Retour de l’Etat dans le secteur industriel: Pour une économie plus diversifiée et solide

Par Ariel GBAGUIDI,

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Roland RIBOUX

Le Bénin veut désormais s’affranchir des entreprises de services en investissant dans l’industrie. L’Etat prend les devants des choses avec la mise en place de plusieurs unités de production à son compte. Ce retour de l’Etat dans le secteur industriel est l’une des solutions idoines au chômage des jeunes en même temps qu’il permet au pays de bâtir une économie plus diversifiée, dynamique, solide et résiliente.

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Peu avant l’investiture du chef de l’Etat, Patrice Talon, le président du Conseil des investisseurs privés du Bénin (Cipb), Roland Riboux, faisant le bilan du premier mandat du président Talon sur le Club de l’Economiste, a reproché au gouvernement de n’avoir pas assez pris en compte le secteur de l’industrie dans son Programme d’action (Pag). Il espérait que le tir soit corrigé au cours du second quinquennat. Ce qui est désormais fait ! L’Etat béninois signe son come-back dans le secteur industriel après plus de deux décennies d’absence due à la privatisation de ses unités de production. Ce retour, rappelle-t-on, a été annoncé de manière solennelle par le président Patrice Talon, lors de son discours d’investiture.
«… La dynamique de développement en cours sera davantage portée par (entre autres, ndlr) le retour de l’Etat dans l’investissement industriel pertinent… ». Il s’agissait de l’une des annonces phares de son discours-programme du dimanche 23 mai dernier, à Porto-Novo. L’objectif de ce retour, explique le chef de l’Etat, c’est de lancer la dynamique industrielle pour rendre le climat des affaires beaucoup plus attrayant à l’investissement privé.
Tout comme la plupart des Béninois, John Igué, universitaire et ancien ministre de l’Industrie et des Petites et moyennes entreprises (Pme), a suivi cette annonce du président Patrice Talon. Il exprime sa satisfaction car, cela a toujours été son vœu pour le Bénin. « S’il peut faire ça, il va sauver (le pays) parce que le secteur le plus évolué des activités économiques, c’est le secteur industriel. Or, dans toute l’Afrique subsaharienne, les entreprises qui se développent aujourd’hui, sont des entreprises de services », regrette l’ancien ministre. Dans son analyse, il explique que la plupart des entreprises de services ne créent pas de valeur ajoutée. Elles sont, en outre, des entreprises spéculatives. A en croire, John Igué, l’on ne peut pas structurer l’économie d’un pays à partir des entreprises spéculatives. C’est plutôt en investissant dans l’industrie que l’on peut construire une économie dynamique et solide, et conférer de valeur ajoutée aux productions locales, puis résorber la question du chômage des jeunes. « Le commerce, les banques, les assurances, les Gsm, etc., voilà les secteurs dans lesquels le secteur privé africain est engagé aujourd’hui parce que tu places l’argent le matin et le soir tu récoltes ton bénéfice. Or, dans le secteur industriel, il faut du temps. Et les opérateurs économiques africains n’ont pas cette patience-là. C’est pour cela qu’ils sont dans les spéculations qui malheureusement ne construisent pas une économie solide ». Cette analyse du professeur John Igué vient conforter Roland Riboux qui déplore le fait que la majorité des hommes d’affaires béninois préfèrent le commerce plutôt que l’industrie. « Ici (au Bénin) on a une mentalité de commerçant. On achète, on vend. On achète, on vend et on fait des profits… C’est quelque chose qui est un peu naturel au Bénin… Il n’y a pas vraiment un appétit des Béninois à créer des industries », expose-t-il.
Mais l’annonce du chef de l’Etat depuis la capitale politique relance l’espoir des uns et d’autres de voir le secteur industriel reprendre sa place sur l’échiquier national et sous-régional. « S’il (le président Talon) peut le faire, je suis avec lui, je le soutiens… », affirme haut et fort l’ancien ministre de l’Industrie et des Petites et moyennes entreprises.

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Pierres ornementales, carreaux …

