Sortie de la nouvelle igname: Des produits de luxe avec un marché en souffrance

Par Maurille GNASSOUNOU A/R Borgou-Alibori,

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S’il y a des espaces que nombre de personnes évitent de fréquenter actuellement au niveau des marchés Dépôt, Azerkè, Tourou et Guèma, à Parakou, ce sont ceux réservés à la vente de la nouvelle igname. Les prix des tas ou des bassines de tubercules proposés ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Aujourd’hui, tout le monde ne peut pas se permettre de consommer cette igname qui a pourtant fait son apparition depuis le début du mois de juillet. Elle est considérée comme une denrée de luxe. A défaut de s’en procurer, on se contente de l’admirer, puis de demander son prix.
Selon la commerçante Aïcha Ouzérou, revendeuse d’igname rencontrée au marché de Guéma, la variété présentement disponible est ce que les fons appellent ‘’laborko’’. Elle provient des environs de Kabor, Tchatchou et Bétérou. Son prix varie entre 2 000 et 4000 F Cfa le tas.

Dans l’espoir d’une baisse des prix

Ceux qui ne font pas de rituels et qui en ont les moyens, avaient déjà commencé par la consommer. Les autres attendaient, samedi 15 août dernier, l’autorisation, suite à l’organisation des cérémonies ou sacrifices indiqués à cet effet au niveau de leurs localités, avant de leur emboîter le pas. Selon ces derniers, il fallait d’abord donner à manger aux ancêtres. C’est également le cas chez les jumeaux qui, sans qu’il n’y ait eu les rituels, ne pouvaient la consommer. Il faut respecter la tradition, insiste le menuisier Cosme Adjakidjè, rencontré dans son atelier à Camp Adagbè, un quartier de Parakou. Dans la région méridionale, confie-t-il, la nouvelle igname ne devrait pas retrouver l’ancienne sur le marché. « On est obligé de cacher les nouvelles », informe-t-il. Ce qui n’est pas le cas au marché Dépôt où les deux étaient disposées côte à côte, offrant au client de faire son choix en fonction de sa bourse.

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Avant de les manger en milieu Bariba, explique Ibrahima Abdoulaye, ces ignames sont d’abord découpées en petits morceaux, lesquels sont disposés à l’entrée des habitations. Ce rituel effectué, le lendemain, chaque membre de cette concession ou famille peut commencer par la déguster.
Dans l’un ou l’autre cas, c’était dans l’espoir d’une baisse des prix à l’approche de la célébration du 15 août. Ce qui malheureusement n’a pas été le cas. Au marché, rares sont ceux qui ont encore le courage de demander les prix de ces tubercules. Ils sont tellement chers.
N’arrivant plus à les écouler, les bonnes femmes sont alors obligées de les disposer dans des bassines pour parcourir de longues distances. C’est pour prendre d’assaut les rues, les quartiers, les lieux de travail, les bars, les maquis, les débits de boissons et les maisons. Pour vendre leurs marchandises, elles agressent pratiquement.

Autres temps, autres mœurs

En réalité, il s’agit des ignames précoces qui ont aussi leurs particularités. Il faut les déterrer à une période telle que, le reste de la coupe qui se trouve dans la butte puisse se développer et devenir une semence pour la prochaine saison. « Si vous perdez trop de temps, le reste de la coupe n’aura pas le temps nécessaire pour bénéficier et profiter de la quantité d’eau de pluie suffisante pour devenir une bonne semence », a expliqué le doyen de la Faculté des sciences agronomiques de l’Université de Parakou, Dr Michel Batamoussi. « Les producteurs ont donc peur. Ils jouent alors sur le temps et préfèrent vite déterrer la nouvelle igname », poursuit-il. « Dans le vieux temps, c’était la conception première », insiste l’enseignant. « Aujourd’hui, à la recherche de plus de gains, les paysans se sont rendu compte que lorsqu’ils mettent leurs ignames sur le marché très tôt, elles leur rapportent plus. Elles coûtent plus cher et leur permettent de régler rapidement leurs problèmes financiers », a fait observer Michel Batamoussi.
Selon lui, il n’y a pas de risques à consommer ces ignames jugées précoces. Le seul problème, c’est que leur goût est un peu amer parce qu’on ne les a pas laissé arriver à maturité totale. Mais avec le temps, rassure-t-il, ce goût amer finit par disparaître.
Quelle que soit la situation, le prix de l’igname connaîtra une baisse en septembre. Ce n’est qu’une question de temps.

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