Richard Odjrado à propos de ses innovations: « Le Bénin sera le leader des marchés des Tic en Afrique »

Par LANATION,

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Richard Gautier Odjrado, entrepreneur béninois

Des montres, lunettes et ordinateurs inventés par le Béninois Richard Gauthier Odjrado qui révèlent le génie du Bénin au plan international. Des articles de la marque Asuka Spirit qui apportent des solutions révolutionnaires dans le domaine des Tic face aux vols des smartphones et aux accidents de circulation. À la rencontre donc de ce génie béninois qui veut faire du Bénin, le leader des plateformes et des services numériques en Afrique, avec la marque “Asuka Spirit”.

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La Nation : Vous êtes depuis peu sous les feux de la rampe avec une série d’innovations qui propulsent le Bénin au cœur des grandes plateformes numériques en Afrique. Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis Richard Gautier Odjrado, entrepreneur béninois. J’ai 32 ans et je viens de Dassa précisément de Modji Gangan. Après le cours primaire au Bénin, je suis allé en Côte d’Ivoire où j’ai continué jusqu’au baccalauréat et ensuite mes premiers pas d’université en ligne.
La plus grande université que j’ai eu à faire, ce n’était pas une université conventionnelle. C’était plutôt l’université de la vie aux côtés de mon père. Il a été un commerçant qui vendait les appareils électroniques pendant les foires commerciales partout en Côte d’Ivoire. Et c’est à ses côtés que j’ai appris et j’ai eu le goût de l’électronique et de tout ce qui est appareil et technologie. Et surtout du commerce et du business. C’est lui mon meilleur professeur, c’est celui qui m’a appris comment faire des bénéfices dans cette vie et en affaires.
Alors à partir de là, j’ai dû me démerder tout seul en faisant plusieurs petits jobs pour m’en sortir parce que je voulais être indépendant ; je ne voulais pas être dans les jupons de maman, ni dans la culotte de papa. Donc je suis parti tout seul, déjà à 14 ans. J’ai réussi à faire de petits business en Côte d’Ivoire ainsi qu’au Bénin. J’ai connu des succès mais aussi des échecs. J’ai dû me relancer dans l’entrepreneuriat, puisque c’est ce que j’ai toujours aimé faire.

Les objets connectés, équipés d’antivol constituent-ils vos premières inventions ?

Non. Pas du tout. Pendant mes vacances à Abidjan, j’ai vécu une situation qui m’a choqué : un jeune homme a fait un accident devant moi et a perdu la vie parce que sa prise en charge n’a pas été rapide. Du coup j’ai créé ma première plateforme “isecours”. C’est une plateforme qui accélère la prise en charge des personnes victimes d’accident. En effet, lorsqu’il y a un accident, il y a des témoins et ceux-ci ne sont pas assez efficaces parce qu’ils ne peuvent pas rapidement identifier la victime, appeler ses proches, ses parents ou avoir accès à son dossier médical, connaître au moins son groupe sanguin pour accélérer sa prise en charge. D’où l’utilité de “isecours” qui a attiré l’attention de pas mal de personnes.
Mais, bien avant ” isecours”, j’avais un concept que j’appelais “Easy contact” en m’inspirant de Facebook créé par Mark Zuckerberg. J’étais obnubilé et très attiré par mon concept “Easy Contact” sauf que je n’avais pas les moyens de le développer. Et trois ans après, j’ai découvert WhatsApp qui était exactement ce que je prévoyais faire. Je me suis dit “si tu arrives à avoir des idées comme ça et que d’autres les ont eues aussi dans un autre pays et cela a marché, alors ça voudra dire que tu peux avoir d’autres bonnes idées. Donc tu dois avoir confiance en toi et te lancer à nouveau”. J’ai aussi créé l’application “Byebye Covid” en pleine période de Covid pour aider le Bénin à riposter à cette pandémie. C’était une plateforme qui permettait de faire son autodiagnostic et qui a été relayée sur le site du gouvernement. Toujours au cœur de Covid-19, j’ai créé la foire virtuelle internationale qui a permis à 300 entrepreneurs à travers le monde de vendre leurs produits. Aujourd’hui nous avons la marque Asouka Spirit de la Start up “AS World Tech”, qui se veut la marque africaine de la technologie.

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Quelles sont les solutions qu’apportent vos dernières inventions ?

Il y a trois ans de cela, j’ai perdu mes deux téléphones en une soirée. Et après, j’ai acheté un autre portable et je ne voulais pas que la même chose m’arrive. Du coup, j’ai cherché des solutions d’antivol mais je me suis rendu compte que tout ce qui existait était comme des médecins après la mort. Parce que c’est après avoir perdu son téléphone qu’il faut géolocaliser et traquer. C’est trop tard. Je me suis donc dit qu’il faut que je trouve une solution préventive. C’est ainsi que j’ai inventé la montre qui, une fois connectée via Bluetooth à votre smartphone et que vous vous en éloignez de plus de trois mètres, la montre va vibrer à votre poignet et vous alerter. Cette solution empêche l’action et vous évite de perdre votre téléphone.
Au volant, nous sommes habitués à toucher notre téléphone, à répondre aux messages, à décrocher les appels. On sait que l’usage du téléphone au volant cause des accidents, donc des pertes de vies humaines et d’autres dommages. La solution que nous proposons, c’est que notre lunette, une fois connectée à votre téléphone via bluetooth, vous permette de décrocher vos appels tout en étant concentré sur la route. Vous n’aurez pas besoin de toucher à votre portable avant de rester en communication et parler correctement sans écouteurs dans les oreilles. Ce sont des verres qui protègent contre les rayons solaires et la lumière bleue des écrans. En dernière position, nous avons notre ordinateur préinstallé qui a un indice de réparabilité très élevé. Nous proposons des services après-vente optimisés. Voilà comment l’idée de la marque AS est née.

