoqué a été organisé.

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Tous acquis à la cause des innovations

A compter de la rentrée prochaine, plusieurs innovations sont à introduire dans la gestion des carrières des enseignants du supérieur et le fonctionnement des universités publiques. Et c’est le Conseil des ministres du mercredi 14 juillet dernier qui a levé un coin de voile sur ce que sera le nouveau visage de l’enseignement supérieur au Bénin. Le gouvernement, à l’occasion, s’est penché sur l’adoption des décrets portant statuts particuliers des enseignants du supérieur et statuts-type des universités publiques. L’Exécutif note aussi avec satisfaction que, «de façon générale », les acteurs de l’enseignement supérieur ont marqué leur adhésion aux points de réformes suggérés qui portent notamment sur les statuts-type des universités publiques, le mode de recrutement dans lesdites universités, l’organisation des promotions dans les grades de l’enseignement supérieur, la gouvernance des universités, le profil des enseignants et la qualité des enseignements, la recherche et l’innovation et l’instauration d’un organe national de contrôle et d’éthique.
« C’est dans ce cadre que des textes réglementaires relatifs aux statuts-type des universités publiques ainsi qu’aux statuts particuliers du personnel enseignant de ces mêmes universités ont été adoptés, après consultation du Conseil national de l’éducation », rapportait le porte-parole du gouvernement. En vue d’assurer la mise en œuvre efficiente des activités résultant de la feuille de route élaborée pour l’opérationnalisation des réformes, le gouvernement a mis en place un Comité de suivi. Celui-ci aura comme principales tâches d’assurer le suivi rigoureux des actions urgentes à engager, faire élaborer les autres projets de textes indispensables pour la conduite des réformes, coordonner le calendrier d’installation des organes de la nouvelle gouvernance, communiquer au gouvernement tous nouveaux points à prendre en compte pour l’atteinte des objectifs des réformes.

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Vague de changements

Le séminaire national du 10 juillet dernier s’est voulu le point de départ d’un engagement collectif « qui appelle à une transformation profonde du secteur de l’enseignement supérieur». Le gouvernement poursuit «avec détermination, la mise en œuvre de la feuille de route de la réforme en tenant compte des recommandations formulées par des personnalités du monde universitaire », déclare le ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané, dans discours d’installation des membres du Comité de suivi de la mise en œuvre de la stratégie de développement de l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et l’innovation.

De nouveaux dirigeants pour les universités publiques

Les nouveaux recteurs de l’Université d’Abomey-Calavi, de l’Université de Parakou, de l’Université nationale d’agriculture et de l’Université nationale des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques seront connus sous peu. Le processus devant conduire à leur désignation par les Conseils d’administration a été déjà lancé. Ceux qui aspirent à diriger l’une ou l’autre de ces centres de savoir ont jusqu’au 24 août prochain pour faire acte de candidature. Pour être recteur, il faut être un professeur titulaire du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames) ou justifier d’un titre admis en équivalence dans le système béninois ou étranger, être de nationalité béninoise vivant au Bénin ou à l’extérieur, ou de nationalité étrangère. Il faut surtout convaincre par une expérience managériale solide et être porteur d’une vision de développement de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les vice-recteurs, quant à eux, seront désignés parmi les enseignants ayant le grade de maître de conférences ou assimilés, ou d’un titre admis en équivalence dans le système béninois ou étranger.
Pour rappel, le conseil d’administration de l’université est son organe d’orientation en matière de gouvernance. Il est composé d’un représentant du président de la République, des représentants du ministère sectoriel pour les universités thématiques, des ministères de l’Enseignement supérieur, de l’Economie et des Finances de la Fonction publique, du personnel enseignant de l’université et du personnel administratif. A l’Université d’Abomey-Calavi, le président du Conseil d’administration a pour nom, professeur Makpéhou Rogatien Tossou. Celui de l’Université nationale des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques est Saka Youssao Abdul Karim. A l’Université de Parakou, le professeur Flavien Onésime Satoguina occupera cette fonction, tandis qu’à l’Université nationale d’agriculture, dame Armel Fidèle Aniouvi Gayet Ahlinvi a été désignée.

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