Pour son retour dans le secteur industriel, l’Etat béninois a déjà identifié, après études, les sous-secteurs dans lesquels il compte investir. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, rappelle que ce projet cible la production de pierres ornementales et de carreaux de céramique. Il fait référence au Conseil des ministres du 8 avril 2020 qui indique que ce projet consistera notamment en la mise en place: d’infrastructures d’extraction de granite et de marbre sur les sites de Fita, de Mbétécoucou, d’Igangan, de Ouogui et d’Idajo ; d’une unité de transformation de granite en pierres ornementales et d’une unité d’extraction des gisements de kaolin de Kétou, d’Adakplamè et de Zogbodomey en vue de la fabrication de carreaux. Une décision prise un an avant l’investiture du président Patrice Talon. Mais ce n’est pas tout, souligne Wilfried Léandre Houngbédji. Il y aura également des structures agro-industrielles. Dans le programme de campagne du candidat Talon, cela est prévu, poursuit le secrétaire général adjoint, porte-parole du gouvernement. Il ajoute qu’à Glo-Djigbé, actuellement, il y a un travail qui se fait dans la zone de développement industriel où l’on va avoir un hub industriel mais aussi d’autres sortes d’industries qui vont se développer, absorber de la main d’œuvre et générer de la plus-value sur les produits que les agriculteurs mettent sur le marché.
Outre ces unités, l’Etat pourrait aussi créer d’autres unités industrielles dans plusieurs sous-secteurs pour le compte de la deuxième phase du projet. Dans la gamme variée d’activités industrielles porteuses au Bénin, John Igué se rappelle la douzaine qu’il avait triée et proposée sous le régime Kérékou II. « Quand je partais du gouvernement, les unités industrielles que j’ai pu vendre ou mettre en location ont rapporté à l’Etat environ 52 milliards F Cfa domiciliés à la Bceao nationale. Je suis allé voir le ministre des Finances de l’époque Abdoulaye Bio Tchané qui est au gouvernement actuellement. Je lui ai dit monsieur le ministre, ces 52 milliards sont le fruit de la production, il ne fraudait pas qu’ils rentrent dans la gestion. Il faut que ça soit injecté dans le secteur productif », raconte l’ancien ministre. A l’en croire, l’idée a bien plu à Abdoulaye Bio Tchané qui lui avait demandé s’il a une suggestion à faire. « J’ai répondu qu’on fera une pépinière d’industries. Je lui ai proposé la création de 12 unités industrielles réparties sur tout le territoire national dont les huileries dans l’Ouémé à cause du potentiel palmier à huile.
Une usine de bazin riche dans la Donga qui n’a jamais eu d’unité industrielle. Une unité industrielle de verrerie dans le Mono à cause du sable de Houéyogbé, etc. ».
Malheureusement, ajoute l’universitaire, ce projet d’un poids financier de « 80 milliards F Cfa », est tombé à l’eau après mon départ et celui d’Abdoulaye Bio Tchané du gouvernement. Et depuis, plus rien. L’Etat s’est limité à la gestion des portefeuilles.

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Marché d’écoulement

La question du marché d’écoule-ment est primordiale pour la survie des unités de productions. Là-dessus, le porte-parole du gouvernement se veut rassurant. Wilfried Léandre Houngbédji est convaincu que si les produits « Made in Benin » sont bien faits et bien emballés, ils vont couler aussi bien sur les marchés nationaux que régionaux ou internationaux. « Nous avons fait des efforts pour l’énergie, sans l’énergie électrique, il n’y a pas d’industrie (…). Aujourd’hui, si nous commençons par produire le carreau ici, et qu’il est compétitif, on n’aura plus besoin d’importer autant de carreaux, et peut-être que nous allons consommer et cela ne va pas nous suffire, vous savez combien le Béninois aime construire. Et si cela suffit, les voisins peuvent commencer par venir en chercher dès lors que c’est de qualité, au lieu de les faire venir d’ailleurs. C’est un exemple parmi tant d’autres », éclaire le porte-parole du gouvernement. Le professeur John Igué s’interroge justement sur cette question du marché d’écoulement car, c’est ce qui avait fait échouer l’expérience béninoise au temps de la révolution. Mais une fois encore, Wilfried Léandre Houngbédji rassure : « Les réalités d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier, et nous avons bon espoir que toutes ces industries, quand elles vont venir, vont absorber de la main d’œuvre, vont contribuer à nous faciliter la vie parce qu’elles vont mettre de plus en plus sur nos marchés des produits de qualité et qui nous seront accessibles ».
Les marchés régionaux dont le Bénin peut profiter sont ceux de la Cedeao avec 380 millions de consommateurs et de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) qui regroupe tous les consommateurs du continent noir. De l’analyse du professeur John Igué, le retour de l’Etat dans le secteur industriel est un sursaut vers une profonde réforme économique nationale autour des enjeux du marché de la Cedeao et surtout de celui de la Zlecaf. Et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles, il approuve cette décision de Patrice Talon.
« Dans la sous-région, les pays ont ratifié l’accord sur la Zlecaf. S’ils ne font pas l’industrie, qu’est-ce qu’ils vont mettre sur ce marché ? C’est pour cela que je soutiens le président. Ceux qui ne vont pas faire d’industries seront la poubelle de ceux qui font d’industries. Donc, le président a bien fait de profiter de ce marché pour créer des industries ici », affirme l’universitaire. En outre, il insiste sur la question de la compétitivité des produits « Made in Benin ».
Si ces produits ne sont pas compétitifs, estime l’ancien ministre, ils ne pourront pas être positionnés sur les marchés de la Cedeao et de la Zlecaf. Selon John Igué, cette compétitivité est liée à beaucoup de facteurs : la qualité des produits, l’emballage, le marketing et la quantité produite. A l’en croire, être dans le secteur industriel est extrêmement compliqué avec beaucoup de précautions à prendre, mais c’est la meilleure option économique.

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