Révolution numérique: Les cybercafés appelés à se réinventer

Par LANATION,

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Avant qu’internet ne soit accessible à volonté sur les smartphones, voire à domicile, les cybercafés ont fait la pluie et le beau temps. Mais aujourd’hui, avec l’avancée de la technologie et la démocratisation de la connexion internet, c’est le déclin de l’activité à Cotonou et ses environs.

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Ce n’est plus la pluie et le beau temps pour les cybercafés qui, il y a quelques années, avaient le vent en poupe. Aujourd’hui, avec la révolution numérique, ce secteur connaît une descente aux enfers.
Maurice Hangbé, graphiste, qui s’est investi dans cette activité a un passé qu’il ne regrette pas. « Je gérais un cybercafé et ça marchait bien », témoigne-t-il, sans révéler de chiffres.
Pour sa part, Hervé Tokou, promoteur de cybercafé à Tankpè, commune d’Abomey-Calavi, exerce dans le domaine depuis huit ans. A l’en croire, l’activité donnait bien. Ses recettes journalières, révèle-t-il, étaient de vingt mille F Cfa.
Mais comme dans toute belle histoire, un élément perturbateur est intervenu pour tout bouleverser. Il s’agit, dit Maurice Hangbé, de la percée fulgurante de l’internet à Cotonou et environs. « Avec l’arrivée des téléphones intelligents et des forfaits à bas prix qu’offrent les réseaux Gsm, il est devenu difficile de maintenir le cap. Les choses sont allées de mal en pis. Les recettes mensuelles ne suffisaient plus à payer les factures. On a dû fermer », précise-t-il. Il s’est reconverti mais en restant toujours dans les Technologies de l’information et de la communication. Il est devenu graphiste. Cependant, il s’est résolu à croire que ce temps des cybercafés est révolu.
De son côté, Hervé Tokou n’a pas fermé même s’il reconnaît que le secteur bat de l’aile ces derniers temps. Informaticien réseau et promoteur de cybercafé, il s’adapte aux réalités actuelles du secteur. Au-delà de l’avènement des téléphones intelligents, il incrimine aussi d’autres facteurs. Il indique que c’est la mauvaise qualité de la connexion internet et son coût élevé qui ont contribué à rendre déserts les cybercafés.
« La connexion est de mauvaise qualité, mais est très coûteuse », se plaint-il. Du coup, les recettes journalières ont chuté, passant de vingt mille à deux mille cinq cents, voire deux mille F Cfa.

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Des progrès qui ont tout bouleversé

La démocratisation des Tic a pris une allure fulgurante cette dernière décennie. Le rapport Emicov publié en 2011 par l’Insae en dit long sur l’état de la fracture numérique. En 2011, 3,6 % des Béninois disposaient d’un ordinateur contre 2,0 % en 2010. De 52,9 % en 2010, le nombre de détenteurs de téléphones intelligents est passé à 71,7 % en 2011, soit une hausse de plus de 18 points sur la période d’un an. Le pourcentage d’utilisateurs réguliers d’internet s’élevait à 10,2 % au Bénin, mais ce chiffre cachait déjà des écarts importants. Aujourd’hui, le taux s’est considérablement amélioré de sorte à réduire le fossé aux dépens des cybercafés. Ces centres ont presque disparu des coins de rue et des abords des établissements scolaires et universitaires.
Ceux qui résistent encore se comptent du bout des doigts. L’affluence n’est plus de mise. Elle a considérablement chuté, le chiffre d’affaires aussi. « Il y a encore quelques années, la salle était saturée presque tous les jours. Il arrivait même très souvent que les clients manquent de postes pour travailler. Mais aujourd’hui, les smartphones, les portatifs et la connexion internet sont à la portée de tous. Rares sont ceux qui y viennent encore. Cette situation agit beaucoup sur nos recettes qui ont complètement chuté », témoigne George Daaga, gérant d’une salle de navigation à Abomey-Calavi.

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Renaissance du secteur

Pas question de fermer. Malgré l’évolution des Tic, certains croient encore à l’importance des cybercafés. C’est le cas de Gildas da Silva, étudiant, qui s’y rend souvent dans le cadre de la préparation sa thèse.
« La connexion domestique n’est pas toujours de bonne qualité et s’épuise très vite. Quand j’active un forfait internet de 500 F Cfa via mon téléphone portable, à peine je fais une heure et le forfait s’épuise. Or, avec 400 F Cfa, je peux avoir 3 h dans un cyber-café», souligne-t-il.
Cependant, pour continuer à exercer cette activité, il urge de repenser la chose. Hervé Tokou est décidé à rester dans le secteur. Pour lui, il n’est pas question d’y faire une croix. L’idéal est d’innover pour redonner vie à cette activité. Pour maintenir sa clientèle, il offre d’autres prestations en dehors de l’accès à l’internet. « Je vends des ordinateurs. Je réalise la maintenance informatique et réseau », fait-il savoir. Il pense aussi que le relooking du cadre peut attirer la clientèle. « Il faut créer d’autres activités et des espaces de coworking au sein des cybercafés. Cela va permettre aux clients de travailler et de rencontrer d’autres personnes avec qui, ils peuvent définir de nouvelles perspectives pour leurs projets », souligne Hervé Tokou.
Ce n’est pas seulement au Bénin que ces centres sont condamnés à innover au risque de disparaître. Depuis 2013, au Sénégal, certains cybercafés se sont mis à la mode en donnant la possibilité aux clients de naviguer sur des tablettes. Aucune innovation ne saurait être de tropen la matière.

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Par Mathilde ASSOGBA (Stag.)