Simon Pierre Adovelandé, ambassadeur du Bénin près la Chine: « La coopération sino-béninoise : un avenir radieux »

Par La Redaction,

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Simon Pierre Adovelandé, ambassadeur du Bénin près la Chine

Le 16 mars dernier à Beijing, l’ambassadeur Simon Pierre Adovèlandé a reçu le prix « Presse Chinoise Nationale et Étrangère-Les Nouvelles Personnalités de l’Année 2017 » qui récompense les figures exceptionnelles pour leur contribution à la promotion de la paix et du développement dans le monde ainsi que les relations amicales entre la Chine et leurs pays. Dans cet entretien qui s’inscrit dans le cadre de la série « Ambassadeurs et consuls généraux, porte-drapeaux du Bénin Révélé », il nous parle de ses actions, lui qui, tout en exerçant sa fonction d’ambassadeur en Chine et ayant une grande connaissance politique et du développement économique, a visité plusieurs villes, universités et collèges pour promouvoir la coopération entre la Chine et le Bénin dans le secteur de la politique, de l’économie, du social, de l’éducation et de la culture.

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Quel est votre regard sur le partenariat entre le Bénin et la Chine, aujourd’hui ?

La Chine d’aujourd’hui se distingue sur la scène internationale par une approche différente de l’aide au développement de l’Afrique incarnée dans le Forum sur la Coopération sino-africaine (Fcsa) et l’initiative des nouvelles Routes de la soie. Sa conception de l’aide laisse davantage le soin aux pays bénéficiaires de définir le cadre et le contenu de cette dernière. Le Bénin et la Chine partagent donc une même approche – pragmatique – de leur coopération.
La Chine demeure un partenaire stratégique et privilégié du Bénin. Il faut vivre positivement sa présence car son positionnement au sein de l’économie mondiale, sa conception de la coopération Sud-Sud comme son modèle unique de développement font d’elle une source d’inspiration. Aujourd’hui, la Chine est l’une des plus grandes puissances mondiales dont le modèle de coopération s’éloigne de celui des autres puissances historiques.
La coopération sino-béninoise peut encore être intensifiée en élargissant le partenariat entre les deux pays pour prendre en compte les évolutions au Bénin, comme par exemple, la capacité de ses entrepreneurs à transformer des produits sur place…

Le volume des échanges commerciaux entre le Bénin et la Chine a atteint 38,08919 milliards F Cfa au premier trimestre de 2017 (Source : bulletin trimestriel de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique pour les statistiques du commerce extérieur). Quels sont les principaux produits objet du commerce dans ce partenariat stratégique ?
 
Il s’agit essentiellement du textile, du bois, de l’huile de palme, de l’électroménager, de l’électronique, des machines et équipements, des matériaux de construction, de la quincaillerie, des fournitures de bureau et de la pharmacopée. Il faut cependant noter que le volume des échanges du Bénin vers la Chine reste relativement faible. C’est pourquoi l’ambassade du Bénin à Beijing a entamé des démarches auprès des structures chinoises pertinentes pour que leur marché s’ouvre aux produits béninois tels que le cajou, le soja, le beurre de karité, les cossettes de manioc, le coton et ses produits dérivés et tout autre produit « Made in Bénin ». Il s’agit d’obtenir une accréditation pour importer en Chine nos produits tropicaux.

Quelle opportunité l’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » (the Belt and Road initiative) représente-t-elle pour pour l’Afrique en général et pour le Bénin en particulier ?  

