Sa Majesté Daagbo Hounon Houna II : «l’écosystème constitue le socle de la vie …»

Par Fulbert Adjimehossou,

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Sa Majesté Daagbo Hounon Houna II « L’écosystème constitue le socle de la vie …»Sa majesté Daagbo Hounon Houna II


La Nation : Quel est le lien entre le vodoun et la Nature ?
Sa majesté Daagbo Hounon Houna II : Le vodoun a choisi comme terre de prédilection l’Afrique, plus précisément le Bénin en Afrique de l’Ouest. Quand vous prenez une personne, d’une aire culturelle donnée, son ancêtre mythique ou son «tohio » se trouve peut-être dans les eaux, dans la flore ou tout simplement dans l’écosystème. C’est pourquoi, il y a des enfants qu’on appelle des « kpovi », «dovi », des enfants de l’eau. Je suis par exemple de l’eau. Mon ancêtre mythique se trouve dans la mer, tout comme le « tohio » du peuple Houéda (Ouidah), qui est le « Houéda Dangbé », communément connu sous le nom de python. A Grand-Popo, le tohio, c’est le python géant connu sous le nom de boa. Il y a des gens qui ont comme tohio des arbres tels que le baobab, l’iroko. Vous avez aussi des caïmans, la rivière, des cours d’eau. Ainsi, l’écosystème, la nature tout entière constitue le pivot même, le socle de la vie de tout un chacun. Dans ces conditions, nous sommes tenus d’entretenir ce qui constitue notre ”tohio”.

Est-ce pour cela que des communautés entretiennent un lien sacré avec une partie de leur écosystème ?

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Si j’ai mon ”tohio” dans l’écosystème, pourquoi ne jouerai-je pas un rôle d’avant-gardiste et sécuritaire ? C’est dans ces conditions que, dans certaines zones, il est interdit par exemple de labourer certains jours. Le vodoun qui est là ne l’accepte pas pour diverses raisons. Labourer ce jour-là constitue un frein à la bonne production agricole. La pêche en haute mer par exemple répond à un rythme donné. Tous les huit jours francs, les gens ne doivent pas aller à la pêche en haute mer. C’est interdit. De même que sur certains marigots et rivières, il est interdit de pêcher dans des zones données. Ce sont des zones considérées comme sacrées. Le faire, c’est briser la structure sociale. Quelques-uns enfreignent au principe, mais c’est toute la communauté qui en subit les conséquences. Depuis un certain temps, quand nous avons fait le choix de la démocratie, il a été constaté que les gens, prenant cela comme une grande ouverture, ne respectent plus ce qui fait la vie de la localité, du pays, du continent. Parce que toute la population a adopté des religions données. Certains disent : « Je ne suis pas de votre religion. Je peux faire ce que je veux. » Ceux-là, de par leurs actions font que la production halieutique diminue, la production agricole chute. Les mangroves sont détruites. Les forêts sont considérées comme des refuges pour les sorciers et les sorcières. Malheureusement, on engloutit des milliards de francs pour des questions de réchauffement climatique. On se dit qu’il faut reboiser.

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Faut-il retrouver la voie du sacré avec la présence des Zangbéto ?

Nous avons des aires cultuelles données. Suivant qu’on se trouve dans une zone ou dans une autre, il y a le système d’avant-garde sécuritaire. Si dans les zones lacustres et dans les zones aïzo, vous avez le Zangbéto comme police sociale, dans les aires culturelles Nago-Yorouba, vous avez le Oro et autres. Ce ne sont donc pas seulement les Zangbéto. Il y en a d’autres. La vie étant considérée comme le « soun » et le «Yesoun », il y a des règles, des principes. Mais étant donné que les religions sont multiples, avec un défaut d’harmonie, d’entente, chacun fait ce qu’il veut au point où toute la population en subit les conséquences. Le vodoun pour nous se révèle comme l’organisation de la vie sociale, tout entière, donc, comme une science qu’on se doit de protéger, de conserver. C’est pour cela que les garants de la tradition n’ont jamais aimé que l’on brise cette structure sociale. La révolution était arrivée dans ce pays pour demander qu’on bannisse le vodoun, le traitant de féodalité, de sorcellerie et tout. C’est fait jusqu’à un moment donné où, pour trouver quelques grains de maïs à acheter, vous ne pouvez plus l’appeler par son nom. C’était devenu si rare qu’il y a eu la disette. Aujourd’hui, le premier magistrat du pays a dit que l’Afrique est de culture vodoun. Quel que soit l’endroit où vous vous trouvez, au sud ou au nord du Bénin, il y a le vodoun. Quand il y a le vodoun, il y a le respect, le ”soun” et le ”yesoun”. Ce sont des règles et principes à respecter. Et quand vous êtes dans une zone donnée, par rapport au vodoun que vous avez, il y a des interdits à respecter. Mais qu’on le veuille ou non, il y a un certain nombre d’indices qui font qu’on peut parler du vodoun. Nous avons les forêts, les rivières, les oiseaux, les animaux. Il faut respecter l’ordre normal des choses. Quand c’est le cas, tout va normalement. Il y a lieu de trouver cette harmonie entre les religions pour que chacun puisse respecter les directives.