Rencontres mensuelles de la Culture/ Acte II: Quelles priorités pour le prochain président de la République au plan culturel ?

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Rencontres mensuelles de la Culture/ Acte II: Quelles priorités pour le prochain président de la République au plan culturel ?

Alors que la «foire à la présidentielle» s’anime de plus belle et que les chapelles politiques rivalisent déjà d’ardeur sur le terrain, la culture, dit socle de développement est absente des débats. Jusque-là, les débats politiques n’en font pas mention. Un constat qui a obligé les Rencontres mensuelles de la Culture, Acte II, à donner du pied dans la fourmilière en invitant acteurs culturels, observateurs de la vie politique et publique et autres à s’y pencher, samedi 14 novembre dernier, dans les locaux d’Arttistik Africa à Agla.

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L’exercice auquel le Forum culturel du Bénin et Bénincultures ont convié le public, samedi dernier, avait à l’annonce, suscité diverses réactions de la part de certaines personnes qui se demandaient sans doute s’il n’était pas trop osé. Car, de mémoire, c’est bien la toute première fois qu’à l’avant-veille d’une élection présidentielle, le sujet fait débat. Il le fallait en tout cas, ont estimé les initiateurs des RMC qui ont invité Florent Couao-Zotti et Claude Balogoun pour s’y pencher, avec la contribution d’autres acteurs à travers le thème «Bénin/Culture : les priorités du prochain président de la République». Claude Balogoun, représentant des acteurs culturels au Conseil économique et social qui s’y est essayé le premier, avoue que l’exercice ne lui a pas déplu. Bien au contraire. Lui qui, juché sur l’une des plus hautes marches de représentativité des artistes dans le pays, est bien au faite de bien de choses. Mais avant, il s’est livré à un exercice de défriche, en rappelant le sort et le statut de l’artiste et de l’acteur culturel. Il a évoqué notamment la carrière sans vision, la gestion artistique sans ambition et sans lendemain, les projets au pifomètre… «Nous avons un problème de négociation de notre statut», se plaint-il.

Les suggestions de Claude Balogoun

Ensuite, évoque-t-il, le prochain président de la République a l’obligation de veiller sur la réorganisation administrative du secteur, la construction de la Maison des artistes, la revue du statut de l’artiste… En dehors de ces aspects, Claude Balogoun soutient par exemple que la plupart des bâtiments et édifices publics de notre pays sont sans attraits. Ce qui n’est pas tolérable, selon lui, dans un pays qui a une histoire et dont les artistes rivalisent d’imagination pour offrir de belles figures aux édifices dans d’autres pays. Pour ce faire, il suggère à l’élu de 2016 de réserver une marge systématique de décoration de l’existant et des constructions à venir aux artistes locaux. Il s’agira tout simplement d’amplifier ce qui a été déjà énoncé par l’actuel ministre de l’Economie, indique-t-il. La mise en synergie de circuit de diffusion pour la promotion des initiatives culturelles, devrait être aussi une priorité selon lui. «Professionnaliser le Fonds d’aide à la Culture et changer sa dénomination», voilà une autre exigence qu’il a formulée à l’endroit du futur président. Laquelle professionnalisation permettra à ce fonds d’avoir deux guichets. Un premier pour les professionnels afin de les aider à financer leurs gros projets et au besoin, à leur octroyer des prêts. Le deuxième volet quant à lui aura pour but de soutenir les «petits acteurs» et d’appuyer le volet social. Pour ce qui est de l’enveloppe dégagée dans le budget du Fonds pour le ministère de tutelle, il pourrait financer les projets déposés hors délais, suggère-t-il.

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Qu’attend Florent Couao- Zotti du prochain président du Bénin?

