Sécurité alimentaire au Bénin : L’approche chinoise de production de maïs adoptée à Ifangni

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Sécurité alimentaire au Bénin : L’approche chinoise de production de maïs adoptée à Ifangni


Il existe une technologie spécifique de production du maïs en Chine et qui garantit une bonne récolte. Cette méthode culturale conduite par le Centre pilote de techniques agricoles chinoises basé à Sèmè-Podji est en expérimentation dans des communes de l’Ouémé et du Plateau. Une délégation de ce centre était mardi 22 novembre sur un des sites pilotes à Ifangni pour démontrer la nette différence entre la technologie chinoise et celle béninoise à travers les maïs produits en termes de qualité et de quantité.

LIRE AUSSI:  Sanctions pour détournements des fonds publics: 27 agents des forces de sécurité radiés

La Chine apporte sa pierre à la sécurité alimentaire au Bénin. Elle donne la preuve matérielle à travers le Centre pilote de techniques agricoles chinoises basé à Sèmè-Podji qui promeut au Bénin, notamment dans plusieurs communes de l’Ouémé et du Plateau, la culture du maïs selon la méthode chinoise garantissant un bon rendement. Une délégation de ce centre composée de son directeur Jianping Huang, de son adjoint Robert Adjibi et de l’ingénieur agronome de la structure, Jiajun Qu, était dans la matinée du mardi 22 novembre sur le site de démonstration d’Ita-Ilékpéta dans la commune d’Ifangni. Il s’agit du site de Firmin Ogoutoessi, président de l’Union des producteurs de la commune d’Ifangni, qui a cultivé un hectare de maïs à raison de 0,5 ha selon l’approche chinoise et 0,5 selon la technique ordinairement pratiquée au Bénin. La délégation et les paysans partenaires du projet qui étaient de la partie, sont tous satisfaits des résultats de la technologie chinoise. Ils ont constaté que la différence est grande entre les deux champs de démonstration culturale. Le maïs produit selon la technique chinoise a plus donné en quantité et en qualité que celui du champ témoin basé sur la pratique béninoise. Les épis de maïs étaient gros et bien garnis de grains de maïs ; tandis les épis de maïs selon l’approche béninoise étaient chétifs.

Une technique qui enchante les producteurs

Ce qui témoigne d’une bonne maîtrise des enseignements dont ont bénéficié en amont en septembre dernier ces paysans pour une bonne application de la technologie chinoise sur le terrain.
« Cette technique exige qu’un seul grain soit resté par poquet. Ce qui permet d’avoir de gros épis et des maïs commercialisables. Alors que quand c’est trois grains par poquet comme c’est le cas avec la méthode béninoise, ça ne donne pas grand-chose », souligne Firmin Ogoutoessi. Le président de l’Union des producteurs de la commune d’Ifangni promet de tourner dos à la méthode ordinaire et d’adopter la technologie chinoise qui est très bonne. « Il nous a été enseigné pendant la formation qu’on peut aller jusqu’à cinq tonnes de maïs à l’hectare contre 2,5 tonnes habituellement par l’expérience béninoise. Je suis en train de le constater moi-même avec le cas de mon champ de démonstration », indique-t-il. Les paysans trouvent que cette technologie est une aubaine qui fera d’eux les meilleurs producteurs de maïs à Ifangni voire des départements de l’Ouémé et du Plateau. Ce qui va leur permettre de sortir de la pauvreté et de trouver de moyens pour s’occuper de leurs familles.

LIRE AUSSI:  Dr Mikaël Assogba, médecin interniste option cancérologie médicale : « Le cancer du sein n’est pas contagieux »

La seule grande inquiétude des paysans réside en la disponibilité des intrants et autres produits phytosanitaires pour une bonne application de cette technologie chinoise basée sur l’utilisation judicieuse de l’engrais minéral et de l’engrais organique. Une inquiétude que partage le responsable du développement rural d’Ifangni, Richard Yèkèdo. Il promet aux paysans partenaires du projet chinois qu’ils seront priorisés dans l’approvisionnement des intrants et des produits phytosanitaires dès que la disponibilité existe. Et au directeur du Centre pilote de techniques agricoles chinoises de préciser que ces intrants agricoles pourront être disponibles en grande quantité lorsque le gouvernement aura autorisé le centre à en importer massivement. Pour l’instant, le centre est confiné à l’importation pour la phase d’expérimentation. Qu’à cela ne tienne ! Jianping Huang encourage les paysans à continuer d’adopter cette pratique culturale pour booster la production du maïs qui reste et demeure l’une des principales cultures vivrières du Bénin. Il annonce l’organisation prochaine d’un concours pour distinguer les paysans d’Ifangni qui vont enregistrer les meilleurs rendements avec la méthode culturale chinoise de maïs. Avec les succès éclatants du projet dans l’Ouémé et le Plateau, le directeur adjoint du centre, Robert Adjibi, annonce la volonté de la structure d’étendre l’expérimentation de cette technologie chinoise aux autres départements du Bénin.

