Roch Mongbo, Sp/Can : « Traiter les problèmes nutritionnels comme un phénomène complexe »

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Les problèmes alimentaires et nutritionnels impliquent des efforts des pays concernés. Entre autres stratégies du Bénin pour relever le défi, l’expérience des cantines scolaires. Dans cette interview, Roch Mongbo, secrétaire permanent du Conseil national de l’alimentation et de la nutrition (Sp/Can), souligne les actions du Bénin dans le domaine de la lutte contre la malnutrition, relève les problèmes nutritionnels et indique quelques règles à suivre par les malnutris.

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La Nation : Le Bénin a abrité du 4 au 8 décembre la Semaine du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, en présentant un tableau spécial sur les efforts du gouvernement en matière de nutrition. Quel est l’état des lieux de la malnutrition dans le pays ?

Roch Mongbo : Des actions sont en cours au Bénin dans le cadre de la lutte contre la malnutrition. Une nouvelle génération est en train d’être mise en place par l’expérience des cantines scolaires. Le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest en retenant le Bénin pour abriter l’édition 2017 de la Semaine du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, lui a fait l’honneur de consacrer une journée entière à son expérience relative auxdites cantines. La prise en charge communautaire de la malnutrition mérite d’être connue afin que les politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelle intègrent cette spécificité de la nutrition. L’expérience des cantines scolaires au Bénin est rare en Afrique de l’Ouest. Les pays qui sont en difficulté alimentaire de tous ordres abandonnent ce secteur aux partenaires et aux diverses agences des Nations Unies qui s’en occupent. Nous avons suggéré à la rencontre de Cotonou qu’on ajoute l’expérience du Bénin en matière de nutrition parce que le thème de nutrition prête à confusion en ce qui concerne son contenu et ses exigences.

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Quelle est la différence entre alimentation et nutrition ?

La nutrition prend en compte les processus biologiques, environnementaux, sociaux, psychiques, par lesquels l’organisme valorise l’aliment pour la vie. Si ces processus ne sont pas bien en place, l’aliment consommé ne peut pas être valorisé par l’organisme. Si l’organisme n’est pas sain, s’il est attaqué par les affections, par une diarrhée hydrique ou par le paludisme parce qu’il manque de l’eau potable, il ne peut pas valoriser l’aliment pour une vie saine et active. Quand cette situation se pose à un âge précoce, cela entraîne des conséquences désastreuses. L’enfant naît avec à peu près 35% de son cerveau déjà construit. Sur les deux premières années de sa vie, le cerveau est construit jusqu’à 80%. Durant ces deux premières années, 80% de l’énergie consommée par le bébé est affecté directement au développement du cerveau. Cela suppose que tout déficit énergétique pendant cette période de la vie affecte directement le développement du cerveau. Quand le développement est affecté, les neurones sont sclérosés et ne se développent plus.

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Quels sont les problèmes nutritionnels à éviter ?

Les problèmes de nutrition, à savoir la mauvaise hygiène, la mauvaise protection contre les petites affections qui empêchent l’organisme de valoriser l’aliment pour la vie affecte le développement du cerveau et condamne l’enfant pour la vie. Dans cette tranche, les parents doivent faire attention aux soins à apporter aux enfants. Il ne suffit pas d’évoquer la sécurité alimentaire et nutritionnelle pour répondre aux défis nutritionnels. Il importe de séparer la politique alimentaire et nutritionnelle et de les traiter comme un phénomène très complexe qui induit les dispositions biologiques et sociales. Si la mère n’est pas dans un environnement tranquille, si elle est stressée ou surchargée par le travail, peu importe la quantité de l’alimentation qu’elle prendra, elle ne pourra pas produire suffisamment de lait pour alimenter son bébé. Or, l’enfant en a besoin pour sa croissance.

Lorsqu’on aborde le thème de la nutrition, certains évoquent les problèmes de taille. Est-ce à dire que les personnes de petite taille sont malnutries ?

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Il y a un pourcentage fort que les petites tailles traduisent une situation de malnutrition. La plupart des enfants de 0 à 5 ans ont un rythme de croissance presqu’identique. Il est possible qu’après 5 ans, quand le cerveau de l’enfant est déjà complètement développé, son patrimoine génétique ait influencé sa croissance en taille et que sa courte taille ne traduise pas une malnutrition chronique. C’est possible que des gens de courte taille ne soient pas des malnutris chroniques. Il est également possible qu’ils aient crû normalement et qu’après 5 ans, leur patrimoine génétique ait ralenti leur croissance. Toutefois, il s’avère que dans la plupart des cas, le cerveau peut bien se développer dans les cinq premières années, franchisse la barrière génétique et produise sur l’enfant une taille élevée.

Comment les personnes de petite taille peuvent-elles corriger ce déficit ?

Les personnes de courte taille doivent avoir une discipline de vie à adopter : moins d’immobilisme, de sédentarité, hygiène alimentaire rigoureuse avec des fruits et légumes, éviter les affections banales comme le paludisme. Le respect de ces règles de vie peut les aider à protéger leur capital de vie?