Le Bénin a aussi besoin d’un Fonds pour la production cinématographique, de la refonte et de la modernisation du Bureau béninois du droit d’auteur et des droits voisins (BUBEDRA) pour en finir avec le système aléatoire de répartition et renforcer la lutte contre la piraterie, selon Claude Balogoun. Il faut ensuite, pense-t-il, qu’un professionnel soit nommé à la tête du ministère en charge de la Culture et des écoles de formation soient créées, sans oublier l’assainissement du mouvement associatif.
Le second panéliste des RMC Florent Couao-Zotti n’a pas manqué de faire lui aussi des propositions. Ainsi, souhaite-il, que le ministère de la Culture soit allégé pour ne s’occuper que de ce seul volet et se débarrasser du tourisme et autres, pour mieux se concentrer sur la culture. En sus, «il faut un professionnel du secteur, une femme ou un homme du métier, au-dessus des intérêts particuliers pour éviter les errements des ministres étrangers au secteur, au profil désastreux», souvent choisis comme des «dirigeants par défaut». L’écrivain plaide ensuite pour un secteur culturel fort débarrassé du rançonnement, de la corruption, du banditisme, surtout en ce qui concerne l’attribution des aides aux acteurs. Florent Couao-Zotti soutient par ailleurs, que les évènements communautaires comme Nonvitcha, Yêkê-yêkê, Weminhoué, Gaani, fête de l’igname et autres soient dépolitisés, valorisés et intégrés dans un agenda national avec un financement conséquent, pour booster l’économie locale, socle du développement des régions.
Le Fonds d’aide à la Culture s’est retrouvé aussi dans le viseur de l’écrivain qui y voit une «institution inopérante, inefficace, sans aucune garantie de transparence». Selon lui, la plupart des artistes sont devenus des promoteurs (en raison des milliards culturels) pour bénéficier des financements dont les plus gros montants ne dépassent pas deux millions. Pendant ce temps, dénonce-t-il, les administrateurs eux s’illustrent par des rackets. Autant de choses que le prochain président du Bénin devrait s’essayer à corriger, préconise-t-il.
Quid du patrimoine? Là encore, l’écrivain n’a pas été du tout tendre et demande au prochain locataire du palais de la Marina de redonner vie aux patrimoine matériel et immatériel et de songer à la production d’une étude sur les Aguda aux fins de les présenter comme un patrimoine en péril. Rendre la direction en charge du patrimoine plus visible, travailler pour restaurer les palais des rois et en faire des lieux d’animation et de vie, dissoudre le Ballet national et le faire renaître avec un cahier de charges et un suivi, trouver un mécanisme d’aides aux anciennes gloires et éditer l’agenda culturel du Bénin. Ce sont autant de propositions faites par lui en direction de celui qui, probablement, le 6 avril 2016, prêtera serment pour prendre les rênes du pouvoir d’Etat.
L’honneur reviendra également au journaliste Wilfried Léandre Houngbédji, par ailleurs écrivain et donc acteur culturel qui a eu l’honneur de modérer cette rencontre d’évoquer ce qu’il a qualifié de «réflexions profanes». Lesquelles ont été pourtant bien accueillies par les acteurs culturels présents. D’abord des interrogations. Le modérateur s’est interrogé de savoir si le Bénin dispose d’une philosophie et d’une politique culturelle ? Ensuite, exhorte-t-il les sommités de la culture à se mobiliser pour influencer le débat pour le choix du président de la République. «Dans une dynamique perspectiviste, aller vers eux et leur faire la remarque que depuis 55 ans, la culture est en arrière et signer des tribunes collectives pour priver ceux qui seront hissés plus tard de l’excuse de n’avoir pas été informés», pourrait être une démarche pédagogique à ses yeux. En tout cas, pour réussir le décollage culturel du Bénin, Wilfried Léandre Houngbédji suggère que les destinées du pays soient confiées à des mains expertes pour en finir avec l’essai et dans le recommencement, puisque «Tout part et tout revient à la culture». Même s’il refuse au départ de faire des propositions en direction du prochain président de la République, estimant cela trop facile, Ousmane Alédji, directeur de Arttistik Africa finira par se prononcer sur le sujet. «Prenons l’arène politique pour imposer nos choix et visions. Nous sommes en retrait et nous sommes des artistes, des recréateurs», ironise-t-il. Pour sa part, le directeur des «Editions plurielles», Koffi Attedé évoque le reflet peu enviable du secteur et l’imperméabilité des hommes politiques par rapport à la culture. Lesquels, selon Florent Couao-Zotti, «ne s’y connaissent pas, ont envie de connaître, mais n’ont pas d’interlocuteurs»?

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