Sous l’ère du renouveau démocratique: Rosine Soglo a installé cinq présidents du Parlement sur huit

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau,

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Disparition de Rosine Vieyra SogloDisparition de Rosine Vieyra Soglo

Sur les huit présidents de l’Assemblée nationale qu’a connus le Bénin jusqu’ici depuis 1990, la désormais Feue Rosine Vieyra Soglo en a installé à elle seule cinq, en sa qualité de doyen d’âge, pendant les six législatures auxquelles elle a successivement participé.

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Rosine Vieyra Soglo mérite tous les éloges à elle faits, depuis dimanche 25 juillet dernier, suite à l’annonce de son décès. L’ex-Première dame du Bénin aura vraiment marqué les esprits. Surtout à l’Assemblée nationale où elle a participé à six législatures sur les huit qu’a connues actuellement le Bénin sous le renouveau démocratique. Sur les six législatures, Rosine Vieyra Soglo a eu la grâce de conduire et d’installer le bureau de cinq en sa qualité de doyen d’âge. Elle a eu ce privilège d’être le plus âgé des députés d’abord à la troisième législature, (1999-2003), ensuite la quatrième (2003-2007), la cinquième (2007-2011), la sixième (2011-2015) et la septième (2015-2019). Le destin ne lui a pas donné cette chance à sa première expérience parlementaire, c’est-à-dire sous la deuxième législature (1995-1999). Le doyen d’âge ici était Feu Amadou Tchinin.
A chacune de ces cinq législatures, l’ex-Première dame du Bénin a conduit avec sagacité les travaux de début de mandature conformément à l’alinéa 1 de l‘article 3 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Lequel dispose qu’ « Au début de chaque législature, l’Assemblée nationale est convoquée par le doyen d’âge des députés qui met en œuvre tous les moyens de communications permettant de toucher effectivement chaque député dans les délais utiles ».
Ainsi, usant de ses prérogatives constitutionnelles, elle a procédé à l’installation de Me Adrien Houngbédji qui faisait son come-back pour la deuxième fois à la tête du Parlement sous la troisième législature. Et ensuite Antoine Kolawolé Idji sous la quatrième mandature du Parlement. Il y a eu, sous la cinquième législature, Mathurin Nago qui a été ensuite installé par Rosine Vieyra Soglo avant d’être ensuite reconduit au perchoir sous la sixième législa-ture en 2011. Rosine Vieyra Soglo a fermé la marche avec Me Adrien Houngbédji qui faisait son retour en mai 2015 pour la troisième fois à la tête du Parlement.
En sa qualité de doyen du bureau d’âge, Rosine Vieyra Soglo que pleure tout le peuple béninois aujourd’hui a toujours fait preuve de rigueur même si quelques fois elle laissait manifester certains caprices sur fond de calculs poli-tiques. Ce comportement a surtout été constaté sous la quatrième législature.

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Dur de caractère mais pas inflexible

L’ex-présidente de La Renaissance du Bénin (Rb) a su s’illustrer au perchoir de façon mémorable. Elle avait en effet développé l’art de bloquer le processus de l’élection et de l’installation du bureau de cette législature au moyen de multiples suspensions et de reports de séance. On se rappelle, elle a exigé que soit accordé au sein du bureau au moins un poste à son parti tombé en minorité. En dépit des pressions, elle est restée intransigeante. Il a fallu la décision Dcc 03-078 du 12 mai 2003 de la Cour constitutionnelle pour la faire plier. Le juge constitutionnel l’a sommée de poursuivre les travaux et d’achever la mise en place du bureau de la quatrième législature dans un délai de 48h. Autrement, la décision donnait feu vert à ses collègues députés de la déchoir et de la remplacer par le doyen d’âge suivant de la législature pour poursuivre le processus électoral. Il a fallu cette injonction et menace de la Cour constitutionnelle pour que Rosine Vieyra Soglo abdique. Elle a lâché prise, la mort dans l’âme, puisqu’à l’arrivée aucun poste n’a été concédé à l’ex-Rb au sein de ce bureau élu et présidé par Antoine Kolawolé Idji. Mais si elle a échoué en 2003, tel n’a pas été le cas en mai 2015, lors de l’installation de la 7e législature. L’on se souvient que grâce à Rosine Vieyra Soglo qui dirigeait encore les travaux, elle a réussi un coup politique en portant Me Adrien Houngbédji au perchoir pour la 3e fois en tant que candidat de la coalition de l’Opposition contre le poulain du régime d’alors, Komi Koutché. Ceci à travers un score très étriqué de 42 voix pour Me Adrien Houngbédji et 41 pour Komi Koutché de la majorité présidentielle qui partait favori sur papier. Le contrôle du perchoir en 2015 par la coalition de l’Opposition avec Me Adrien Houngbédji a sonné le glas de la descente aux enfers du pouvoir d’alors en place. Le régime de la Refondation a commencé par perdre du terrain depuis cette défaite politique au Parlement avant de s’éteindre complètement à la faveur de la présidentielle de 2016. Personne n’oubliera de sitôt au Parlement ce vote de 42 voix contre 41 de ce 19 mai 2015 dont le déclic a certainement favorisé l’alternance au pouvoir en avril 2016. Tout le monde est unanime que Rosine Vieyra Soglo a beaucoup apporté au Parlement tant dans la production législative que dans la bonne marche de la vie parlementaire dans ses fonc-tions de doyen d’âge.

