Séance de travail avec l’Intersyndicale de la santé : Les vérités du chef de l’Etat aux agents de la santé en grève

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Il aura fallu, samedi 11 novembre dernier à la Présidence de la République, un face-à-face entre le chef de l’Etat et les agents de la santé en grève pour faire avancer les négociations en vue de l’arrêt du mouvement de débrayage qui paralyse le secteur depuis plus de deux mois. A cette occasion, les langues se sont déliées et le président Patrice Talon a fait entendre à ses hôtes ses vérités et ses observations.

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Le mouvement de grève déclenché depuis le 30 août dernier dans le secteur de la santé connaîtra sa suspension dans les jours à venir. Un accord entre les travailleurs et le Gouvernement a été trouvé au terme d’une séance de travail conduite par le chef de l’Etat, samedi 11 novembre dernier à la Présidence de la République. Avec à ses côtés certains membres du gouvernement, le président Patrice Talon a écouté et échangé avec les grévistes de la santé. La séance a permis également de discuter des points de discorde et de sonder les possibles solutions pour un dégel de la crise qui a pénalisé, deux mois durant, malades et usagers des hôpitaux publics.
« Je ne voudrais pas me substituer aux ministres, mais je veux entendre par moi-même et comprendre les réelles motivations de la persistance du mouvement de grève. Depuis que le mouvement a repris, nous ne manquons de faire des efforts nécessaires, les efforts à notre portée pour satisfaire vos préoccupations. Mais, la situation ne s’améliore et je ne peux rester longtemps insensible à ce dialogue de sourds », a introduit le chef de l’Etat. « J’ai souhaité vous rencontrer pour mieux apprécier par moi-même les points de blocage de ce mouvement préjudiciable à la vie, à la bonne harmonie dans notre pays et qui commence à être caractéristique du secteur », relance-t-il ensuite avant de laisser le soin aux ministres en charge de la Santé et de la Fonction publique de présenter le tableau des revendications et des diligences accomplies vis-à-vis des travailleurs de la santé.
Ces deux points ont révélé que des avancées ont été faites depuis le début du mouvement de protestation. Plusieurs des revendications essentielles des travailleurs de la santé ont été prises en compte, même si des désaccords subsistent.
Même du côté des syndicalistes, Adolphe Houssou, porte-parole de t’intersyndicale, apprécie les efforts du gouvernement et ne cache pas son étonnement face à certaines informations jusque-là inconnues de lui.
Pour le chef de l’Etat, ce qui relève des droits réels incontestables des travailleurs comme les arriérés non payés mais payés aux autres catégories d’agents de la Fonction publique et les deux primes (de motivation et de risque) seront réglés par le Gouvernement. Mais au passage, il rappelle aux grévistes que depuis « dix-huit mois, le gouvernement a instruit pour donner satisfaction aux droits non satisfaits des travailleurs ». Rien qu’au niveau du secteur de la santé, « nous avons payé près de 18 milliards de rattrapage », a-t-il annoncé.
Sur les douze ou dix-huit mois à venir au plus, promet le président de la République, le gouvernement soldera les arriérés de primes dus aux travailleurs de la santé. Seulement, prévient-il, « le débiteur qui a la meilleure volonté d’honorer ses dettes ne peut rien d’autre que de les honorer sur les moyens dont il dispose. Nous ne pouvons pas aller au prêt pour payer des salaires. Nous sommes tenus de planifier. Parfois, la volonté politique n’a pas les moyens de se manifester à travers les paiements d’ordre financier », a aussi expliqué le président.

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« C’est immoral, illégal et illégitime »

« Vous inscrivez comme motif de grève le fait que le Gouvernement exprime une intention d’opérer des réformes dans le secteur et met en place une commission qu’il a composée à son goût et cela relève de ses prérogatives. Vous êtes informés du contenu des propositions qui sont en cours et vous estimez que le contenu de ces réformes n’est pas conforme à l’intérêt général des acteurs et pour ce fait, vous déclenchez un mouvement de grève. C’est immoral, illégal et illégitime. Ce qui est annoncé, ce qui veut être fait, même si cela peut être contraire à vos aspirations, ce qu’il vous est permis de faire, c’est de vous opposer. Vous pouvez aller en grève quand les réformes seront mises en œuvre et que ses effets vous seront préjudiciables ou selon vous, préjudiciables au secteur ou à l’intérêt général. Mais tant que ce n’est pas mis en œuvre, cela demeure une intention, un projet. Vous ne pouvez pas condamner quelqu’un pour une intention de faire. Attendez au moins qu’il y ait un début d’exécution. C’est en cela que je disais que je ne comprends pas votre grève, où on abandonne des patients parce que le gouvernement a annoncé qu’il y aura des réformes. Or tout le monde sait que le secteur va mal, que vous travaillez dans de mauvaises conditions, que le secteur est mal administré, que les hôpitaux sont mal gérés, que dans le pays, il y a la pagaille… ». Avant d’introduire le second point à débattre avec les représentants de l’intersyndicale des travailleurs de la santé, le président Patrice Talon a exprimé sa désapprobation au sujet des griefs portés par les syndicalistes contre la commission mise en place pour connaître des réformes dans le secteur.
« Personne n’est infaillible. Tout est perfectible. Concédez au Gouvernement que l’intention est bonne et qu’il y a des choses à corriger. Vous dites que vous avez des observations à faire et qu’on ne vous entend pas. C’est un procès d’intention. Vous demandez qu’on prononce la suspension des travaux de la commission chargée des réformes. Est-ce que vous estimez qu’une telle demande est légitime ? », s’est-il interrogé aussi. Pour le président de la République, il n’est pas du rôle des syndicats de faire des réformes, mais de suggérer ou de faire des recommandations. « Vous ne pouvez pas dans votre rôle nous demander de surseoir à ce qui est de notre prérogative et qu’à défaut, vous débrayez et vous laissez les gens mourir. Je voudrais comprendre pourquoi vous êtes si suspicieux de la bonne foi du gouvernement. Donnez-nous l’occasion de prendre en compte ou non vos amendements avant de nous accuser de mauvais gouvernants et avant d’arriver à la phase ultime qui tue nos concitoyens. Attendez de constater que nous mettons en œuvre des réformes préjudiciables pour le secteur », a aussi déclaré le président Patrice Talon?