LIRE AUSSI:  Première délibération du Bepc 2016 : Résultats inquiétants de 16% contre 30,42% en 2015

Etapes de la technique chinoise

La technique culturale du maïs selon l’approche chinoise comporte plusieurs étapes. Tout part d’abord de la préparation avant le semis. Elle consiste à choisir n’importe quelle variété de maïs béninois, même les variétés hybrides. Les semences acquises, le producteur doit procéder au triage aux semences pour éliminer les graines moisies, brisées ou attaquées par des insectes ou des maladies. Un ensoleillement des semences est nécessaire avant le semis. Cet ensoleillement doit se faire en période de beau temps entre 9 h du matin et 16 h de l’après-midi et ceci, pendant deux à trois jours. Le paysan doit éviter de choisir comme emplacement d’ensoleillement les ustensiles de fer et le terrain de ciment qui peuvent causer des brûlures aux semences. L’ensoleillement contribue à anticiper la levée d’un à deux jours et à augmenter le taux de germination de 13% à 28%. Après quoi, le producteur prépare le sol avant le semis. Le producteur doit éliminer les mauvaises herbes, épandre de l’engrais organique en l’occurrence NPK et Urée, labourer et aplanir le sol. La technologie chinoise recommande 150 kg de NPK à l’hectare et également 150 kg à l’hectare pour l’Urée. Vient ensuite la deuxième phase, celle du semis qui doit s’accomplir dans la semaine qui suit l’installation de la saison pluvieuse. Il est recommandé d’adopter la plantation en quinconce en respectant un écartement de 80 cm entre les lignes larges, de 40 cm entre les lignes étroites et de 35 cm entre les deux pieds de la même ligne. Lors du semis, toutes graines peuvent être mises dans un poquet, ce qui nécessite une quantité de 45 kg de semences à l’hectare.

La phase suivante concerne le démariage et l’établissement de plants. Ici, le démariage est effectué au stade de trois feuilles pour éliminer les plants chétifs et ne garder que les plants robustes. Il faut laisser deux plants par poquet après l’opération. Lorsque le maïs a cinq feuilles, le producteur procède à l’établissement de plants en éliminant les plants chétifs et ne gardant que les plants robustes pour ne laisser qu’un seul plant par poquet. Au cas où un poquet est manquant, le paysan peut laisser deux plants dans le poquet voisin. La technologie chinoise recommande qu’à la phase de l’élongation des entre-nœuds, le producteur procède à l’épandage d’engrais et au sarclage : après la pluie, en profitant de l’humidité du sol. Il épand 150 kg de NPK composite à l’hectare et sarcle le champ en même temps. Il lutte par ailleurs contre les séamias avec les produits phytosanitaires en pulvérisant la dilution dans les graines des feuilles où se trouvent les insectes, les larves ou œufs. A la 5e étape, celle baptisée du grand cornet c’est-à-dire lorsque le maïs a 11 à 12 feuilles, un épandage d’engrais doit s’effectuer. 150 kg d’urée à l’hectare. Et le sarclage se fait en même temps. Il y a ensuite l’étape d’émasculation du maïs à une ligne d’intervalle. En effet, au début de la sortie des panicules et avant l’épandage de pollens, on procède à l’émasculation du maïs à une ligne ou une plante d’intervalle. L’opération se fait par beau temps entre 9 h du matin et 16 h de l’après-midi. La dernière étape concerne la phase de la récolte et du stockage. Celle-ci se fait après le jaunissement des spathes de l’épi quand les grains sont devenus durs et luisants, que la ligne laiteuse a disparu et que la couche noire est apparue à la base du grain. Après la récolte, les épis doivent être déspathés, bien séchés et stockés en épis?