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Témoignages

Pascal Essou, médiateur de la République

« Rosine Soglo a marqué l’histoire politique béninoise et africaine»
« C’est avec regret que nous avons appris dans l’après-midi de ce dimanche 25 juillet 2021, le décès de madame Rosine Vieyra Soglo. Ex-première Dame de la République du Bénin, ancienne parlementaire béninoise et de la sous-région (Cip-Uémoa), elle a marqué l’histoire béninoise et africaine en particulier au plan politique. Brave femme, madame Rosine Vieyra Soglo a simplement prouvé l’assertion selon laquelle, ‘’une femme bien éduquée est une richesse pour sa nation’’. Autrement, l’intellectuel ghanéen, James Emman Aggrey ne s’est pas trompé lorsqu’il affirme : «Eduquer un homme, c’est éduquer un individu. Éduquer une femme, c’est éduquer toute une Nation». Notre ancienne collègue parlementaire l’a sans nul doute confirmé.
Aux familles Soglo, Vieyra, à ses enfants et spécialement à son époux, le président Dieudonné Soglo, je vous envoie au nom de l’institution qu’est le médiateur de la République, tout mon amour et ma sympathie pendant ces moments douloureux. Les mots ne peuvent exprimer à quel point je suis attristé par cette perte pour la nation.

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Robert Gbian, 1er vice-président de l’Assemblée nationale

« Beaucoup de femmes se sont engagées en politique à cause de Rosine Soglo »

« ..Comme la plupart de mes compatriotes, j’ai appris le décès de l’honorable Rosine Vieyra Soglo, femme politique, de notre cher pays, le Bénin. Mes pensées vont à l’endroit de sa famille en général et particulièrement envers son époux, l’ancien président de la République, Nicéphore Dieudonné Soglo sans oublier ses enfants Galiou et Léhady Soglo.
Sans aucun doute et au-delà de toutes considérations politiques, le Bénin a perdu une femme politique qui d’une manière ou d’une autre aura marqué son histoire politique. Beaucoup de femmes béninoises se sont engagées en politique parce qu’avant elles, il y a eu Rosine Vieyra Soglo qui l’a fait. Je présente mes condoléances à sa famille et au peuple béninois…»

Communiqué du parti Fcbe

« Le décès de Rosine Soglo est une grande perte »

« C’est avec beaucoup d’émotion, de douleur et de tristesse que le parti Fcbe a appris cet après-midi du dimanche 25 juillet 2021, le rappel à Dieu de madame Rosine Vieyra Soglo, épouse du président Nicéphore Soglo, ancienne Première Dame, ancienne député à l’Assemblée, combattante intrépide pour la paix, la liberté et la démocratie au Bénin.
En cette douloureuse occasion, le parti Fcbe par la voix de son secrétaire exécutif national présente aux familles explorées et au président Nicéphore Soglo ses condoléances les plus attristées et leur témoigne toute sa solidarité et sa compassion pour cette épreuve.
Le décès de madame Rosine Soglo, figure emblématique de l’histoire politique du Bénin depuis l’historique Conférence nationale de février 1990, est une grande perte pour notre pays et notre démocratie. Daigne le Seigneur l’accueillir dans son royaume et lui accorder toute sa grâce et ses bénédictions pour qu’elle repose en paix».

Paul Hounkpè