L’initiative « La Ceinture et la Route » symbolise l’ouverture de la Chine sur le monde et propose un instrument innovant de coopération gagnant-gagnant. C’est un nouveau mécanisme de financement du développement que propose la Chine. Le président Xi Jinping a déclaré dans son allocution prononcée lors de l’ouverture du Forum international tenu le 14 mai 2017 à Pékin que « Nous devons créer ensemble un environnement facilitant l’ouverture et le développement, établir un système juste, équitable et transparent de règles en matière de commerce et d’investissements internationaux et permettant une circulation ordonnée des facteurs de production, une répartition efficace des ressources et une intégration totale des marchés. »
De ce point de vue, le prochain sommet des chefs d’État africains et chinois, prévu en septembre 2018, devra appuyer cette initiative de « La Ceinture et la Route » et tracer les grandes lignes de la coopération sino-africaine pour le nouveau cycle de coopération qui démarrera au terme dudit sommet. Le Bénin s’attachera à y redéfinir les contours de sa relation avec la Chine.
Afin de tirer le meilleur avantage de cette initiative, l’ambassade du Bénin à Beijing a proposé aux autres ambassades des pays de l’Uemoa représentés en Chine, la création d’un Forum dénommé le « 8+1 » (8 pays de l’Uemoa+1Chine) dans le cadre de la mise en œuvre de l’Initiative « La Ceinture et la Route ». Ce Forum aidera à la mise en place d’un cadre et de nouveaux mécanismes de financement de grands projets intégrateurs à caractère sous- régional. Ce sera bénéfique à l’Afrique en général, à la population béninoise en particulier.
L’initiative « La Ceinture et la Route » nous ouvre de nouvelles perspectives. L’ambassade sert de pont entre les deux pays pour que le Bénin puisse bénéficier au mieux de cette initiative. S’il est vrai que le tracé de la Route de la Soie passe par l’Afrique de l’Est – avec comme point d’ancrage le port de Djibouti – les retombées du projet chinois bénéficieront aussi pleinement à l’Afrique de l’Ouest. La région est un des principaux pôles historiques des routes commerciales internationales africaines. La carte que peut jouer le Bénin avec la Route de la soie maritime est bien celle d’un pays accueillant le commerce de transit vers ses autres grands voisins de l’Afrique de l’Ouest comme le Niger et le Nigéria. De ce point de vue, l’initiative chinoise donne « un exemple mais également une plate-forme pour évoluer de l’aide classique vers une coopération dans le sens du partage et de la responsabilité ».

Dans son Programme d’actions, le Gouvernement a donné à la diplomatie béninoise la responsabilité d’aider les autorités à mobiliser des ressources. Comment l’ambassade du Bénin en Chine met-elle en pratique cette tâche qui lui a été confiée auprès du pays hôte ?

La mobilisation des ressources pour la mise en œuvre du Pag est un défi de premier ordre pour le Gouvernement béninois. Y assumer sa part de responsabilité est donc un des grands défis de la diplomatie béninoise et par conséquent une des actions prioritaires de notre ambassade qui utilise à cet effet trois moyens d’action :
la promotion des projets du Pag lors des rencontres organisées à l’intention des potentiels investisseurs chinois aussi bien à Beijing que dans les autres villes de Province, à Hong-Kong et à Macao ;
la promotion commerciale (mieux faire connaître les produits béninois) par la participation aux forums, foires et expositions ;
la vulgarisation de la politique d’investissement béninoise (facilités accordées aux investisseurs ; modalités et avantages d’accès à la Zone économique spéciale).

Lors de la rentrée 2017-2018, vingt-trois (23) jeunes béninois ont bénéficié de bourses pour poursuivre leurs études supérieures en Chine. La Chine intervient-elle plus largement dans le secteur de l’éducation au Bénin ?
 
Depuis le rétablissement des relations diplomatiques entre le Bénin et la Chine en 1972, la coopération entre les deux pays s’étend à tous les domaines et s’intensifie au fil des ans. L’un des secteurs concernés, et qui passe souvent inaperçu, est l’éducation.
Les relations entre les deux pays reposent sur l’accord de coopération culturelle signé le 24 juin 1984. La mise en œuvre de cet accord est constatée par la signature périodique d’un protocole d’exécution par lequel la Chine s’engage à accorder à notre pays une vingtaine de bourses d’études par an pour la formation d’étudiants béninois en Chine. C’est justement dans ce cadre que vingt-trois (23) jeunes béninois ont pu s’y rendre à la rentrée 2017-2018.

Sur la base de cet accord, des centaines d’étudiants béninois ont été formés en Chine dans divers domaines : langue chinoise, interprétariat-traduction, construction des routes, commerce international, télécommunications, environnement, médecine, etc.

En dehors de ces bourses d’études, la Chine investit également dans la réalisation d’infrastructures scolaires. Le Lycée d’Amitié sino-béninoise- une école ultra moderne – construit à Abomey et inauguré en 2017 en est une illustration parfaite.

Quel est le profil de la diaspora béninoise en Chine ?  Arrivez-vous à les associer aux efforts de développement du Bénin ? 