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Quels sont déjà les impacts de vos inventions en Afrique et dans le monde ?

Déjà, il s’agit de proposer des produits technologiques à prix accessibles et surtout d’une marque qui nous appartient. Mais au-delà de l’impact économique, nos produits impactent également sur les plans écologique et sécuritaire. Nos produits assurent la sécurité des informations sur nos smartphones grâce aux montres connectées qui évitent les vols de portables. Au sujet de la sécurité des personnes et des biens, les fonctionnalités de nos lunettes évitent les accidents de circulation. L’impact environnemental est aussi palpable car nos produits sont réparables grâce à notre politique de recyclage qui lutte contre les déchets informatiques.

Sur la page Facebook de votre start-up, vous parlez de rupture de stock des dernières inventions. La demande dépasse-t-elle votre capacité de production?

Aujourd’hui, nous n’avons pas de stock parce que nous n’avons pas les moyens de produire en grande quantité. Nous sommes en quête de financement en ce moment. Nous allons lancer notre campagne de financement dans le mois d’octobre afin de satisfaire aux demandes. Pour le moment, nous sommes obligés de concevoir ici et de produire à l’étranger. Nous avons besoin de financement et c’est dommage que les banques ne financent pas les entreprises naissantes. Nous avons besoin des personnes qui ont les moyens et qui croient au potentiel de nos inventions pour nous accompagner.

D’où puisez-vous vos inspirations et cette conviction d’être solutionneur des défis liés aux Tic ?

En vérité, moi, j’ai toujours voulu faire des choses extraordinaires. Je me suis toujours dit que j’avais le potentiel de le faire. Autant que nous sommes en Afrique, on a tort de ne pas croire en nous, de ne pas avoir des leaders mondiaux dans des secteurs d’activités. Nous sommes capables, nous avons des intelligences, des génies en Afrique mais nous manquons de curiosité et de courage pour affronter certains secteurs. La puissance des États se joue sur la technologie. Le leader qui m’inspire, c’est Steve Jobs qui n’est pas un génie de la technologie mais qui a réussi à créer la marque Apple. Il avait les idées et s’est fait entourer des compétences pour concrétiser sa vision. On doit être courageux, se lever et affronter nos peurs pour initier de grands projets. On peut échouer. Ce n’est pas grave, mais c’est important d’avoir essayé.

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Quelles sont les perspectives en vue pour la marque AS ?

Parlant de perspectives, nous allons à très court terme réunir un financement important. Car notre ambition, c’est de pouvoir installer notre usine d’assemblage de nos produits, ici même au Bénin. Faire le tour de l’Afrique pour annoncer l’arrivée de notre marque et nouer des partenariats dans plusieurs pays africains. Nous allons imposer la marque AS du Bénin en Afrique et dans le monde entier. Notre objectif est d’être leader sur le marché de la technologie en Afrique. C’est notre premier défi à relever. Ensuite, réduire considérablement l’impact négatif sur l’environnement en créant des solutions de mobilité écologiques. Nous allons lancer une compagnie de mobylettes, de motos et même des voitures électriques de marque AS. Nous rêvons de bâtir des villes intelligentes et vertes en Afrique en commençant par le Bénin. Aussi avec notre projet de mobilité écologique, nous allons être des acteurs majeurs de protection de l’environnement en Afrique et dans le monde. Nous allons donc contribuer à former et créer de nouvelles compétences au Bénin. Bientôt, nous allons révolutionner le secteur des fournitures scolaires. Nous avons encore beaucoup d’innovations pour les 10 années à venir. Tout ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est le financement et l’accompagnement de nos dirigeants.

Avez-vous le projet d’ouvrir votre capital pour la cession de parts d’actions à d’autres labels ?

Bien sûr que nous avons en projet l’ouverture de notre capital. Nous avons pour ambition de grandir et pourquoi pas aller en bourse. Mais pour le moment, nous avons plutôt envie de prouver notre capacité d’exécution. Pour 2022, nous voulons des financements à titre de prêt, juste 150 millions de F Cfa. Et nous allons produire, vendre et faire des bénéfices et rembourser ces financements. Après avoir prouvé notre capacité d’exécution, nous passerons à la valorisation de notre entreprise. Ouvrir le capital très tôt ne va pas mieux valoriser notre entreprise. Nous voulons mettre en confiance les institutions financières et après nous serons capables de lever des fonds de plusieurs milliards.

Propos recueillis par Henri MORGAN (Stag.)