Avant de répondre, je souhaiterais clarifier la distinction entre communauté et diaspora béninoises en Chine. La communauté inclut la diaspora, les étudiants – qui retournent pour la plupart au Bénin après leurs études – et le personnel de l’ambassade.
La diaspora elle-même comprend nos compatriotes qui bien souvent ont étudié en Chine et ont pu s’insérer dans la vie active chinoise. Plutôt jeune et dynamique, cette diaspora est formée d’opérateurs économiques, d’enseignants et d’informaticiens pour ne citer qu’eux.
Si l’effectif de la diaspora béninoise est relativement faible, sa qualité en fait un atout majeur pour le développement de notre pays. Elle contribue déjà quelque peu au développement économique du Bénin de façon individuelle. Ce qui ne permet cependant pas la visibilité de ses actions. Ainsi, notre principal objectif est de faire émerger les potentialités de cette diaspora en incitant ses membres à mettre en place des projets collectifs dans des secteurs tels que l’éducation, le tourisme et le sport. Concrètement, la stratégie de l’abassade repose sur la vulgarisation auprès d’eux du Programme d’action du gouvernement, notamment sa politique en faveur de la diaspora. Elle devrait permettre non seulement d’asseoir un climat de confiance, mais aussi d’aboutir à une forte implication dans les secteurs susmentionnés.

Comment envisagez-vous l’avenir de la coopération sino-béninoise ?

La coopération sino-béninoise a un grand avenir devant elle et la Chine est un partenaire stratégique à long terme. Son engagement pour une société écologique qui repose sur une croissance verte est le gage d’un fort partenariat stratégique pour le Bénin qui doit faire face aux conséquences du changement climatique, à l’érosion de son littoral, à l’avancée du désert et qui cherche à accroître l’utilisation d’énergies propres. Un exemple de cette coopération verte est la construction d’une centrale hydroélectrique financée à travers Eximbank et Synohydro.
A cet égard, le Bénin a confirmé sa participation à l’exposition d’horticulture Beijing 2019, exprimant ainsi sa volonté de contribuer aux côtés de la Chine à l’émergence d’un modèle de civilisation écologique.
Aujourd’hui, nous avons de la chance, car nos dirigeants, le président Patrice Talon et le président Xi Jinping, ont une convergence de vue sur nombre de grandes questions et défis majeurs du monde. Le 45e anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays, que nous venons de célébrer, marque le début d’une nouvelle coopération reposant sur ces fondements communs?

Une grande première pour un ambassadeur du Bénin en Chine
Le 16 mars dernier à Beijing, l’ambassadeur Simon Pierre Adovèlandé a reçu le prix « Presse Chinoise Nationale et Étrangère-Les Nouvelles Personnalités de l’Année 2017 ».
Les lauréats de ce prix, décerné pour la septième année par « Presse Chinoise Nationale et Étrangère » (« Home and Abroad news press), sont des ambassadeurs étrangers en Chine. Chaque année, « Presse nationale chinoise et étrangère », reconnu comme « média de référence » présente « les Nouvelles personnalités de l’Année » et récompense les figures exceptionnelles pour leur contribution à la promotion de la paix et du développement dans le monde ainsi que les relations amicales entre la Chine et leurs pays.
Au titre des motifs évoqués ci-dessus, pour cette grande première du prix décerné à un ambassadeur du Bénin en Chine, «  Presse nationale chinoise et étrangère » a salué les actions de monsieur Simon Pierre Adovèlandé qui, « tout en exerçant sa fonction d’ambassadeur en Chine et ayant une grande connaissance politique et du développement économique, a visité plusieurs villes, universités et collèges pour promouvoir la coopération entre la Chine et le Bénin dans le secteur de la politique, de l’économie, du social, de l’éducation et de la culture. » Après avoir rappelé le classement du Bénin dans le rapport annuel 2017 sur l’environnement des affaires publié par la Banque mondiale, et indiqué que notre pays avait grimpé de la 117e place à la 57e place cette année en matière de création d’affaires, « Presse nationale chinoise et étrangère » a ajouté que « M. Adovèlandé a créé un bon environnement des affaires pour l’économie et le développement commercial entre la Chine et le Bénin. »
Dans son discours de remerciement, l’ambassadeur béninois a dédié ce prix à la jeunesse béninoise, chinoise et mondiale.

Source : MAEC

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